Et pourtant, les Français épargnent vraiment beaucoup !

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les Français épargnent vraiment beaucoup !

Voici un nouveau triangle des incompatibilités : comment les habitants d'un pays peuvent à la fois être matraqués fiscalement, consommer abondamment et afficher un taux d'épargne parmi les plus élevés au monde. C'est pourtant la situation décrite par les statistiques françaises. Les prélèvements obligatoires ont dépassé la barre symbolique des 1 000 milliards d'euros l'année dernière et de l'Union européenne, la France, est le pays dont la richesse produite par ses contribuables est la plus ponctionnée. La somme des impôts et des cotisations sociales nettes en pourcentage du PIB, dépasse désormais 48%, contre 46,5% en Belgique et 46,4% au Danemark, deux autres poids lourds de la fiscalité. Loin donc devant l'Allemagne (40,4%), et plus encore de la Bulgarie, de la Roumanie et de l'Irlande qui ferment la marche.

Côté consommation, son poids dans le PIB est légèrement supérieur à celui de la zone euro et sa dynamique sur les 10 dernières années, place la France en deuxième position juste derrière l'Allemagne mais loin devant les trois autres économies majeures de la région, Pays-Bas, Espagne et Italie. Quant au taux d'épargne, il fait passer les Français pour des fourmis, au même titre que les Allemands et les Néerlandais qui thésaurisent également beaucoup alors que les Italiens et les Espagnols se retrouvent en bas de classement. Il y a bien là un mystère et le mystère s'épaissit d'autant plus que comptablement le système de retraite par répartition tend mécaniquement à réduire le taux d'épargne. Pour résoudre cette énigme française, trois pièces doivent être versées au dossier. La première : en face des prélèvements obligatoires, l'Etat fournit beaucoup de prestations. C'est facilement oublier, mais en travaillant pour la collectivité on travaille aussi pour soi.

A côté des revenus tirés de l'activité comme les salaires ou les revenus mixtes des entrepreneurs individuels et des professions libérales, de la propriété (dividendes et les intérêts), il y a les prestations sociales en espèces (pensions retraites, allocations chômage, familiales, RSA...) auxquelles s'ajoute une ligne fondamentale qui complète les ressources des Français : les transferts sociaux en nature. Ils correspondent aux biens et services individuels fournis par la puissance publique (remboursements de soins, de médicaments, scolarité gratuite, aides au logement, etc.). Or leur part dans la formation du revenu disponible brut ajusté (le RDBA) a fortement progressé au fil du temps pour atteindre un peu moins de 23% de ce dernier en 2018. Le pendant de cette tendance, c'est la montée progressive des dépenses socialisées. C'est au cœur du modèle social français : assumer collectivement des dépenses au nom de la cohésion sociale. Ce système profite directement aux particuliers, notamment les populations les plus fragiles, en diminuant la part qu'ils doivent débourser pour divers services. Cela laisse un peu plus d'espace pour consommer autre chose ou épargner, d'autant plus que la note serait au final probablement plus salée si ces services passaient au privé comme on le constate pour la santé aux Etats-Unis.

La deuxième pièce à verser au dossier est purement comptable. L'épargne est un résidu C'est la partie non-consommée du revenu disponible brute ajusté. Or par convention, le taux d'épargne est calculé comme le rapport entre l'épargne et le revenu disponible brut c'est à dire hors transferts en nature ce qui tend à réduire le dénominateur donc à gonfler le ratio de l'épargne. Le dernier élément est culturel, c'est l'appétence des français pour la pierre ce qui se traduit par un investissement logement et une épargne immobilière structurellement élevée d'autant plus que les prix sont en hausse. C'est un trait culturel, les ménages sont prêts à faire des sacrifices aux quotidiens pour devenir propriétaire.

Amour de l'immobilier, convention comptable mais plus fondamentalement importance des dépenses des ménages socialement assurée sur la base des besoins de chacun plus que de ses ressources expliquent non seulement l'importance de l'épargne en France, mais aussi, autre paradoxe apparent, que dans un pays de retraite par répartition on capitalise beaucoup aussi. ... ce qui est à l'origine du haut niveau de vie relatif des retraités par rapport aux actifs. Visiblement, tout n'est pas à jeter dans notre usine à gaz sociale !

