Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, demande aux futurs députés européens d'ériger la souveraineté alimentaire et agricole en enjeu stratégique pour l'UE.Dans le mouvement de contestation agricole qui quadrille l'Europe ces derniers mois, les agriculteurs français ont été parmi les premiers à faire entendre leur voix. Leurs revendications de dignité, de juste revenu, de conditions d'exercice acceptables de leurs métiers, et plus largement d'un changement de logiciel dans l'approche des problématiques agricoles au service de la souveraineté alimentaire s'adressent aux décideurs politiques français tout autant qu'européens.
À la FNSEA, nous sommes des Européens convaincus et nous savons que l'avenir de notre agriculture est dans l'Europe. Mais nous regardons avec lucidité les perspectives offertes à l'agriculture par l'UE. Et le bilan de la dernière mandature nous questionne : bousculée par de multiples crises, sanitaire, économiques, climatiques, l'Europe est apparue dans sa plus grande vulnérabilité.
Alors qu'elle peine à maintenir sa place dans le concert des nations, son propre fonctionnement interne est questionné, car jugé trop déconnecté des réalités des territoires. Force est de constater que l'Europe s'est désarmée sur le plan agricole, alors que le secteur est, depuis l'origine, un axe structurant des politiques européennes et qu'il est, au regard des enjeux actuels, un formidable levier de croissance.
Le Pacte vert, et sa déclinaison pour le secteur agricole - la stratégie « de la ferme à la table » - ont été construits sur des objectifs de décarbonation qui ne prennent pas en compte l'impact sur la production agricole de l'UE, sur sa sécurité alimentaire et sur sa participation aux grands équilibres géopolitiques mondiaux. Le revenu des agriculteurs a été sacrifié sur l'autel des importations et d'accords commerciaux déséquilibrés dans leurs exigences de réciprocité. Alors que toute l'Europe agricole est confrontée à un important renouvellement des générations, le goût d'entreprendre est asphyxié par une surenchère normative et par des ambitions écologiques plus punitives qu'incitatives.
Par Arnaud Rousseau, Président De La Fnsea*