Incurie budgétaire française, vertu allemande : les statistiques tronquées

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
100 milliards sur 5 ans pour les plus mesurés... 150 milliards sur 3 ans pour les surenchérisseurs. Les programmes de la droite sont unanimes. Il va falloir trancher dans le lard de la gabegie publique après 2017. À l'appui de la démonstration les chiffres éloquents de la comparaison France Allemagne. : 54% de dépenses publiques en % du PIB de part et d'autre du Rhin en 1995. 57% en France et 44% en Allemagne : soit 13 points d'écart en 2015. C'est considérable et intenable. Et cela en dit long sur le sens des responsabilités de nos voisins et sur la perte de contrôle hexagonal. Bref, ce que les Allemands ont su le faire... il faut le faire. C'est aussi simple que cela. Sauf que sous couvert de rigueur, tout est faux, au mieux irréalisable et, au pire dangereux.
Car ce que ne dit pas ce graphique, c'est d'abord que le point de départ est totalement biaisé par le fait que cette année-là, l'État allemand rachetait les dettes de la Treuhand (l'organisme chargé de la privatisation des entreprises est-allemandes). Il prenait donc ses pertes de la réunification Lorsque l'on sort cet élément exceptionnel, le ratio de dépenses publiques baisse de 6 points, et l'écart France Allemagne revient en 1995 sur ce qu'il a toujours été de façon structurelle. De l'ordre de 5-6 points. Ce que ne dit pas non plus ce graphique c'est que les crédits d'impôts, le CICE ou le Crédit impôt recherche, sont comptabilisés en France comme des dépenses.
Des subventions... et non en baisses d'impôt. Alors que de fait, ils allègent la pression fiscale. L'Allemagne n'a pas de tel dispositif. Et voilà alors 1,2 point de dépenses publiques françaises fictives, qu'il faut retirer pour se comparer à l'Allemagne et qui réduit d'autant l'écart. Ce que ne dit pas encore ce graphique, c'est que dans l'arsenal de gestion de l'équilibre des retraites, il y a la montée en puissance graduelle, depuis 2001, des retraites d'entreprises et de l'épargne par capitalisation. Cela ne remet pas en cause la nature fondamentale du système, mais l'hybride peu à peu. Le régime par répartition public s'atrophie. Mais une partie du système glisse vers les piliers 2 et 3 des retraites d'entreprise et par capitalisation.
Et l'on verra que la dérive vis-à-vis de l'Allemagne, n'est pas de 13 points, mais de 2-3 points. Et qu'elle se stabilise depuis 2012.
Alors revenons sur ce qui est permanent dans l'écart franco-allemand et qui suscite tant de fantasme sur notre incurie. Et bien, il s'agit des dépenses de fonctionnement. Les surdoués allemands parviennent à faire tourner leur machine étatique avec beaucoup moins de fonctionnaires, beaucoup moins de rémunérations donc et de consommations intermédiaires. L'écart, là, n'a pas bougé. Il est de 5-6 points de PIB depuis 20 ans.
Mais, ce que l'on ne dit pas à nouveau, c'est que :
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Avec ces seuls trois éléments, j'explique plus des trois quart de l'écart des frais de fonctionnement entre les administrations publiques française et allemande.
Je passe sur d'autres détails. Mais tous ceux qui prétendent pouvoir faire converger les chiffres français et allemand dans ces domaines, se leurrent et nous leurrent.
Concernant la dérive des dépenses sociales françaises en comparaison de l'Allemagne maintenant. Bien réelle cette fois. Soyons conscient qu'elle relève principalement des retraites et de l'indemnisation du chômage. Mais que pour les retraites, les cadres institutionnels ont évolué et que le paramétrage français n'a pas, pour des raisons démographiques évidentes à être aussi drastique que le paramétrage allemand. Et que pour le chômage, le système allemand doit ses économies au reflux du nombre de chômeurs, tandis que son coût par chômeur reste nettement plus élevé qu'en France.
Bref cessons la forfanterie. Contre-productive, voire dangereuse. Et réformons l'État avec doigté et intelligence.
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Olivier Passet, Xerfi