Faut-il fermer les Bourses ?

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(Crédits : LUCAS JACKSON)
IDEE. Dans le passé, les suspensions temporaires ont permis de limiter la chute des indices. Par Gunther Capelle-Blancard, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

En l'espace d'un mois, l'indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, a perdu près de 40 % de sa valeur. Cette baisse n'est pas (encore) aussi importante, mais bien plus fulgurante que lors de la crise des subprimes (-58 % entre juin 2007 et mars 2009) ou l'éclatement de la bulle Internet (-65 % entre septembre 2000 et mars 2003). Se pose alors la même question un peu partout : faut-il fermer les bourses ?

L'indice CAC 40 a perdu près de 40 % de sa valeur entre le 19 février et le 18 mars 2020. Auteur

L'épidémie de Covid-19 va avoir de très sérieuses répercussions économiques, c'est certain. Ce n'est plus seulement le secteur du tourisme qui est touché de plein fouet. Toute l'économie mondiale se grippe et, dans ce contexte, même si les marchés boursiers ont mis un peu de temps à réagir, il est logique que les actions en bourse perdent autant de leur valeur et que les marchés soient si volatils.

Surréaction des marchés

L'ampleur de la baisse reste toutefois impossible à estimer précisément, tant les inconnues sont nombreuses. Mais l'expérience montre que les marchés boursiers ont tendance à surréagir, qu'il s'agisse de bonnes ou de mauvaises nouvelles d'ailleurs.

L'objectif d'une éventuelle fermeture des bourses n'est donc pas d'empêcher la baisse, mais d'essayer de contenir la chute et de réduire la volatilité excessive.

La dernière fois que la Bourse de Paris a dû fermer, c'était en mai 1968, du fait de la contestation étudiante, mais surtout en raison d'un incendie qui a ravagé le 24 mai 1968 le Palais Brongniart.

Auparavant, il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour que la bourse de Paris soit fermée. Mais tout cela, c'était avant la création du CAC 40 et la mutation financière. D'autres exemples plus récents peuvent toutefois nous éclairer.

En septembre 2001, à la suite des attentats, la bourse de New York ferme ses portes pour une semaine, alors que les Bourses asiatiques et européennes continuent leur activité.

Un article académique publié en 2004 a comparé la réaction des dix principaux marchés boursiers dans le monde. Or, c'est sur les marchés nord-américains que la baisse a été la plus faible.

Est-ce directement lié à la fermeture de la bourse ? Possible, mais on ne peut exclure d'autres explications. Pour les auteurs, la taille du marché américain, de loin le plus important au monde, a été un facteur de résilience, et l'élan patriotique qui a suivi le drame aurait limité les ventes des investisseurs aux États-Unis.

De tels cas sont rares (fort heureusement) et nos connaissances sur l'impact de la fermeture des marchés boursiers sont limitées.

Une façon d'approcher la question consiste à examiner le cas d'interruption programmée. Que se passe-t-il quand le marché est fermé pour la nuit, le week-end, les vacances ou la pause déjeuner ? Les études semblent montrer que les variations des cours boursiers sont moindres, sans toutefois pouvoir exclure que ce soit simplement lié à une activité économique elle-même ralentie durant ces périodes. Quelques articles se sont également intéressés aux rares épisodes de fermeture exceptionnelle du marché boursier, par exemple en raison des interruptions des communications par satellite en Inde, fréquentes jusqu'en 2008. Là encore, il semblerait que les marchés soient globalement moins volatiles, mais ces résultats sont difficiles à généraliser.

Des mécanismes de coupe-circuit

On peut enfin s'intéresser non pas à la fermeture du marché boursier dans son ensemble, mais aux interruptions de cotation. Depuis le krach d'octobre 1987 (Wall Street avait alors perdu plus de 20 % en une seule séance, entraînant dans son sillage la plupart des marchés mondiaux), les bourses ont toutes mis en place des mécanismes de coupe-circuit avec une interruption temporaire, de l'ordre d'une dizaine de minutes, en cas de hausse ou de baisse brutale du prix d'une action.

L'objectif reste bien de limiter la panique et d'éviter que les logiciels automatiques de trading ne s'emballent. Globalement, ces coupe-circuits semblent plutôt efficaces pour limiter la surréaction des marchés, à condition toutefois de pouvoir être déclenchés simultanément sur toutes les plates-formes de trading.

Alors, faut-il fermer les bourses dans le cas de la pandémie de Covid-19 ? Les expériences passées montre que la suspension temporaire des marchés peut être un outil efficace. Mais cela suppose une action coordonnée.

Surtout, nous n'avons aucune expérience d'une interruption qui pourrait durer plusieurs semaines. À imaginer que les autorités décident conjointement de fermer les bourses, l'évolution incertaine de la pandémie ne nous permet pas de savoir combien de temps.

En plus des mécanismes de coupe-circuit, l'interdiction temporaire des ventes à découvert décidée par l'Autorité des marchés financiers (AMF) limitent, pour le moment, la spéculation et les plus fortes chutes. Et en cas de baisse plus violente encore, il est toujours possible d'étendre la durée des coupe-circuits de quelques minutes à quelques heures, voire de limiter les séances de bourse à une ou deux cotations par jour.

La baisse brutale des marchés boursiers observée ces dernières semaines est le reflet des craintes liées à la situation sanitaire et du ralentissement économique. En soi, la fermeture complète des bourses ne serait qu'un pansement sur une jambe de bois.

The Conversation _______

 Par Gunther Capelle-BlancardProfesseur d'économie (Centre d'Economie de la Sorbonne et Paris School of Business), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 9:57 :
Ben si elles faisaient réellement leur boulot, à savoir faire avancer l'économie ce serait un grand non, mais vu qu'elles font l'inverse elles la pillent, oui ce serait quand même plus prudent, mais fermer la salle de jeux des dragons célestes me semblent particulièrement difficile.
Réponse de le 26/03/2020 à 15:58 :
Mais qui sont ces 'dragons célestes' dont vus parlez tant ?
a écrit le 26/03/2020 à 7:57 :
N'oublions pas que les coupe-circuits ont également été mis en place pour permettre aux chambres de compensation des marchés réglementés de recouvrer les marges négatives auprès des opérateurs, et ce, afin d'assurer l'intégrité des marchés.
a écrit le 26/03/2020 à 7:52 :
On peut les fermer définitivement., dans la série gain-profit, les bourses coutent beaucoup trop cher pour les services qu'elles rendant à l'économie.

En plus elles entretiennent une instabilité dangereuse et favorisent les comportements déviants (oisiveté, cupidité sans frein, perte de vue de la réalité, délits d'initiés,...).
a écrit le 26/03/2020 à 7:33 :
fermer ca ne sert effectivement pas a grand chose
l'arret des ventes srd c'est deja plus intelligent
bon, sinon, faudrait travailler sur les manipulations de cours...tout le monde est au courant, mais personne ' ne sait'... marrant, hein?
et arreter les quotations a la nanoseconde, ca ne presente aucun interet, ah euh, si, ca presente pour celui qui a installe ses serveurs en fibre a 20 metres des centres de traitement, mais c'est tout

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