Élection présidentielle : qui peut l’emporter  ?

NE NOUS FÂCHONS PAS ! Chaque semaine, l'Odissée (*) présente une chronique proposant un Discours de la méthode 2 ! Aujourd'hui : qui peut emporter l'élection de 2022 ?

En France, la figure du chef l'emporte sur le projet. Les acteurs politiques doivent s'opposer pour s'imposer. Pour devenir chef d'État, il faut créer son parti.

Le système politique français est si imperméable aux idées nouvelles qu'il oblige les porteurs de projets alternatifs à le renverser. Depuis la chute des Capétiens en 1792, les Français ont ainsi renversé 16 régimes successifs.

Les Régimes politiques en France depuis 1789 :

  • Jusqu'en 1789 : Monarchie absolue de droit divin
  • 1789 à 1791 : Assemblée constituante
  • 1791 à 1792 : Monarchie constitutionnelle
  • 1792 à 1794 : 1er République
  • 1795 à 1799 : Directoire
  • 1799 à 1802 : Consulat
  • 1802 à 1804 : Consulat à vie
  • 1804 à 1815 : 1er Empire
  • 1815 à 1830 : Restauration monarchique
  • 1830 à 1848 : Monarchie de Juillet
  • 1848 à 1852 : 2e République
  • 1852 à 1870 : 2nd Empire
  • 1870 à 1940 : 3e République
  • 1940 à 1944 : État français (Vichy)
  • 1944 à 1946 : GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française)
  • 1946 à 1958 : 4e République
  • A partir de 1958 : 5e République

Ce mode d'évolution par la rupture systémique est le produit de l'absence de débat serein. Ce fonctionnement se reproduit en cascade dans toutes les composantes de la société, à commencer par les partis politiques. Voilà pourquoi les Présidents successifs de la 5e République, ont tous créé leur propre parti, à l'exception de François Hollande :

  • Charles de Gaulle crée le Rassemblement du Peuple Français (RPF) au lendemain de la Guerre, puis l'Union pour la nouvelle République (UNR) en 1958.
  • Valéry Giscard d'Estaing crée, la Fédération Nationale des Républicains Indépendants (FNRI) en 1966, puis l'Union pour la Démocratie Française (UDF) en 1978.
  • Jacques Chirac transforme l'UNR en Rassemblement pour la République (RPR) en 1976.
  • François Mitterrand s'accapare en 1971 le Parti socialiste deux ans après sa création.
  • Nicolas Sarkozy prend d'assaut l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire) en 2004, lorsqu'Alain Juppé est rendu inéligible alors qu'il avait réinventé le RPR deux ans plus tôt.
  • En 2012, si François Hollande n'a pas créé le Parti Socialiste, il en maîtrisait néanmoins tous les réseaux pour en avoir été pendant douze ans le premier secrétaire.
  • En 2017, Emmanuel Macron (EM) crée La République En Marche (LR EM).

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De toute évidence, en France, l'accès au sommet de l'État dépend avant tout de la capacité à créer et maîtriser un parti politique, au-delà même de proposer un projet. Il en va différemment dans les autres grandes démocraties, composées de partis politiques plus pérennes. Par exemple :

  • Au Royaume-Uni, le parti conservateur a été fondé en 1830 et le parti travailliste en 1900,
  • Aux Etats-Unis, le Parti Démocrate date de 1824 et le Parti Républicain de 1854,
  • Le paysage politique allemand est dominé par des partis créés avant même la Loi fondamentale de 1949 : le Parti social-démocrate (SPD) créé dès 1875, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti libéral-démocrate (FDP), fondés respectivement en 1945 et 1949.

La clé de la pérennité de ces partis réside dans des méthodes de sélection des leaders qui obligent leurs différentes composantes à une dialectique au leur sein même. Cette autorégulation interne permet une régénération par l'intégration d'idées nouvelles portées par des acteurs nouveaux. Ainsi, aux Etats-Unis : le Parti Républicain était le plus innovant sur le plan social lors de la Guerre de Sécession, pendant laquelle le Républicain Abraham Lincoln s'opposait aux Démocrates en prônant l'abolition de l'esclavage ; tandis que depuis la crise économique de 1929, c'est le Parti Démocrate qui se démarque par ses propositions sociales.

