« Et s’il existait une éthique de l’énergie ? » (Gabrielle Halpern)
Gabrielle Halpern
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Frédérique Touitou
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Frédérique Touitou
Le mot « énergie » est désormais omniprésent. Avec sa cascade de déclinaisons et de qualificatifs : énergétique, énergivore, renouvelable, nucléaire, propre, durable, verte, solaire, éolienne... Ce terme serait apparu vers 1 500 et signifiait à ce moment-là « puissance d'action, efficacité, pouvoir ». Puis, en 1790, « énergie » a signifié au sens figuré « force, ferme dans l'action, détermination ».
Il y a une forme d'ironie à se trouver aujourd'hui en manque d'énergie, comme si cela était le reflet de notre manque de force, de notre manque de fermeté dans l'action, de notre manque de détermination. Tout se passe comme si le manque de gaz et d'électricité était un miroir de notre sentiment d'impuissance face à la situation actuelle.
Il est cependant frappant de constater qu'à notre sentiment d'impuissance correspond un désir puéril de magie, de sauveur, de bon génie qui viendrait nous apporter LA solution. Si nos ancêtres les Grecs, dans l'Antiquité, avaient incarné ce désir dans la figure du deus ex machina, rappelons qu'il s'agissait d'un personnage de théâtre ! Dans ce contexte de pénurie d'énergie, certains attendent tout de l'État, d'autres tout de l'Europe ; certains attendent tout de leurs voisins qui devraient faire plus d'efforts pour éteindre leurs lumières, d'autres attendent tout des entreprises... Mais ces « sauveurs », dont on attend tout et même l'impossible, ont tôt fait de se transformer en boucs émissaires ; responsables de tout, parce que « sauveurs » !
Et si notre sentiment d'impuissance, et si notre manque d'énergie, venaient tout simplement de notre incapacité à assumer individuellement nos responsabilités ? Il n'y a pas de sauveur, il n'y a pas de deus ex machina, il y a lui, et elle, et celui-ci et celle-là qui sortent de leur paralysie et qui agissent. L'éthique de l'énergie consiste à ne pas attendre des autres qu'ils nous mettent en branle, mais à assumer la responsabilité de l'action. Si chacun d'entre nous ne devient pas un sauveur, alors chacun sera le bouc émissaire de l'autre.
Gabrielle Halpern