Et si le monde occidental n'était pas aussi réactionnaire qu'on le dit

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(Crédits : DR)
Une lourde défaite est envisageable dans 15 jours pour Marine Le Pen. La preuve, entre autres, que le populisme ne prend pas vraiment. Par Julien Barlan, économiste, membre du parti Les Républicains et contributeur au projet de LR.

Après la qualification d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen pour le second tour de l'élection présidentielle, les réactions s'enchainent et les analyses vont bon train. Je voudrais ici souligner à quel point il est frappant de constater le faible score de Marine Le Pen, alors que nombre de commentateurs se succédaient jusqu'à la veille de l'élection pour dépeindre une France cédant aux sirènes du populisme, dans le sillage des scrutins récents en Europe et aux Etats-Unis.

En effet, Marine Le Pen ne rassemble au soir du 23 avril qu'à peine 1 électeur sur 5. C'est finalement assez peu. De plus, elle finit nettement derrière Emmanuel Macron et son programme radicalement opposé, et l'on est en droit d'imaginer qu'une lourde défaite se profile dans quinze jours pour la leader frontiste.

Les Français ne veulent pas du FN

De quoi cela est-il la conséquence ? Le Front National est confronté à un plafond de verre qu'il ne parvient pas briser. Cela veut dire qu'une large majorité de Français rejette les thèses du Front National. Si le plafond de verre ne cède pas, c'est donc avant tout parce que les Français ne le veulent pas. On l'a vu à l'occasion de nombreux scrutins ces cinq dernières années : seulement deux députés à l'Assemblée Nationale et aucune région ou grande ville gagnée lors des échéances électorales de mi-mandat. Si le FN a beau jeu de réclamer l'instauration de la proportionnelle, 22% ne fera jamais une majorité. Le « vote caché » FN n'existe pas. Les Français n'adhérent pas aux thèses populistes et simplificatrices du Front National. Les « 30% au premier tour » que les sondages ne voyaient soit disant pas ne se sont jamais matérialisés. Marine Le Pen est donc sans conteste la grande perdante de ce premier tour.

Plus globalement, un climat assez malsain s'était installé ces derniers mois : le monde occidental serait devenu populiste, aurait de nouveau cédé aux vieux démons qui l'ont traversé au cours du 20ème siècle. Pourtant, cette analyse est grossièrement exagérée et simpliste.

Échec pour les thèses populistes

Premièrement, les récents scrutins en Europe ont été un échec pour les thèses populistes, loin des catastrophes annoncées : en attendant le scrutin fédéral de septembre, Angela Merkel a remporté des élections locales en Allemagne comme le mois dernier dans la Sarre. Aux Pays-Bas, l'extrême droite a été sèchement battue aux élections législatives de mars par les libéraux sortants. Enfin, en France, Emmanuel Macron s'achemine vers une large victoire le 7 mai prochain. Quant au score de Mélenchon, le populiste de l'autre extrême, il s'explique en partie par un réflexe de vote utile au détriment du PS par les électeurs de gauche qui, pour leur grande majorité, n'adhérent pas aux thèses populistes. C'est-à-dire que dans 3 des 6 pays fondateurs de l'Europe, le populisme ne l'emporte pas dans les urnes, bien au contraire. Reste à voir les élections de mai 2018 en Italie, autre membre fondateur de la construction européenne, où le Mouvement populiste 5 Etoiles a du plomb dans l'aile en raison des difficultés qu'il rencontre dans les municipalités qu'il dirige, comme par exemple à Rome.

Deuxièmement, on a beaucoup comparé le scrutin Français au Brexit, qui serait une émanation populiste. Or, là aussi, l'analyse est trop simpliste. Tout d'abord, les Britanniques n'ont jamais été europhiles. Pas d'Euro, pas de Schengen, pas de PAC... En réalité, le Brexit n'est que la rupture assez logique d'un mariage qui était condamné depuis le départ. Certes le débat avait en partie tourné autour de l'immigration et des prestations sociales touchées par les immigrés. Mais de nombreux responsables politiques britanniques modérés, de gauche comme de droite, était en faveur du Brexit. Pas uniquement les populistes de UKIP. Il me parait ainsi exagéré de qualifier le Brexit de phénomène strictement « populiste ».