En France, le parti étant créé par un chef pour sa propre carrière, l'appareil rejette toute idée qui pourrait déstabiliser son fondateur. Excluant des instances internes les porteurs de projets alternatifs, le dirigeant maîtrise le programme politique, qu'il adapte à ses ambitions personnelles. Ne permettant ni pluralisme ni confrontation des idées, ce fonctionnement interne ne permet de construire que des analyses et des solutions imparfaites. La dialectique étant impossible à l'intérieur de l'organe politique, tout candidat à la fonction suprême doit construire à son tour son propre appareil.

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Pour autant, bien sûr, la création d'un parti ne suffit pas pour l'emporter, à l'exemple du Modem (Mouvement Démocrate) de François Bayrou, de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI) de Jean-Louis Borloo, ou encore du Front National par Jean-Marie Le Pen. La vie des partis étant parallèle à celle de la carrière de leur chef, ils disparaissent avec leur créateur.

En 2022, Parti Socialiste et UMP (rebaptisé en Les Républicains en 2015, mais sans refondation structurelle ni intellectuelle) sont orphelins de leur dirigeant-fondateur : ils paraissent donc voués à disparaître. La victoire se jouera entre les créateurs de parti qui se font face : Macron - LREM, Le Pen - Rassemblement National (refondation, 2018), Mélenchon - France Insoumise (création, 2016), Valérie Pecresse - Libres (création 2019) si elle parvient à rassembler au-delà de LR et Eric Zemmour (création fin 2021 ?) ... s'il se révèle capable de fédérer talents et moyens... ou tout autre acteur qui y parviendrait, dont Xavier Bertrand qui peut encore transformer sa Manufacture en catalyseur d'énergies électorales.

Mais attention à ne pas rester dans la mythologie française du sauveur : si l'homme (/femme) providentiel résonne avec l'écume de notre histoire, ses résultats ne sont en vérité jamais à la hauteur des attentes. Aussi, ne nous trompons pas d'enjeu : quel que soit l'élu(e), la méthode de gouvernance reste la clé de la construction d'une société meilleure. Sans vrai débat public sur l'Emploi, la Santé, l'Éducation, l'énergie (...) : il n'y aura encore et toujours pas de vraies réformes !

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NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.

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Commentaires 7
à écrit le 01/10/2021 à 10:04
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Barnier n'a pas de parti. S'il obtenait le soutien de l'appareil LR, les troupes resteraient divisées : sauf événement imprévisible, il n'est pas en situation de créer une dynamique de victoire.

à écrit le 29/09/2021 à 16:30
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Il est impératif de ne pas confondre un "soit disant" Président légalement élu par le rejet des autres candidats et un Président légitime... élu pour son programme! Pour l'instant, il n'y a que deux programmes en circulation: Celui de l'UE de Bruxel...

le 30/09/2021 à 10:31
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Comme quoi certain confondent "la légalité" avec "la légitimité"... par exemple on peut dire que le programme de l'UE de Bruxelles est légalement acceptable mais nullement légitime!

à écrit le 29/09/2021 à 10:19
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un peu leger comme analyse. Macron a ete elu alors que son parti n existait quaisment pas (et n existe toujours pas vraiement). Il a battu Fillon qui avait un parti derriere lui ou Le Pen qui en a herité Avoir un parti peu aider mais ca n est pa...

le 01/10/2021 à 10:01
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Macron a construit une dynamique qui remplissait les salles, grâce à ses accords avec Havas, Bolloré, Arnault. Il a obtenu l'adhésion de nombreux acteurs de gauche, droite et centre, y compris l'omniprésent Attali et Bayrou qui a réunit 18,57% des su...

à écrit le 29/09/2021 à 10:13
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Titre accrocheur pour une page wikipedia.

à écrit le 29/09/2021 à 10:01
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Macron ou Barnier à savoir deux sujets de sa majesté le marché financier. L'avantage dans un monde détenu par ceux qui le détruisent en ronflant c'est qu'il est simple à anticiper. Alors certes finance et extrême droite se sont toujours très bien ent...

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