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Commentaires
a écrit le 27/01/2019 à 20:46 :
Alors qui sont réellement les Gilets Jaunes ?
Si les standards de vie sont satisfaisantes pourquoi il y a des manifestations ?
a écrit le 25/01/2019 à 22:01 :
Dans l'ouest de la France: Bretagne, Pays de la Loire, c'est la classe moyenne et moyenne basse les plus économes, et ce sont ceux les premiers à fréquenter les soldeurs de tout ce qui peut éxister y compris Emmaus, d'ailleurs des magasins genre frais malin n'éxistent pas encore ailleurs.
Et dans la Sarthe, pays de fanas de voitures ce n'est pas rare de voir des mr, mme De, faire leurs emplettes chez Aldi (le moins cher des soldeurs de bouffe allemands) avec une voiture de 80000€ et plus ou de collection (placement très aprécié).
Le plus grand soldeur de France + de 300 magasins est installé à côté de Laval.
Et nos jeunes radins comme des pies dès le cdi obtenu achètent un bien immobilier pour le futur, le principe être propriétaire à 30 ans.
Par contre les classes très pauvres font le bonheur des magasins les plus chers, n'achètent que de la marque et jamais vers la dlc, s'appauvrissant encore plus.
Réponse de le 30/01/2019 à 6:43 :
Les «  gens » font ce qu’ils veulent de leur vie et leur valeur.
La première étape pour «  vivre »( réellement)

Est le «  non jugement « 

De l’extérieur il y a une facette
Mais de l’intérieur ça peut avoir une autre facette : c’est pour cette raison qu’il ne faudrait pas juger les autres par les apparences
Chacun son histoire, chacun sa vie, chacun son identité
a écrit le 25/01/2019 à 14:58 :
Lorsque mon beau père est mort, il a laissé pourtant simple ouvrier fondeur 160 000 euros sur les livrets fruits d' une vie de travail 43 ans d' économie et de juste nécessaire. Sa femme sans retraite (hors petite) reversion qui a vécu 10 ans de plus très lourdement handicapée a eu besoin de 60 000 pour assurer son quotidien et son handicap (500 euros par mois prélevé). J' ai géré au mieux les 100 000 euros restant, et chaque petit enfant à reçu (testament) au décès de sa femme 30 000 euros après prélèvements du l' Etat. Cette génération économe ne plait pas aux politiques, pourtant cet argent sera bien dépensé. et si i elle avait vécue 10 ans de plus je pense que tout l' héritage y serait passé sans pour autant creuser le déficit de la sécu.
a écrit le 25/01/2019 à 14:51 :
Merci pour ce moment de vérité vrai qui sera comme toujours vite oublié. Nous avons d'un coté les snipers GJ, et de l'autre les snipers à la solde des MEDEF et CAC40.
Ce cher CAC40 qui passe son temps à réaliser de acquisitions et à gaver ses actionnaires, plutôt que de créer de la croissance organique, c'est a dire investir en R&D en France et Outre-mer.
Ces chers GJ haut de gamme (syndicats, gauchistes, anars et écolos ou ex-) qui ont depuis une trentaine d'années freiné la modernisation, la robotisation et l'investissement en France, tandis qu'ils pleuraient contre les délocalisations. Mais les contradictions, ça ne leurs fait pas peur puisqu'ils ont une mémoire très sélective.
Pour que la France avance, il faut que chacun reconnaisse et assume sa part de responsabilités, dans l'énorme gabegie du nombre de chômeurs et du retard pris dans la R&D. Sans oublier les gouvernements qui se sont succédés, où jamais un ministre ou un président n'a osé taper franchement sur la table, pour que la France arrête de perdre, tous plus soucieux les uns que les autres, de leur siège ou leur réélection.
La diminution du chômage, c'est le seul levier qui peut faire durablement et massivement baisser les dépenses, et redonner des marges d'action à l'Etat pour redistribuer et investir en R&D et en infrastructures.
Dans ces grands débats, on voit très vite que la vielle France (celle qui a déjà perdu) envoie toujours ses snipers-saboteurs pour faire le sale boulot.
a écrit le 25/01/2019 à 12:28 :
L'Assurance-Vie est la part "capitalisation" en prévision de la retraite, on met de côté pour compléter une future pension (1,7 cotisant pour 1 pensionné, ça va encore baisser, peu d'actifs vs beaucoup de retraités à longue durée de vie), le "fond de pension" à la française.
a écrit le 25/01/2019 à 12:16 :
"les français" ça n'existe pas. Il y a probablement 15 à 20% de la population qui n'a aucune épargne.

Il manque une analyse sur la distribution des épargnants en fonction des revenus, de l'âge, du patrimoine et des produit d'épargne.

Autre conséquence de l'épargne, il me semble que la France est très bien placée sur le plan des de l’endettement des ménages. Les français préfèrent acheter qu'emprunter quant ils le peuvent ce qui me semble plutôt sain et évite les frais bancaires.

