Economie collaborative : sortir des contraintes réglementaires traditionnelles

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Stanislas de Bentzmann et Edouard Dumortier
Stanislas de Bentzmann et Edouard Dumortier (Crédits : DR)
Vouloir imposer la règlementation de la "vieille" économie à la nouvelle serait un non sens. Par Edouard Dumortier, dirigeant co-fondateur d'AlloVoisins.com, et Stanislas de Bentzmann Président de Croissance Plus et PDG de Devoteam

L'économie collaborative repose sur le fait de privilégier l'usage d'un bien, à sa propriété. Vous n'avez pas de voiture mais chaque fois que vous en avez besoin vous en louez une à un particulier, sachant que nos voitures passent le plus clair de leur temps au parking. Pour stimuler cette nouvelle économie on nous promet depuis plusieurs mois un texte législatif - la loi Noé - qui servira, notamment, a mieux encadrer l'économie collaborative. D'emblée il est légitime de se demander comment prétendre bénéficier de nouvelles opportunités de croissance tout en commençant à vouloir les brider par des contraintes réglementaires et fiscales qui font aujourd'hui le malheur de l'économie française ? On comprend déjà la volonté du législateur et une partie du patronat de chercher un Yalta législatif qui permettrait de mettre sous contrôle l'économie numérique.

Une économie qui s'impose d'elle même

Aujourd'hui, l'économie collaborative s'impose d'elle-même. Elle correspond pour l'ensemble des générations à un souffle d'air frais dans une France déprimée où rien ne semble avancer. Une France pourtant pleine d'atouts et de talents, mais qui ressasse toujours depuis trente ans les mêmes polémiques et qui bute sur les mêmes blocages, éternelle spectatrice d'un mauvais film, celui d'une forme d'échec collectif.

La digitalisation de l'économie ne fait pas que nous apprendre des mots nouveaux comme « ubérisation » ou découvrir des noms pittoresques d'entreprises comme « Blablacar », elle opère une transformation à grande vitesse de notre société et de notre économie. Elle constitue la troisième vague qui survient après la révolution du web avec Google et du commerce en ligne avec Amazon.

Une transformation plébiscitée par l'opinion

Et cette transformation, contrairement à la mondialisation - en partie choisie, en partie subie - des trente dernières années, est, quoi qu'on en dise, plébiscitée par l'opinion. Car elle correspond à un immense besoin de libération collectif. Et que peut-on dire, que peut-on faire face à ces plateformes d'un nouveau genre qui permettent de s'affranchir des statuts, des carcans, des réglementations, devenus incompréhensibles au point que notre société ressemble à s'y méprendre à sa lointaine ancêtre d'ancien régime ? Malheureusement pas grand-chose, n'en déplaise aux tenants de l'étatisme qui font désormais profil bas car ils ne pourront rien interdire, ni rien empêcher.

Faut-il alors voir dans les nouvelles plateformes numériques, qui permettent bien souvent de rapprocher offre et demande de manière plus rapide et à moindre coût, des ogres contemporains dévorant des pans entiers de l'économie traditionnelle ou de nouveaux justiciers obligeant les vilains rentiers de l'économie à libérer leurs clients captifs vers des formes plus efficientes de marché ? La manière dont le débat politique est posé nous rappelle tristement ces controverses entre « anciens » et « modernes » qui jalonnent notre histoire et qui nous empêchent de voir comment les choses se transforment.

Une "soft révolution"

Nous sommes face à une « soft révolution » car la société collaborative (avant d'être une économie) est une réponse de société, économique, fiscale et bientôt politique aux carences d'un monde ancien devenu brutalement démodé, qui ne tient plus ses promesses de croissance, d'emploi et de consommation pour tous. Elle n'est pas un modèle au sens économique du terme, elle est un mode de vie pour des générations avides d'ouverture, de partage et d'échange, qui veulent trouver de nouvelles voix pour avancer. C'est en cela qu'elle est révolutionnaire.

Un tel processus libérateur ne peut bien sûr pas s'affranchir de règles du jeu, sauf à devenir anarchique et sauvage. Les nombreux rapports sur les nouvelles formes de travail qui accompagneront cette révolution numérique n'apportent pas de véritable réponse à l'agonie du modèle fordiste et du contrat social hérité de 1945. Néanmoins, ce sont aussi trop de blocages, de verrous, en deux mots d'inefficacité, qui font que l'économie collaborative progresse.

Ne pas étouffer les initiatives

L'économie collaborative ‎traduit la nécessité d'évoluer vers des marchés plus efficients, où la réglementation n'étouffe pas les initiatives. Tout l'enjeu pour les pouvoirs publics consiste à proposer les bons réglages juridiques, sociaux et fiscaux pour que la concurrence reste loyale, sans pour autant tomber dans le piège qui consisterait à importer dans le digital toutes les contraintes réglementaires de l'économie traditionnelle. C'est au contraire l'inverse qu'il faut faire : s'inspirer de la liberté numérique pour alléger les contraintes de toute l'économie et faire ainsi converger les modèles.

Par Edouard Dumortier, dirigeant co-fondateur d'AlloVoisins.com, première plateforme d'entraide entre voisins, et Stanislas de Bentzmann Président de Croissance Plus et PDG de Devoteam

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Commentaires
a écrit le 27/01/2016 à 0:26 :
On peut envisager de financer les charges sociales par la CSG + des cotisations + les mêmes taxes. Ainsi, les diverses formes d'entreprises seraient à égalité.
a écrit le 26/01/2016 à 13:13 :
"D'emblée il est légitime de se demander comment prétendre bénéficier de nouvelles opportunités de croissance tout en commençant à vouloir les brider par des contraintes réglementaires et fiscales qui font aujourd'hui le malheur de l'économie française ?" Mais les contraintes des uns, qui n'est que reconnaissance, est la sécurité des autres! Sinon c'est une système qui se voudra virtuel et manquera de pérennité tout en détruisant ce qui l'était!
a écrit le 26/01/2016 à 12:39 :
Ces messieurs ont tout simplement un discours de délinquants, c'est à l'état de réguler l'économie et non l'inverse. Ils n'ont pas compris que le sens de l'histoire s'inverse et que les peuples réclament un retour à l'état nation, qui interdit les intérêts particuliers, mais qui les protège par la loi. Et pour qui se prennent ils ces messieurs qui ne sont que des bricoleurs d'Internet, qui profitent de la propriété des autres, ne constituent aucun capital propre et donc ne prennent aucun risques..
a écrit le 26/01/2016 à 9:32 :
Curieux que l'économie capitaliste se tourne désormais vers l'économie collaborative, elle qui a vilipendé le communisme. L'économie collaborative est une forme de communisme consenti, une adhésion à des principes communautaires...et les dérives qu'ils peuvent engendrer.

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