Industrie ou numérique : où se créent vraiment les emplois ?

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, où se créent vraiment les emplois entre l'industrie et le numérique ?

Où vont massivement se créer les emplois du futur ? Il est tentant de répondre dans les secteurs d'avenir, moteurs de la création de valeur, comme si ces derniers étaient nécessairement ceux qui portent l'emploi. Il suffit pourtant de se référer au passé pour comprendre que cette assertion est fausse. Je vais juste me concentrer sur l'apogée de la seconde révolution industrielle. Plus précisément sur la période 1960-1973 pour éliminer l'effort de reconstruction d'après-guerre, qui fausse les statistiques sur le BTP. C'est une période faste, portée par l'industrie avec l'essor du machinisme, des biens d'équipement et de consommation de masse : l'industrie est la branche d'activité la plus dynamique en France avec une valeur ajoutée en hausse de près de 7% en moyenne par an.

Tout en bas, il y a l'agriculture, ce n'est pas une surprise et les services non marchands. Plus surprenantes en revanche, les performances finalement assez proches de celles de l'industrie, du BTP et des services marchands (dont le commerce).  Et vu le poids de ces deux secteurs, c'est bien là que l'essentiel de la création de richesse se forme : l'industrie contribue pour 17,4% à la richesse créée sur la période, la construction et les services marchands pour plus de 60% ! Et nous sommes bien pourtant là, je le répète, à l'apogée de la seconde révolution industrielle.

Comment l'expliquer ?

Tout simplement parce qu'autour de l'industrie se développe toutes les activités périphériques qui lui sont rattachées et indispensables à son expansion. L'exemple de l'automobile, l'industrie des industries, est emblématique. Le taux d'équipement des ménages passe de 30 à 60% entre 1960 et 1973 et l'utilisation de l'automobile se banalise.

L'auto qui a besoin d'infrastructures. D'où le premier plan directeur routier élaboré en 1960. Il prévoit 3.558 km d'autoroutes dont plus de la moitié à réaliser avant 1975, et 15.500 km de routes nationales importantes. Autant de chantiers et d'activité pour les travaux publics. Mais ce n'est pas tout. Pour rouler, les véhicules ont besoin de carburant il faut donc des raffineries pour transformer le pétrole brut en gasoil ou en essence et mailler le territoire de stations-service. Et ce n'est toujours pas fini. Fabriquer des autos c'est bien, mais il faut aussi les vendre, les réparer, etc.

Un autre exemple : le taux d'équipement des ménages

Comme pour l'auto, il faut les vendre, les réparer mais aussi de l'électricité. En 1948, la France compte environ 10 million de foyers abonnés... au milieu des années 70, le cap des 20 millions est franchi grâce à l'extension du réseau et la construction de centrales électriques capables de répondre aux besoins croissants de la population.

On comprend mieux alors pourquoi, autour de l'industrie, se développent une constellation de secteurs complémentaires où se créé l'essentiel de l'activité... et de l'emploi, surtout de l'emploi car c'est dans l'industrie que la productivité est la plus élevée et que les gains de productivité sont les plus forts (avec l'agriculture). En d'autres termes, il y a plus d'emplois dans la construction et les services pour une même valeur ajoutée générée, cela s'appelle la richesse en emploi de la croissance. Hors agriculture, 3,5 millions d'emplois sont créés entre 1960 et 1973, en hausse de 1,6% en moyenne par an. L'industrie y contribue, mais pour 15% seulement, et avec un rythme de progression de 0,8%, soit deux fois moins rapide.

Loin en tête, les services marchands et la construction concentrent les 2/3 des postes créés. L'emploi gagne plus de 2% en moyenne par an, soit un rythme trois fois plus rapide que dans l'industrie. Attention, le but ici n'est pas de minimiser l'importance de l'industrie mais de mettre en évidence son rôle de catalyseur et de bien comprendre que la masse des emplois créés ces prochaines années ne sera pas là où on l'attend, mais bien dans l'ensemble de l'écosystème que structure le numérique.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 26/12/2015 à 8:40 :
EXAT?UN PAYS RICHE A DE GROS BESOIN EN SERVICES/ ET L AIDE AUX PERSONNES./ A L EDUCATION/ A LA SANTE/ A LA SECURITE DES BIEN ET DES PERONNES/ A LA RECHERCHE QUI RESTE UN ELEMENT INPORTANT POUR INVENTE LES PRODUITS DE DEMAIN/LA FRANCE A ENCORE DE L AVENIR SUR DES EMPLOIES DE PROXIMITE NON DELOCASLISABLE ???
a écrit le 24/12/2015 à 15:09 :
L'économie, c'est le travail, le capital et l'énergie. On oublie l'énergie qui permet d'utiliser le capital et de produire des richesses.
a écrit le 23/12/2015 à 22:45 :
Industrie et numérique vont de paire. On ne crée pas de nouveau emplois par coups de baguette magique, mais en restructurant ceux qui existent ou mutent. Il ne faut pas forcément abaisser la dépense publique, mais l'a réorienter de faon à diminuer le budgets de fonctionnement au profit de la rénovation urbaine. