Gamification en entreprise : ne minimisons pas l'importance de l'humain

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(Crédits : Reuters)
OPINION. De plus en plus d'organisations adoptent le concept de gamification à la place des traditionnels « team building » et des séminaires d'entreprise. Mais si le jeu est un bon moyen de placer l'humain au centre de l'entreprise, il ne doit pas être une fin en soi. Par Stéphanie Béraud, DRH, Niji.

Si le jeu est souvent associé à l'enfance et à l'insouciance, on l'imagine parfois difficilement dans le monde du travail. Pourtant, depuis quelques années, le concept de gamification attire de plus en plus d'organisations et vient bouleverser les traditionnels « team building » et autres séminaires d'entreprise. En s'inspirant du jeu afin de créer un univers engageant, l'objectif est ici de véhiculer efficacement différents messages aux participants et de leur faire vivre une expérience unique et fédératrice. Renforcer l'esprit d'équipe, acquérir de nouvelles compétences, accroitre la performance, stimuler la créativité... Si les avantages semblent nombreux, encore faut-il, au-delà de suivre la tendance, que ces nouvelles pratiques s'inscrivent dans un processus global porté par l'organisation. A l'ère des réseaux sociaux d'entreprise, où le contact est simple et instantané, l'utilisation de la mécanique du jeu doit en effet replacer l'humain au centre des échanges...

Processus ludiques

Le jeu trouve petit à petit sa place à chaque étape clé de la vie du salarié dans l'entreprise. Et ce, depuis la phase de recrutement ! L'utilisation d'un jeu de cartes représentant les valeurs, les éléments de culture et d'ADN de l'entreprise, lors des entretiens d'embauche aide ainsi le candidat à se révéler et permet d'échanger de manière plus informelle sur son projet professionnel, ses attentes en termes de management, ses motivations, sa personnalité... comme de s'assurer, via une présentation pour le moins originale de l'entreprise, que celle-ci soit bien une structure susceptible de lui convenir. Mais cette mécanique de cartes à jouer peut aussi avoir une multitude d'autres usages. Les équipes techniques peuvent notamment s'en servir pour estimer le temps nécessaire au développement d'un projet de façon agile. Une base de travail, bien plus ludique qu'un tableur Excel, qui facilite les échanges !

Une fois le collaborateur recruté, vient la phase d'intégration. Et là encore, il est possible d'imaginer - via le jeu - une manière singulière de souhaiter la bienvenue aux nouveaux talents. Certaines entreprises mettent ainsi en place des sessions d'Escape Game adaptées à leur organisation. Un bon moyen pour les collaborateurs participants d'apprendre à mieux se connaitre, de révéler autrement leur esprit d'équipe, mais aussi de (re)découvrir l'entreprise à travers ses différents métiers, ses dates clés et ses valeurs. Une démarche qui s'inscrit également dans une stratégie de marque employeur : il s'agit là en effet d'un premier moyen de fidéliser les nouveaux collaborateurs afin qu'ils deviennent par la suite les meilleurs ambassadeurs de leur entreprise !

Une posture non passive

Si la pédagogie ludique n'est pas nouvelle, elle fait désormais partie intégrante de certaines plateformes d'e-learning proposées par les entreprises. Qu'il s'agisse de quizz ou de vidéo interactive, les collaborateurs ont ainsi la possibilité de se former en continue via des parcours amusants, apprenants et certifiants. Le jeu permet également ici de créer davantage d'interactions dans la formation. Or, ces échanges vont à la fois permettre à l'entreprise de s'améliorer en se plaçant à l'écoute de ses salariés, mais aussi au collaborateur de se sentir lui-même acteur du projet global de son organisation. Une posture non passive donc, qui va venir renforcer son sentiment d'appartenance, le fidéliser, et le pousser à évoluer en interne. La gestion de sa carrière pourra d'ailleurs, elle aussi, être gamifiée. À l'image des jeux vidéo à succès où le personnage gagne des points pour avancer dans une aventure, le collaborateur pourra passer différents jalons, à son rythme, lui permettant d'évoluer dans sa carrière, de construire son parcours, et d'acquérir de manière certifiante de nouvelles compétences.

Une intégration à une stratégie plus globale

La digitalisation a permis la mise en place de nouveaux processus en entreprise, reposant sur le jeu, l'interaction et le challenge. Des mécanismes qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ne sont pas réservés à l'univers des startups mais peuvent être appliqués au sein d'organisations de toute taille. Or, cette gamification n'a de sens que si elle est intégrée à une stratégie plus globale, chaque processus ludique devant servir un objectif spécifique.

