Elections européennes : le test de "La Boussole européenne" révèle les clivages politiques des Français

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IDEE. Lors du scrutin de 2019, l’enjeu européen est devenu un facteur clivant et structurant de la vie politique française. Faites le test de « La Boussole européenne » pour savoir où vous vous situez ! Par Thomas Vitiello, Sciences Po – USPC

En dépit d'un certain manque de confiance, voire d'intérêt, des Français en l'Union européenne, ces élections marquent un moment particulier d'observation de l'offre politique.

En effet, à contre-courant du ressenti confus de nombreux électeurs quant au positionnement politique des différentes listes et à une impression de brouillage des repères, une analyse de l'offre politique en lice pour les élections européennes du 26 mai 2019 révèle des clivages politiques clairs et tranchés. Notamment, le rôle de l'Europe comme enjeu clivant s'affirme comme un élément structurant du système partisan français.

 >>> Faites vous aussi le test de "La Boussole européenne"

« La Boussole européenne »

Afin de faire sens des positionnements des principales listes aux élections européennes, « La Boussole européenne », conçue par une équipe de chercheurs du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), situe les principales listes dans un espace politique bidimensionnel. Connus dans la littérature anglophone sous le terme de voting advice applications, applications permettant aux électeurs de comparer plus facilement leurs idées à celles des partis et des candidats, « La Boussole européenne » compare sur des enjeux variés, les positions des utilisateurs avec celles des listes aux élections européennes.

L'espace politique bidimensionnel de
« La Boussole européenne » 2019.
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Les utilisateurs de « La Boussole européenne » (environ 60 000 depuis la mise en ligne lundi 13 mai) sont ainsi positionnés dans l'espace politique français en fonction de leurs réponses et peuvent comparer leur positionnement à celui des principales listes, l'emplacement de ces dernières étant établi à partir d'une analyse des programmes de campagne (l'ensemble du travail d'analyse des programmes de campagne est disponible sur le site Internet).

L'espace politique de « La Boussole européenne » est constitué de deux dimensions : une dimension socio-économique opposant les avocats de l'interventionnisme étatique dans l'économie aux tenants du libéralisme économique, et une dimension pro- et anti-Union européenne.

« Pro », « anti » et « critiques »

Dans son ouvrage Crise mondiale et systèmes partisans (2018), le politologue Pierre Martin conclut que la mondialisation est la dynamique centrale de restructuration des systèmes partisans contemporains, opposant les « cosmopolites » aux « identitaires ».

Le duel au second tour de l'élection présidentielle de 2017, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, a parfaitement mis en scène l'affirmation de ce clivage politique qui transparaît sur la dimension verticale de l'espace politique de « La Boussole européenne ».

Dans la partie haute de l'espace politique, on retrouve l'ensemble des listes qui sont pro-européennes. Dans le cadran de droite, la liste Renaissance soutenue par La République en Marche, le MoDem et Agir, mais aussi la liste soutenue par l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI). Ces deux listes articulent pendant cette campagne l'idéal d'une Europe puissance dans la mondialisation et protectrice de ses citoyens.

Dans le cadrant de gauche, on retrouve les listes de Génération.s, d'Europe Ecologie-Les Verts et Envie d'Europe (Parti socialiste, Place Publique et Nouvelle Donne) qui sont certes critiques vis-à-vis des politiques menées par l'Union européenne, mais estiment toutes, que l'échelle européenne est le niveau de gouvernance le plus adéquat pour faire face aux défis de la mondialisation et à la question écologique. Pour l'ensemble de ces listes, la France doit aller plus loin dans l'intégration européenne.

« La Boussole européenne » 2019. Author provided

À l'opposé se situent les listes anti-UE de la droite nationaliste et identitaire que sont notamment les listes du Rassemblement national, de Debout la France et des Patriotes. Farouchement opposées à l'UE, ces listes affirment que c'est par un repli national que la France pourra faire face aux défis économiques, écologiques et migratoires.

Entre ces deux blocs de partis politiques, pro- et anti-UE, on retrouve des listes que nous qualifierons de « critiques » vis-à-vis de l'UE. À gauche, la France insoumise et le Parti communiste qui dénoncent le cadre institutionnel existant car celui-ci ne permet pas selon eux d'engager les réformes écologiques et sociales nécessaires. Sans viser une sortie de l'UE, ces listes souhaitent instaurer un rapport de force en envisageant de désobéir aux traités communautaires pour changer l'orientation de l'UE.

Enfin, à droite, la liste Les Républicains qui tout au long de cette campagne a tenté de faire entendre sa voix autour de l'idée selon laquelle il faut redéfinir les périmètres d'action de l'UE, celle-ci ne devant « agir que lorsqu'elle a une vraie plus value [...] et doit laisser aux États membres une flexibilité nécessaire le reste du temps ».

L'Union européenne au cœur de conflits structurels de la vie politique française

Ainsi, l'Union européenne et de manière plus large la mondialisation ont non seulement généré des conflits structurels entre forces politiques le long d'un clivage pro-/anti-mondialisation ou pro-/anti-UE, mais aussi au sein du pôle de gauche démocrate éco-socialiste et du pôle des forces économiquement libérales de droite et du centre.

À gauche, les différents positionnements sur la question européenne mettent en lumière les difficultés idéologiques actuelles d'une alliance entre les multiples listes de gauche qui sont fondamentalement en désaccord sur cette question. Et à droite, le clivage européen conduit à agrandir l'écart entre la majorité gouvernementale centriste et libérale et la droite conservatrice.

