Fight club présidentiel

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(Crédits : DR)
Nous avions oublié que dans un débat télévisé de campagne électorale, tout est permis et tout est donc possible. Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a, Vice-Président de Zenon7 Public Affairs

Ce fut le débat du fight club ! Un concours de frappes d'une âpreté qui a surpris, entre les nouveaux meilleurs ennemis de la vie politique française. Nous avions oublié que dans un débat télévisé de campagne électorale, tout est permis et tout est donc possible. L'intensité de ce combat de boxe a produit un vrai show télévisé. Les diffuseurs ont du être satisfaits. Attaques, contre-attaques, tempo ultra tendu, rythme saccadé, violence verbale et émotionnelle, presque physique, punchlines binaires bâties pour nourrir les vomissements digitaux de twitter ... beaucoup d'invectives pour peu d'explications. Mais comment pouvait-il en être autrement tant cette double opposition frontale à la fois économique et sociétale était totale et tant elle incarne les ruptures qui se creusent chaque jour davantage dans le pays réel.

Cette violence contrôlée était nécessaire, n'en déplaise aux observateurs et aux vaincus du premier tour. Le débat aura comme purgé l'absence de frictions électorales d'une présidentielle chloroformée par les affaires. Comme une concentration d'affrontements retenus qui devait être libérée.

Combat de rue médiatique

La grande vague de critiques qui s'abat depuis hier soir sur la qualité de ce débat et la prestation de ses deux compétiteurs ne voit pas la réalité et les multiples fractures qui changent notre société en profondeur. Réveillons-nous, ce combat de rue médiatique, son électricité palpable, vient témoigner de la grande fragmentation de la société française, de l'émergence de forces qui modifient la représentation politique, de la désertion citoyenne qui se confirme ... mais aussi la violence latente qui frémit et émerge de plus en plus souvent au gré des événements de rue.

Le débat fut en fait bien meilleur que le précédent entre François Hollande et Nicolas Sarkozy en 2012 qui nous avait endormis entre essoufflement et emphase ampoulée.

Il n'y eu pas de retenue, beaucoup moins de langue de bois. Sachons reconnaître cela aux 2 débateurs. Pas de surprise non plus, ils furent forts dans leurs points forts et faibles dans leurs points faibles.

Pour autant le débat n'aura pas provoqué beaucoup de déplacements chez les bases politiques installées des 2 qualifiés. Pas plus que chez la plupart des abstentionnistes et des votants blanc ou nul du premier tour. Peut être un peu davantage chez les soutiens des battus respectifs.

Quel écart final entre les deux candidats?

Soyons clairs, l'enjeu de ce second tour n'est pas celui de la victoire. Emmanuel Macron a déjà gagné. L'enjeu c'est celui de l'écart final entre les deux candidats vainqueurs des demi-finales. Entre 65 et 35 et 55 et 45, la finale ne porte pas les mêmes effets politiques pour la formation du premier gouvernement et surtout électoraux pour le 3e tour législatif et pour la gouvernabilité prochaine du pays.

Emmanuel Macron comme Marine Le Pen savaient qu'ils avaient déjà gagné le premier tour de leurs compétitions respectives. Macron l'élection présidentielle, Le Pen sa qualification pour le second tour. Il leur reste à rechercher la meilleure performance de second tour qui ouvrira ou non pour Emmanuel Macron une perspective de victoire aux législatives et donc de gouvernabilité pour les premiers mois de sa présidence et pour Marine Le Pen l'installation ou non de sa potentielle minorité majoritaire. Tout demeure ouvert et plus encore incertain.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2017 à 10:52 :
Nouvelle vision renversée de la situation politique actuelle crée par le double quinquennat président+parlement. Cette élection présidentielle n'est que prémisse de l'élection législative qui pour le première fois est entièrement découplée politiquement. Ni "En marche" ni "Liberté nationale" n'ont de véritables contours partisans. Le parlement va enfin retrouver son pouvoir, car les députés ne devront pas leur élection au président mais à leur propre représentativité locale.

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