Economie  : que nous réserve 2020  ?

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Marc Guyot et Radu Vranceanu.
Marc Guyot et Radu Vranceanu. (Crédits : DR)
OPINION. En ce début janvier, il n'y a pas beaucoup de raisons d'être optimiste sur les perspectives économiques, notamment dans la zone euro et en particulier en France. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'Essec.

L'année 2020 commence sous le signe de tensions importantes, en France et dans le monde. La réforme du système de retraite provoque depuis un mois l'ire des syndicats, et leur réaction habituelle, et aucune sortie ne semble proche. Le retrait de l'Angleterre de l'UE est sur les rails et devrait à court terme engendrer des coûts d'ajustement significatifs. Les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ralentissent les échanges internationaux et pèsent lourdement sur la croissance mondiale. Les tensions au Moyen-Orient avec l'escalade actuelle entre les Etats-Unis et l'Iran aggravent ce climat d'incertitude.

Performance médiocre en zone euro

Sur ce fond d'incertitudes économiques et géopolitiques majeures, que peut-on attendre sur le plan économique pour la France et plus généralement pour la zone euro en 2020? En ce début janvier, il n'y a pas beaucoup de raisons d'être optimiste. La zone euro a connu une croissance faiblarde en 2019, estimée à 1,2%, qui pourrait s'affaiblir davantage en 2020, la BCE tablant sur pas plus de 1,1%. Ce ralentissement intervient dans un contexte de faiblesse structurelle d'une économie européenne qui ne s'est jamais vraiment remise de la crise des dettes souveraines de 2010-2012. Cette performance médiocre a plusieurs raisons.

Tout d'abord, l'économie allemande - habituellement le moteur de la croissance européenne - est dans une phase de stagnation. Ses exportations qui avaient résisté à la crise de 2010-2012 sont en baisse (malgré un sursaut récent) et son secteur manufacturier s'essouffle. Cela s'explique en premier lieu par l'incertitude globale qui pousse les entreprises mondiales à ajourner leurs investissements en équipements industriels dont l'Allemagne est un leader mondial. En second lieu, le durcissement des normes d'émissions de CO2 et le virage imposé vers l'automobile électrique a profondément déstabilisé le secteur automobile, pilier de la croissance allemande.

La fragilité du secteur bancaire européen et les limites de la politique monétaire de la BCE sont également un frein à la croissance en zone euro. Le prix à payer de la mise en place des nouvelles règles prudentielles sur le secteur bancaire européen a été un affaiblissement de la profitabilité de court terme des banques européennes qui a eu pour conséquence de les rendre encore plus frileuses dans l'octroi de crédits. A cette aversion se sont ajoutées les restructurations qui ont couté des milliers d'emplois. Si on inclut les effets de la politique monétaire de la BCE consistant à taxer les réserves des banques, on comprend que l'ensemble du secteur bancaire européen soit extrêmement fragilisé.

Face à ce marasme, la politique monétaire de la BCE de prêts aux banques à taux zéro, à court terme mais aussi à long terme, a pu favoriser la croissance ces dernières années, mais elle semble avoir atteint ses limites. De surcroît, le maintien sur une trop longue période de cette politique accroit considérablement le risque d'utilisation de ces prêts pour des investissements purement spéculatifs financés par des emprunts de court terme et pariant sur la hausse d'actifs financiers de toute sorte. En ce sens, on peut être inquiets de l'augmentation de crédits aux entreprises en difficulté avec des dettes risquées, par le bais de prêts à effet de levier, dont certains sont titrisés à l'instar des « subprimes » par lesquels la crise de 2007 est apparue. En décembre de l'année dernière, la Banque de France vient d'émettre un signal d'alerte par rapport à une croissance jugée excessive des prêts hypothécaires.

Les épargnants pénalisés

Cette politique de refinancement à taux zéro, combinée avec la politique de rachat d'actifs de la BCE, ont eu pour effet de maintenir proches de zéro (voire en dessous) les taux à 10 ans sur les obligations de nombreux États. Si cela a allégé le coût de la dette publique, elle a également pénalisé les épargnants, créant des tensions notamment dans une Allemagne inquiète par le vieillissement de sa population.

Le pessimisme sur la profondeur du marasme européen est alimenté par le niveau des anticipations d'inflation qui sont orientées à baisse, loin sous la cible de 2%. Cette faiblesse préoccupante a amené, en septembre 2019, la BCE à prendre la mesure d'urgence spectaculaire (dans le mauvais sens du terme) de reprise de sa politique d'achat d'obligations. Cette mesure a ceci de particulier qu'elle présente toutes les caractéristiques techniques de la planche à billets, à la différence près qu'elle est à l'initiative de la Banque Centrale et pas d'un gouvernement dépensier. De même, à 1,3% l'inflation reste trop faible par rapport à la cible de 2% et va le rester au vu de la faiblesse des anticipations et du niveau élevé du taux de chômage dans les pays du Sud de l'Europe.

La situation est complexe pour la BCE, car mettre un terme à ses politiques non-conventionnelles, malgré leurs limites avérées, pourrait s'accompagner de l'appréciation de l'euro et d'un phénomène mortifère de « déflation importée ». Dans un premier temps, elle devrait s'inspirer de la Banque Nationale de Suède qui vient de mettre un terme à la taxation des réserves.

