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Droits antidumping sur le TiO2 : un suicide industriel pour l'Europe

Nicolas Dujardin

Publié le 27 novembre 2024 à 08:04 - Mis à jour le 27 novembre 2024 à 11:06

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OPINION. Alors que l'Europe se dote d'une ambition claire pour réindustrialiser son économie et renforcer sa souveraineté avec Stephane Séjourné, un Commissaire français à la tête de la prospérité et à la stratégie industrielle européenne, elle s'apprête aussi à mettre en œuvre une mesure qui, à l'inverse, pourrait précipiter la désindustrialisation de tout un pan stratégique. Les droits antidumping sur les importations de dioxyde de titane (TiO2) en provenance de Chine, atteignant jusqu'à +39,7%, incarnent une décision absurde. Loin de protéger l'industrie européenne, ces droits risquent...

... étruire des milliers d'emplois, de fragiliser nos entreprises et de miner nos ambitions climatiques. Par Nicolas Dujardin, Chief Operating Officer du groupe familial français Océinde (*)

Nous devons impérativement revenir au bon sens : protéger l'Europe ne peut se faire en sacrifiant son industrie et ses emplois.

Un contexte mal évalué

Le TiO2 est un pigment essentiel et irremplaçable pour les industries des peintures, des plastiques, des cosmétiques ou encore du papier et représentant jusqu'à 40% des coûts de production des peintures. Or, les industriels europeen ne produisent qu'une fraction de ce dont elle a besoin (5%). Avec une capacité insuffisante, elle dépend structurellement des importations, principalement en provenance de Chine et cette dépendance est une réalité incontournable.

Pourtant, la Commission européenne, en réponse à une plainte déposée par quelques grandes multinationales en majorité américaines, a décidé d'imposer des droits antidumping. Ces droits entraîneront une hausse brutale des coûts, avec des prix du TiO2 pouvant bondir de 2,50 à 3,50 euros/kg. Une telle augmentation touchera de plein fouet les entreprises, en particulier les PME-ETI, où le TiO2 peut représenter jusqu'à 30% des coûts de production.

Une menace pour nos entreprises et nos emplois

Les conséquences économiques de ces mesures sont claires : des coûts de production en hausse, des marges réduites, et pour beaucoup d'acteurs, une impossibilité de rester compétitifs. Les grands groupes pourront se tourner vers des solutions hors d'Europe. Mais pour les PME-ETI, qui constituent le socle de notre tissu industriel, la situation est bien différente. Beaucoup seront confrontées à des choix impossibles : supporter des pertes importantes, délocaliser leur production, ou tout simplement fermer leurs portes.

Les répercussions ne s'arrêteront pas là. Ces fermetures entraîneront des suppressions d'emplois massives dans un secteur qui emploie directement 150.000 personnes en Europe. Ces pertes toucheront particulièrement les régions déjà fragiles, aggravant les inégalités territoriales et économiques ; à fortiori dans les RUP.

Une aberration écologique et stratégique

Ces droits antidumping vont également à l'encontre des ambitions environnementales européennes. En augmentant les coûts locaux, l'Europe risque de pousser ses entreprises à importer des produits finis, du Royaume Unis ou de Turquie, plutôt que les matières premières nécessaires. Le transport de ces produits sur de longues distances alourdira considérablement leur empreinte carbone. Importer des produits finis reviendrait à externaliser notre responsabilité écologique tout en aggravant notre dépendance extérieure.

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Par ailleurs, cette politique semble répondre davantage aux intérêts d'un petit groupe de multinationales (Tronox, Kronos et Venator) qu'à une véritable stratégie européenne. Les entreprises qui bénéficieront de ces droits sont des acteurs non européens. Cette mesure risque de servir des intérêts étrangers tout en sacrifiant l'écosystème économique local.

Les consommateurs en bout de chaîne

L'impact de ces décisions ne se limitera pas à l'industrie. Les consommateurs eux-mêmes en paieront le prix. Avec des hausses des coûts de production qui seront inévitablement répercutées, les prix des produits finis, qu'il s'agisse de peintures ou d'autres biens, augmenteront significativement (+7 à +14%). Dans un contexte où les ménages européens sont déjà soumis à une forte inflation, cette mesure voulue par l'Europe viendra encore alourdir leur fardeau.

En parallèle, les secteurs clients, comme la construction ou l'industrie automobile, déjà affaiblis par la conjoncture économique, verront leurs propres coûts grimper. Cela risque de freiner leurs projets, d'aggraver leur fragilité et de ralentir la reprise économique dans son ensemble.

Un retour au bon sens est possible

Face à cette situation, il est encore temps de corriger le tir. Plusieurs alternatives existent pour protéger les intérêts européens sans sacrifier nos industries ni nos emplois :

  • Une introduction progressive des droits : cela donnerait aux entreprises le temps de s'adapter, de diversifier leurs approvisionnements et de rechercher des alternatives viables.
  • Investir dans l'innovation et la production locale : stimuler la production européenne de TiO2 par des partenariats public-privé et encourager le développement de solutions innovantes pour réduire notre dépendance.
  • Soutenir les PME : des aides temporaires sous forme de subventions ou d'allègements fiscaux pourraient leur permettre d'absorber l'impact immédiat.
  • Réévaluer la mesure : enfin, il est crucial que la CE prenne en compte l'ensemble des acteurs concernés, et pas seulement les producteurs de TiO2.

Un appel à l'action

Cette décision va à l'encontre de ce que l'Europe doit défendre : une industrie forte, compétitive et durable. Elle ignore les réalités économiques, sociales et environnementales auxquelles nous faisons face. Si nous voulons réellement protéger notre tissu industriel, nos emplois et nos ambitions climatiques, nous devons abandonner cette approche punitive et adopter une stratégie inclusive et équilibrée.

L'Europe a les moyens de faire mieux. Mais le temps presse. À quelques heures d'un vote décisif, j'appelle la Commission Européenne et les États membres à faire preuve de responsabilité et de clairvoyance. Ne sacrifions pas l'avenir de milliers d'entreprises et d'emplois pour une mesure mal calibrée.

________

(*) Nicolas Dujardin est diplômé de KEDGE Business School (2011) en Management International et de Cambridge University en Business Sustainability Management (2024). A débuté sa carrière à Shanghai dans le trading de produits chimique et biens manufacturés pour des enseignes internationales. Aujourd'hui, Chief Operating Officer du groupe familial français Océinde dirigé par Nassir Goulamaly, il pilote des initiatives stratégiques et opérationnelles visant à renforcer la performance globale de l'entreprise. Doté d'une expertise approfondie en achats stratégiques, développement international, et innovation industrielle, il excelle dans la gestion des risques, et la transformation d'organisations complexes pour répondre aux enjeux économiques, environnementaux et sociaux. Il est à l'origine des implantations asiatiques et africaines du groupe OCEINDE aujourd'hui présent dans 12 pays. Représentant auprès de fédérations et intervenant public, il est reconnu pour son leadership, sa vision stratégique et sa capacité à intégrer innovation et durabilité dans les processus industriels.

Nicolas Dujardin

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