S'il peut être intéressant de gamifier la phase de recrutement, comme nous l'avons vu plus haut, cela ne doit pas se faire au détriment d'un échange « dans le monde réel » via une rencontre interpersonnelle. Elle seule permettra en effet d'apprécier la personnalité et le savoir-être d'un candidat. Elle sera également l'occasion de lui présenter locaux et équipes, éléments qui représentent le mieux l'esprit d'une entreprise. Associer une telle mécanique à la phase de sélection, par exemple via un jeu en ligne pour tester les compétences des candidats, pourrait s'avérer être très réducteur - puisque ne laissant pas la part belle à leur personnalité - et ainsi nuire à la marque employeur de l'organisation.

Aussi, si le jeu a toujours été un élément de cohésion en entreprise, la gamification offre la possibilité de mettre en place des méthodes plus douces, davantage basées sur l'intellect, qui cassent le quotidien sans être forcément exceptionnelles, car l'aspect sensationnel du jeu ne convient souvent pas à la majorité des collaborateurs. Le mécanisme choisi devra ainsi toujours être adapté à l'entreprise (ses valeurs, sa culture, son domaine d'activité) ainsi qu'à la cible visée en interne. S'il est le plus souvent recommandé de ne pas intégrer de notion de compétition au sein des jeux d'entreprise afin de privilégier l'humain et de mettre en lumière la force du collectif, ce format peut toutefois être adapté à certaines populations.

L'entreprise ne doit toutefois pas devenir une cour de récréation. Il est important de faire cohabiter des moments ludiques avec des moments d'échange plus traditionnels pour ne pas tomber dans la caricature d'une gamification à outrance visant simplement à suivre une tendance. Un collaborateur attendra toujours de son entreprise une certaine rigueur et un cadre défini. L'employeur ne doit donc pas utiliser le jeu pour se dédouaner de ses responsabilités et infantiliser ses collaborateurs, au risque de perdre toute crédibilité. Si le jeu est un bon moyen de placer l'humain au centre de l'entreprise tout en évitant la tension d'un rapport de force hiérarchique naturel, de renforcer l'investissement des collaborateurs et de les pousser à partager leurs savoirs, il n'est et ne doit pas être une fin en soi.

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a écrit le 07/11/2019 à 11:51 :
Le jeu est effectivement un médium, un moyen de faire passer des messages et ouvrir le dialogue sur les problématiques que les salariés rencontrent en entreprise. Il ne doit en aucun cas être une "compensation" soumise par l'entreprise à ses salariés pour faire passer la pilule... L'intention et la démarche doivent être sincères :) Et les bienfaits sont réels : une activité "gamifiée" permet le naturel, d'être soi-même, en faisant un pas de côté pour améliorer et pacifier le cadre de l'entreprise. Le pouvoir du jeu n'est en revanche pas réservé au "millenials" mais devrait plutôt être considéré comme vecteur de lien, bel et bien intergénérationnel (entre autres !). Je le vois comme l'avenir de la communication.
Réponse de le 07/11/2019 à 13:29 :
Reiki, medium, chakra, hypnose... c’est de l’ésotérisme... ça laisse la porte «  ouverte » à d’autres abus ...

A éviter «  absolument «  , c’est une «  folie » personne ne connaît l’avenir.

Par contre pour dialoguer sur les «  problématiques : «  ça doit être fait par un «  professionnel reconnu «  ( pas du tâtonnement de charlatan ) et par une démarche «  libre , consenti du sujet « 

Si il a «  envie de parler et de partager « ..,

Ensuite les déclencheurs par l’ésotérisme... peut aboutir sûr gouffre ( blessure) qui peut tirer le sujet vers le «  bas « 

Arrêtez de «  faire n’importe quoi «  avec les «  gens « et surtout de raconter des c******* pour servir des chercheurs peu scrupuleux !
a écrit le 06/11/2019 à 18:06 :
Encore un mot anglosaxon qui nous écorchent les oreilles pour faire savant, pour épater la galerie,pour se donner une importance, pour faire croire à ceux qui ne connaissent pas ce mot inventé de toute pièce qu'ils sont des nuls.
a écrit le 06/11/2019 à 16:58 :
C’est «  qui «  qui paye ?
Et comment sont déduites ces charges dans la comptabilité ?
Y a t il un cadre juridique qui oblige les entreprises ?
Est ce réserve juste au salariés des métiers informatiques ?

Réaction :
Le bien être au travail devrait être obligatoire à toutes les entreprises
La priorité a l’humain d’abord...
C’est bizarre , j’ai l’impression que c’est une «  découverte «  pour certains alors que c’est du «  bons sens « 

Tous les salariés ont ce droit , ça peut être un module obligatoire du Carnet formation professionnelle...
a écrit le 06/11/2019 à 16:21 :
Sans doute pour les générations qui ont pu jouer. Mais le business n'étant pas un "jeu" comme les autres, seul compte le résultat a la fin. A voir, je pense que cela peut fonctionner pour les générations milléniums.

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