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Ces conclusions sont d'autant plus visibles lorsque, dans l'espace politique de « La Boussole européenne », on remplace la dimension pro-/anti-UE par une dimension opposant le libéralisme culturel au conservatisme culturel.

On garde constantes les positions des listes sur la dimension socio-économique, mais on supprime les enjeux liés à l'Union européenne et on les remplace par des enjeux sur des questions de société tels que les mœurs, l'immigration, les libertés publiques, etc.

Ce nouvel espace politique fait clairement apparaître trois pôles dans l'offre partisane : un pôle de « gauche démocratique éco-socialiste » dans lequel on retrouve toutes les listes de gauche en lice lors des élections européennes, un pôle de « droite conservatrice et identitaire » dans lequel on retrouve le Rassemblement national, Debout la France, les Patriotes et l'UPR, et un « centre libéral-mondialisateur » représenté par LaREM, le MoDem et l'UDI, mais aussi Les Républicains qui dans cette configuration (espace politique sans l'enjeu européen) sont plus proches de LaREM que dans l'espace politique intégrant les questions européennes.

L'espace politique français en 2019 sans l'enjeu européen

L'enjeu européen polarise les conflits politiques au sein de la gauche, et de la droite et du centre. Les partis de gauche de La France Insoumise au Parti socialiste ont tous pris ces dernières années, du moins théoriquement, le tournant éco-socialiste mais la question européenne les éloigne irrémédiablement aujourd'hui. À droite et au centre de l'échiquier politique, les partis politiques partagent une vision libérale de l'économie mais diffèrent dans leur rapport à la souveraineté nationale et européenne.

Ainsi, ce n'est pas seulement à cause du mode de scrutin proportionnel que l'on observe une segmentation de l'offre électorale parmi les principaux partis politiques, surtout de gauche, mais bien aussi et peut-être principalement à cause de la nature européenne du scrutin.

The Conversation ______

 Par Thomas VitielloChercheur associé au CEVIPOF, Sciences Po - USPC

 La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 25/05/2019 à 12:14 :
Je pense que l'Europe n'est clivante qu'à droite, où elle distingue Macron (et ses alliés de la France soumise) des Républicains. Les premiers sont inconditionnellement pour, les seconds ne sont globalement ni pour ni contre, et considérant que ses points positifs compensent plus ou moins ses points négatifs. A gauche, certes il y a le grand clivage entre les populistes (FN, UPR, DLF, patriotes, etc...) et les purs gauchistes, mais ce clivage ne se base pas sur l'Europe : ils sont tous très différents sur à peu près tout, hormis sur leur volonté de dépenser toujours plus l'argent des autres (ce qui hélas prend aussi la droite de temps en temps).
a écrit le 25/05/2019 à 8:39 :
Je ne suis pas trop d'accord avec le positionnement que vous donnez a renaissance, ils sont il est vrai "neo" liberaux mais aussi tres interventionnistes etatiquement parlant. Ils devraient plutot être le pendant entre upr/rn coté pro UE
Vive le paléoliberalisme
a écrit le 25/05/2019 à 8:13 :
L'alternative de toujours plus d'état (interventionnisme étatique) n'est tout simplement non viable: les "forces de gauche" ont explosé en vol, et ne représentent plus rien (parti communiste, lutte ouvrière et Génération S. voire PS et FI). Elles sont tout simplement vouées à disparaître, ne sont que des traces d'organes non fonctionnels de notre phylogenèse. Ensuite se pose la question de la cohérence du positionnement des écolos, pro Europe et pro circuits courts, repli régional et in fine anti mondialisation (?).. Est-ce bien sérieux? Reste donc un seul axe, les pro interventionnistes étatiques, anti mondialisation -nous sommes en France allés trop loin avec un poids écrasant de l'état anti-innovation, anti agilité de nos économies (Macron, Le Maire, Réveillez-Vous!)-, et les libéraux favorables à l'ouverture du Monde, qui peuvent cependant comprendre la nécessite d'éviter une mondialisation débridée, et qu'une grenouille, fut-elle française, peut mettre du temps à se dégonfler..
a écrit le 24/05/2019 à 22:17 :
L'aspect clivant n'est ressentie qu'au niveau national, c'est le niveau national qui doit s'adapter a l'administration hors sol mis en place par l'UE de Bruxelles!
Les Traités ont instauré un cahier des charges, un dogme qui instaure des réformes pour aboutir!
En bref, le niveau national doit disparaitre!
a écrit le 24/05/2019 à 13:53 :
I'm a poor lonesome little petit lapin, je suis europhobe comme l'upr et liberal presque comme macron!! Un peu tout seul dans mon carré (pas de luzerne malheureusement)

Les questions supplementaires, c'est vraiment pas prévu pour les lapins, sont pas un peu specistes au cevipof?
Au moment de voter lors des élections européennes du 26 mai 2019, qu’est-ce qui comptera le plus dans votre choix ?
embêter le monde
Dans la liste suivante, quelle est la question qui vous paraît la plus importante aujourd’hui pour l’Union européenne ?
le bonheur avant le pib
Dans la liste suivante, quelle est la question qui vous paraît la plus importante aujourd'hui pour la France ?
Un protectionnisme "intelligent" même si le terme est deja pris

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