Un grand nombre de pays ont fini par mettre de l'ordre dans leurs dépenses publiques ce qui a permis la décrue du rapport dette sur PIB de la zone euro depuis 2014. En 2019, la politique fiscale de la zone euro est redevenue accommodante, notamment en raison de certaines réductions d'impôts. En revanche, le gouvernement allemand se refuse pour l'instant à tout assouplissement. Leur position peut se comprendre si on se positionne dans la logique structurelle de moyen terme de la politique économique allemande. En effet, la croissance que l'Allemagne recherche n'est pas une croissance basée sur un déficit public permanent soutenant la dépense globale mais sur une croissance émanant de la compétitivité de ses entreprises, de la spécialisation et du pouvoir de marché de ses TPE à l'international, du bon fonctionnement de son marché du travail et, en arrière-plan, de son système efficace de formation professionnelle. En France aucun de ces facteurs structurels n'est réellement à l'œuvre, ce qui oblige les gouvernements successifs à adopter des politiques fiscales laxistes de soutien permanent à l'activité. Ceci est encore illustré par le fait qu'en 2019 la croissance française a été plus forte que celle de l'Allemagne. En effet, les quelque 20 milliards de dépenses supplémentaires lâché par le gouvernement suite à la crise des gilets jaunes a eu l'effet dopant classique de court terme à la française et n'est en rien lié à une compétitivité retrouvée, comme l'illustre l'écart entre les performances à l'export des deux pays.

La baisse du chômage marque une pause

Le marché du travail européen ne semble pas devoir contrebalancer cette ambiance négative générale qui se dégage de la zone euro. En effet, la baisse du chômage semble marquer une pause depuis quelques mois, pour s'établir à 7,5% fin octobre mais avec une forte hétérogénéité entre pays, l'Allemagne et les pays dynamiques de l'Europe de l'Est comme la République Tchèque, la Pologne ou la Hongrie se situant au plein emploi alors que la France fait toujours face à un chômage plus élevé que la moyenne européenne à 8,5%, de même que l'Italie à 9,7%.

De son côté, la France ne retrouvera une vraie marge de manœuvre, et ne pourra pas jouer le rôle modèle rêvé par son Président tant qu'elle ne maitrise pas sa dépense publique, ce qu'on finit par réussir ses partenaires européens. En effet, fin 2018 le déficit public de la zone euro était à 0,5% et 14 pays membres étaient en excédent budgétaire (dont l'Allemagne avec +1,9%). De son côté, le ratio dette publique sur PIB de la zone euro était à 85,9%. Ces performances sont considérablement éloignées de celle de la France mais cependant accessibles moyennant les mêmes décisions difficiles à court terme mais indispensables à long terme, de réforme des retraites, de réduction du nombre des fonctionnaires, de transfert vers le privé d'activités conduites par l'État. De même, l'immense majorité de nos partenaires européens ont réformé leur marché du travail avec un certain succès. La réforme timide du marché du travail français doit être poursuivie et accentuée. Malheureusement, en ce début d'année 2020, il n'apparaît pas que le gouvernement actuel soit en mesure d'aller dans cette direction.

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a écrit le 10/01/2020 à 16:05 :
mon assurance vie enrichie les financiers et bien à la prochaine baisse comme ils nous le promettent je récupère mes euros, je préfère les faire fondre moi-même. Voilà, je cours vite à la banque postale clôturer mon LA . Financiers "quand vous n'aurez plus d'argent pour vous enrichir, je suis sûr que vous trouverez une solution pour conserver votre train de vie et le nôtre.
a écrit le 10/01/2020 à 16:04 :
mon assurance vie enrichie les financiers et bien à la prochaine baisse comme ils nous le promettent je récupère mes euros, je préfère les faire fondre moi-même. Voilà, je cours vite à la banque postale clôturer mon LA . Financiers "quand vous n'aurez plus d'argent pour vous enrichir, je suis sûr que vous trouverez une solution pour conserver votre train de vie et le nôtre.
a écrit le 10/01/2020 à 11:26 :
"mais avec une forte hétérogénéité entre pays, l'Allemagne et les pays dynamiques de l'Europe de l'Est comme la République Tchèque, la Pologne ou la Hongrie se situant au plein emploi alors que la France fait toujours face à un chômage plus élevé que la moyenne européenne à 8,5%, de même que l'Italie à 9,7%"

Vous vous dites spécialistes et ne voyez pas dans cette phrase une relation de cause à effet sans rire ? Quelle crédibilité pour des gens se disant experts alors qu'oubliant un phénomène économique majeur qu'est la politique du dumping social européen ? Avec des salariés européens de l'est vendus au rabais à des actionnaires milliardaires de l'ouest comment voulez vous faire baisser le chromage ? Vu que notre secteur du transport et du btp sont dévastés par cette aberration néolibérale.

"En effet, fin 2018 le déficit public de la zone euro était à 0,5% et 14 pays membres étaient en excédent budgétaire"

ET donc avec autant de pays excédentaires comment cela se fait il que l'on est une croissance aussi minable en europe ? Puisque vous vous dites mondialistes mais ne faites au final une fixette pourtant que sur la France... Je me demande vraiment qui peut payer vos conseils si ce ne sont ceux qui veulent écouter les fables qu'ils diffusent eux mêmes via leurs médias de masse hein... AU secours.

"Ces performances sont considérablement éloignées de celle de la France mais cependant accessibles moyennant les mêmes décisions difficiles à court terme mais indispensables à long terme, de réforme des retraites, de réduction du nombre des fonctionnaires, de transfert vers le privé d'activités conduites par l'État."

Et pour finir un TINA qui a plus de 20 ans maintenant, vous êtes désespérants... Crédibilité les gars ? Zéro ! Pour ceux qui pensent bien entendu et pas pour ceux qui comptent "car chez ces gens là monsieur, on ne pense pas monsieur, on ne pense pas, on compte".

Au moins cela confirme que la classe dirigeante n'est pas prête de vouloir sauver la planète et son humanité, ça au moins c'est clair ! Enfin, une énième messe néolibérale je suppose afin d'avoir le droit de diffuser de temps en temps de la véritable information... Nous sommes tombés au fond du seau.

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