Le populisme de Trump, à relativiser

Enfin, dernier raccourci dans l'analyse, la présidentielle française était à mettre en miroir avec la victoire de Donald Trump dans la course à la Maison Blanche. Mais il convient de comparer ce qui est comparable : alors que la France élit son président au suffrage universel direct, le système électoral américain est indirect et repose sur un système extrêmement complexe de grands électeurs élus par Etat. Et surtout, le vote populaire ne compte pas. On peut donc, comme l'a fait Trump, remporter l'élection tout en étant minoritaire dans le pays. Le président américain a ainsi récolté 3 millions de voix de moins qu'Hillary Clinton. De plus, son taux d'opinion favorable est au plus bas.

Et surtout, Trump ne mène pas une politique populiste. En fait, il fait même le contraire de tout ce qu'il avait annoncé sur l'immigration, où le mur avec le Mexique s'est transformé en barrière, sur les relations commerciales avec la Chine qu'il n'accuse plus de « violer » le dollar mais à laquelle il fait miroiter un accord commercial en cas d'accord sur le dossier nord-coréen, sur son amitié avec Vladimir Poutine avec lequel il est désormais en grand froid, ou encore sur la question syrienne dans laquelle il intervient désormais, et ce en rupture avec l'isolationnisme qu'il prônait. Le populisme de Donald Trump et des Américains est donc à relativiser.

Ainsi, les commentateurs sont allés vite en besogne en dépeignant un monde occidental populiste et aux portes de l'extrême-droite. Cela ne veut pas dire que l'Europe fonctionne à merveille, que la mondialisation fait exclusivement des miracles et que les identités nationales sont une chose du passé. Au contraire, l'Europe est à refonder en quasiment tous points (gouvernance économique, règle de l'unanimité, Brexit...), la classe moyenne occidentale est celle qui a le moins bénéficié des gains économiques induis par la mondialisation et le commerce international ces 30 dernières années, et les peuples chérissent leur identité, leur culture, et leur histoire. En revanche, ce que ces scrutins nous apprennent, c'est qu'il existe encore une autre voie que celle du populisme pour répondre à ces défis immenses. La raison l'emporte encore, pour l'instant, sur la réaction et la tentation de la simplicité.

Désormais, à Macron, Merkel, Trump, May de relever le défi. Face à Marine Le Pen, je voterai pour ma part, sans hésitation, pour le premier.

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a écrit le 01/05/2017 à 11:00 :
Les français ne veulent pas du FN mais ils ne veulent pas de macron non plus, ces grandes affirmations interprétées à sens uniques sont honteuses, et pourtant ils auront un de ces deux personnages réactionnaire au pouvoir la semaine prochaine.

Arrêtez svp avec le rincé "les français veulent, ne veulent pas", descendez vivre avec les gens et écoutez ce qu'ils veulent réellement ou pas, merci.
a écrit le 25/04/2017 à 10:56 :
Prétendre que Marine Le Pen serait "la plus grande perdante" de l'élection présidentielle relève du déni pur et simple. Aucun article sérieux ne relaie ce constat, même si certains analystes notent une campagne peut-être en demi teinte. Les résultats d'un scrutin doivent être comparés avec les résultats du scrutin identique précédent et non pas avec un scrutin local. A ce titre, il convient de comparer le score de Marine Le Pen en nombre de voix et en pourcentage avec ceux réalisés en 2012 - et de faire de même pour les autres partis. Au reste, les sondages n'ont jamais placé le Front National à 30 % -tout au mieux à 27 % à un stade précis de la campagne présidentielle.

"Marine Le Pen ne rassemble au soir du 23 avril qu'à peine 1 électeur sur 5." Combien en rassemblent Monsieur Fillon, Monsieur Mélenchon, voire Monsieur Macron à eux seuls ? Comme aux Pays-Bas, aucun parti n'est en mesure de rassembler une majorité d'électeurs -et pas seulement le FN. Je regrette de signaler à l'auteur de l'article que ce constat est davantage lourd de conséquences pour les partis de gouvernement que pour le Front National qui est, historiquement, un parti contestataire.

On constate que deux scrutins présidentiels ont marqué la défaite des partis de gouvernement en Europe : en Autriche et en France, et ont consacré la droite du FPO, similaire au Front National et allié à ce dernier au Parlement européen, à un niveau historiquement haut.

Pour le Front National, un score relativement élevé (supérieur à 35 %) au second tour sera de toute façon une victoire dans la mesure où sa qualité de parti potentiellement de gouvernement sera consacrée.

Sur le long terme, la perte de vitesse relative des Républicains, accélérée plus que provoquée par les "affaires" de François Fillon, ouvre une certaine marge de manœuvre dans la recomposition des droites, puisqu'une partie des électeurs de François Fillon (entre 20 et 30 %) choisira vraisemblablement le vote FN -voir l'interview récente de Dominique Reynié sur le sujet (Les Echos).

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