Élection présidentielle: qui peut l’emporter ?
L'Odissée (*)
L'Odissée (*)
En France, la figure du chef l'emporte sur le projet. Les acteurs politiques doivent s'opposer pour s'imposer. Pour devenir chef d'État, il faut créer son parti.
Le système politique français est si imperméable aux idées nouvelles qu'il oblige les porteurs de projets alternatifs à le renverser. Depuis la chute des Capétiens en 1792, les Français ont ainsi renversé 16 régimes successifs.
Les Régimes politiques en France depuis 1789 :
Ce mode d'évolution par la rupture systémique est le produit de l'absence de débat serein. Ce fonctionnement se reproduit en cascade dans toutes les composantes de la société, à commencer par les partis politiques. Voilà pourquoi les Présidents successifs de la 5e République, ont tous créé leur propre parti, à l'exception de François Hollande :

De toute évidence, en France, l'accès au sommet de l'État dépend avant tout de la capacité à créer et maîtriser un parti politique, au-delà même de proposer un projet. Il en va différemment dans les autres grandes démocraties, composées de partis politiques plus pérennes. Par exemple :
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La clé de la pérennité de ces partis réside dans des méthodes de sélection des leaders qui obligent leurs différentes composantes à une dialectique au leur sein même. Cette autorégulation interne permet une régénération par l'intégration d'idées nouvelles portées par des acteurs nouveaux. Ainsi, aux Etats-Unis : le Parti Républicain était le plus innovant sur le plan social lors de la Guerre de Sécession, pendant laquelle le Républicain Abraham Lincoln s'opposait aux Démocrates en prônant l'abolition de l'esclavage ; tandis que depuis la crise économique de 1929, c'est le Parti Démocrate qui se démarque par ses propositions sociales.
En France, le parti étant créé par un chef pour sa propre carrière, l'appareil rejette toute idée qui pourrait déstabiliser son fondateur. Excluant des instances internes les porteurs de projets alternatifs, le dirigeant maîtrise le programme politique, qu'il adapte à ses ambitions personnelles. Ne permettant ni pluralisme ni confrontation des idées, ce fonctionnement interne ne permet de construire que des analyses et des solutions imparfaites. La dialectique étant impossible à l'intérieur de l'organe politique, tout candidat à la fonction suprême doit construire à son tour son propre appareil.

Pour autant, bien sûr, la création d'un parti ne suffit pas pour l'emporter, à l'exemple du Modem (Mouvement Démocrate) de François Bayrou, de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI) de Jean-Louis Borloo, ou encore du Front National par Jean-Marie Le Pen. La vie des partis étant parallèle à celle de la carrière de leur chef, ils disparaissent avec leur créateur.
En 2022, Parti Socialiste et UMP (rebaptisé en Les Républicains en 2015, mais sans refondation structurelle ni intellectuelle) sont orphelins de leur dirigeant-fondateur : ils paraissent donc voués à disparaître. La victoire se jouera entre les créateurs de parti qui se font face : Macron - LREM, Le Pen - Rassemblement National (refondation, 2018), Mélenchon - France Insoumise (création, 2016), Valérie Pecresse - Libres (création 2019) si elle parvient à rassembler au-delà de LR et Eric Zemmour (création fin 2021 ?) ... s'il se révèle capable de fédérer talents et moyens... ou tout autre acteur qui y parviendrait, dont Xavier Bertrand qui peut encore transformer sa Manufacture en catalyseur d'énergies électorales.
Mais attention à ne pas rester dans la mythologie française du sauveur : si l'homme (/femme) providentiel résonne avec l'écume de notre histoire, ses résultats ne sont en vérité jamais à la hauteur des attentes. Aussi, ne nous trompons pas d'enjeu : quel que soit l'élu(e), la méthode de gouvernance reste la clé de la construction d'une société meilleure. Sans vrai débat public sur l'Emploi, la Santé, l'Éducation, l'énergie (...) : il n'y aura encore et toujours pas de vraies réformes !
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NOTES
(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.
L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".
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Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.
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