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Échec d’un cessez-le-feu en juillet dernier à Gaza : les vraies raisons d’un gâchis

Sébastien Boussois

Publié le 12 octobre 2024 à 06:45

Photo d'illustration

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J. Brouckaert / LT

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Le récent échec des négociations pour un cessez-le-feu à Gaza, orchestrées par les États-Unis, le Qatar et l'Égypte, illustre à quel point les positions intransigeantes, notamment celle du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, compliquent toute perspective de paix durable. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (*)

Une guerre ne se finit plus depuis longtemps par une victoire militaire mais bien par un accord politique. Pour qu'il y'ait accord, il est impératif directement ou indirectement de confronter les parties pour faire cessez le bruit des armes et envisager l'après. Cela signifie à un moment mettre de côté émotions, rancoeurs, haines, de toutes parts, pour raisonner et considérer que les deux bélligérants ont plus à gagner à arrêter que continuer un conflit.

C'est sûrement valable pour le conflit russo-ukrainien, mais aussi pour la guerre entre Israël et le Hamas ainsi que le Hezbollah. Un article récent du Financial Times révèle que fin juillet, les médiateurs de ce conflit, à savoir principalement les Etats-Unis, le Qatar, et l'Egypte, étaient à deux doigts de décrocher un cessez-le-feu à Gaza depuis Rome.

Netanyahou, un obstacle à la paix ?

Pendant des mois, depuis le 7 octobre et le déclenchement de la ripose israélienne contre le Hamas, Robert Burns, le chef de la CIA, Abbas Kamel, le chef des renseignements égyptiens, ainsi que le premier ministre qatari Cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, ont cherché à trouver un compromis de part et d'autre. Du côté du Hamas, le Qatar est celui qui parvient le mieux à arracher des bribes en faveur d'Israël et pour une trêve.

Du côté, israélien, les trois médiateurs sont quelque peu démunis, car même si Netanyahou envoie régulièrement un émissaire à ce moment-là, cela se finit très souvent par un refus. Pourquoi ? Car le premier ministre est tenu par une coalition d'extrême-droite qui ne veut rien céder et rien discuter, si ce n'est poursuivre la guerre pour éradiquer les islamistes. Fin juillet, tout semble avoir capoté à cause du premier ministre israélien.

C'était au temps où Ismaël Haniyeh, encore vivant, faisait la courroie de transmission avec Yahia Sinwwar, planqué dans les tunnels à Gaza, venait d'annoncer que le Hamas était prêt à assouplir sa position sur le nombre de prisonniers palestiniens en échange de la libération des otages israéliens. Mais le négociateur israélien, David Barnea, le chef du Mossad, était au contraire arrivé très fermé : tout tournait autour du fameux corridor de Philadelphie, longeant l'Egypte, censé permettre l'entrée de vivres et de convois humanitaires notamment au sud de Gaza et Rafah, que Israël souhaitait dorénavant contrôler pour éviter dans le même temps l'approvisionnement potentiel en armes.

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Barnea ne voulait finalement rien lâcher sur ce sujet, alors qu'auparavant, Netanyahou avait annoncé qu'il retirerait les troupes israéliennes pour permettre un appel d'air à Gaza. C'était en tout cas ce que les médiateurs avaient compris et espéré en arrivant à Rome. Trois jours plus tard, Ismaël Haniyeh, était assassiné à Téhéran. De la part d'Israël, le message était clair : il ne voulait plus discuter avec le médiateur palestinien du Hamas. L'équipe de médiateurs savait que ce serait fini et que l'engrenage allait s'enclencher, et qu'il n'y aurait jamais de cessez-le-feu.

Médiateurs impuissants face à l'escalade

La convocation de l'Assemblée générale des Nations Unies fin septembre était l'occasion de remettre en selle à New-York l'importance de relancer les négociations. Joe Biden dans son discours insistait même sur ce fait primordial pour éviter la spirale de violence au Moyen-Orient. Optimiste ou irréaliste, Il parlait même de « finalisation » des pourparlers. Trois jours plus tard, alors que Benjamin Netanyahou était venu faire son discours devant la tribune des Nations-Unies, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah était assassiné à Beyrouth et le Liban basculait dans une nouvelle guerre.

Que le Hamas et le Hezbollah constituent une menace pour la sécurité d'Israël, au-delà des causes et des responsables de la situation, ne fait aucun doute. Mais si l'on veut discuter et que l'on tue les protagonistes que l'on aime pas, quel espoir de stopper net la violence pour les deux belligérants y-a-t-il ? Aucune. Depuis, les médiateurs du conflit sont partagés : pour Washington et Tel Aviv, le Hamas est responsable de l'échec des discussions.

Pour l'Egypte (en paix avec Israël) et le Qatar, c'est bien Netanyahou et lui seul qui pose principalement problème depuis le début pour arrêter enfin ce conflit meurtrier sur tant de fronts dans la région. Le Hamas est laminé pour le moment, le Hezbollah décapité. La dernière monnaie d'échange pour eux est la centaine d'otages qu'il leur reste à Gaza. Quand on voit, à quel point, Netanyahou n'a jamais mis leur liberté en priorité sur son plan de guerre, il y a de quoi être encore inquiets pour eux et pour toute la région.

_______

(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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