Ça énerve périodiquement les tenants de la croissance par l'endettement exponentiel qui voudraient que les français soient comme les américains surendettés dès leurs années de fac, jusqu'au cercueil.
a écrit le 25/01/2019 à 11:46 :
Je me méfie des décisions de l'Etat, je rogne sur tout en prévision des augmentations d'impôts, des nouvelles taxes. A la fin de l'année, je dépense ce qui me reste,mais seulement en fin d'année. Je vis, je dépense avec une année de retard.
En fait en ce qui me concerne c'est l'instabilité fiscale qui dérègle mes dépenses.
a écrit le 25/01/2019 à 11:21 :
si les Français consomment tout en ayant un bon taux d'épargne, cela doit être aussi parce-que :
- le pourcentage de travailleurs bas salaires est dans les plus faibles de UE/OCDE
- la France tend à remplacer des jobs moyennement qualifiés par des jobs plus qualifiés, contrairement au UK notamment (UK economy shows shift to low-skilled jobs, Financial Times, 19/01/2015)
- les salaires réels ont plus progressé et de façon plus régulière que dans les autres grands pays développés/pays OCDE depuis 2000 (Wage growth is missing in action and workers are not happy, Bloomberg, 04/07/2018)
- la part des salaires dans le PIB n'a quasiment pas baissé depuis 1991 contrairement aux autres grands pays développés ou à la Chine (La déformation du partage de la valeur ajoutée aux USA, Trésor français, Trésor-éco N°216, 02/2018)
- le taux de risque de pauvreté avant transferts sociaux est dans les plus faibles des pays développés de l'UE (Eurostat)
- le coût de la vie est raisonnable dans l'Hexagone (Is your country expensive ?, Eurostat, 24/08/2018)
la fréquentation des cinémas est bien plus élevée que chez UK/Allemagne (Observatoire Européen de l'Audiovisuel). confirme que les Français ont des moyens et que les prix sont sages.
- le pourcentage de ménages supportant un coût total du logement supérieur à 40% du revenu disponible est assez faible, à 4,7%. moyenne européenne de 10% (Eurostat).
etc...
a écrit le 25/01/2019 à 10:34 :
C'est normal que les français épargne de plus en plus. Lorsque l'on voit un gouvernement s'en prendre aux petites gens et en particulier les retraités, le peuple à peur de l'avenir. De plus avec une dette de 2300 milliards d'euros c'est très très inquiétant.
a écrit le 25/01/2019 à 10:14 :
les français et françaises ont tellement peu confiance dans cet état impécunieux (on leur dit tous les jours que la ruine est proche qu' il n'y a plus d 'argent pour payer les retraites, les soins la dépendance, l' éducation. Ils se sentent toujours a la merci d' une hausse des cotisations (700 euros de plus pour moi cet année), qu' ils gèrent les dépenses en "bon père de famille", pour eux, leurs enfants et petits enfants (mon cas).
La confiance ne se donne qu' une fois.
Réponse de le 25/01/2019 à 10:51 :
Je suis d'accord avec vous. L'épargne vient aussi d'une peur confortée par la casse de ce pays depuis plus de 50 ans. La prise du pouvoir en France depuis Pompidou par une caste aisée et sans scrupules a dynamité l'élan de reconstruction, qui avait pourtant bien réussi ! Mais derrière cet élan, il y avait les nationalisations, des politiques industrielles bien structurées, un système social performant, une idée forte de l'indépendance de la France avec l'appropriation des technologies, de l'énergie, du financement, du domaine militaire, avec des ingénieurs au pilotage !
Tout ce que nos énarques au pouvoir (qui ont viré les ingénieurs) rejettent, pions d'une idéologie atlantiste sectaire qui les a conduit à ouvrir en grand les frontières, délocaliser les entreprises (chômage), faire entrer une immigration africaine massive (pour casser les revenus), investir aux USA plutôt qu'en France, perdre le pilotage de l'UE en cassant le projet de De Gaulle d'une Europe réduite mais forte (puissance).
La casse, en somme. De quoi faire peur à tous et obliger les gens à épargner car les lendemains qui déchantent sont là ! Mais ce n'est pas si facile d'épargner. Quand je vois les retraités, qui ont par définition les revenus les plus faibles, perdre un mois quasiment de retraite depuis 2018, il y a encore plus de quoi s'inquiéter avec ce retour d'ancien régime qui nous entraine dans les bas fonds.
Réponse de le 25/01/2019 à 18:45 :
@labete: >>Quand je vois les retraités, qui ont par définition les revenus les plus faibles, perdre un mois quasiment de retraite depuis 2018,

Comment peut-on perdre un mois de retraite avec la hausse de CSG de 1.7%? Ou vous faites parti de ceux qui font la propagande pour l'UPR etc., nombreux sur ce site....

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