Industrie ferroviaire : valoriser l'innovation transverse, clé de l'attractivité
Pierre Gibbe et David Liling

Photo d'illustration
DR
Pierre Gibbe et David Liling

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Un robot géant de 12 mètres qui permet la maintenance du réseau ferroviaire japonais. L'image peut sembler digne d'un manga, et pourtant elle démontre l'immense capacité d'innovation du réseau ferroviaire.
Une capacité qu'on ne perçoit pas toujours à sa juste valeur. Pourtant, l'industrie ferroviaire française se trouve à la croisée des chemins. Confrontée à des défis de taille - décarbonation, doublement du trafic, résilience au changement climatique - cette filière essentielle à la mobilité durable doit non seulement intensifier ses efforts d'innovation dans un contexte où la mise en œuvre du plan à 100 milliards d'euros pour le ferroviaire est incertaine, mais aussi renforcer son attractivité pour répondre aux pénuries de main-d'œuvre qui la menacent.
Valoriser l'innovation transverse, c'est-à-dire une innovation qui rassemble tous les acteurs de la filière, est une des clés pour répondre à ce défi.
Avec le deuxième plus grand réseau ferroviaire d'Europe, 15.000 trains chaque jour et 5 millions de voyageurs, la France est au cœur des grandes transformations de la mobilité. Cependant, la pérennité et l'excellence de cette filière dépendent étroitement de sa capacité à innover.
Grâce à des entreprises de renommée mondiale, notre pays continue de se positionner à la pointe des avancées technologiques, comme en témoigne une multitude de projets tels que le train léger innovant, des véhicules plus flexibles et rail-route comme Draisy pour redynamiser les petites lignes, ou encore des systèmes automatiques de conduite de train comme Nexteo en zone très dense. Une dynamique à encourager dans un secteur où la concurrence se renforce. Le réseau ferroviaire permet toutes les innovations, les jeunes chercheurs doivent en être conscients.
À l'heure où la décarbonation est devenue un impératif, le secteur investit dans la digitalisation ainsi que dans des innovations moins visibles, mais pour autant essentielles, telles que la maintenance prédictive et la gestion des actifs. Ces avancées, bien qu'elles restent discrètes pour le grand public, sont fondamentales dans l'amélioration de la performance et la sécurité du réseau. Elles sont indispensables à mettre en avant de façon transverse dans un secteur dominé par la commande publique.
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Il ne faut pas sous-estimer les défis que représente l'innovation dans le secteur ferroviaire. En raison de la complexité des infrastructures, des modes de production et des projets, les cycles d'innovation sont longs et coûteux. Le retour sur investissement prend souvent plusieurs années, voire plusieurs décennies.
Les bons signaux envoyés par l'État doivent encore se matérialiser à l'heure où les économies sont de mise. Le programme « Europe's Rail Joint Undertaking », financé à hauteur de 600 millions d'euros jusqu'en 2027, illustre pourtant l'importance de l'investissement public dans la recherche ferroviaire. Cet engagement européen permet le développement de technologies de pointe telles que le Digital Automatic Coupling (DAC) et l'ERTMS nouvelle génération, deux innovations clés pour l'avenir du transport ferroviaire en Europe.
L'innovation ne doit pas être cloisonnée. La transversalité entre les différents acteurs de l'écosystème est essentielle pour maximiser l'impact de la recherche et du développement. Des initiatives comme le Rail Open Lab facilitent ces échanges en rassemblant à la fois des grands groupes, PME, startups et opérateurs publics, créant ainsi un environnement propice à l'émergence d'innovations qui bénéficieront à l'ensemble du secteur. En encourageant une telle transversalité, l'industrie ferroviaire ne se contente pas d'innover : elle développe aussi un écosystème attractif pour de nouveaux talents, qu'ils soient ingénieurs, techniciens ou experts numériques. Promouvoir les projets de recherches transverses entre écoles, centre de recherches des grandes entreprises ou des PME est primordial pour continuer à attirer les talents.
Cette capacité d'innovation collective est indispensable à un moment où le secteur fait face à une pénurie de compétences. En Europe, plus de 50.000 emplois devront être pourvus dans l'industrie ferroviaire d'ici à 2030, principalement pour pallier aux départs en retraite. La France, avec son réseau ferroviaire parmi les plus vastes d'Europe, doit par conséquent, impérativement renforcer son attractivité pour séduire les jeunes diplômés et leur montrer que le ferroviaire est un secteur à la fois dynamique, à la pointe de la technologie et essentiel à la transition écologique.
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(*) .versité de l'Ingénierie et David Liling, directeur général adjoint d'Ikos France, co-organisateurs du premier concours de thèses transverses au réseau ferroviaire
Pierre Gibbe et David Liling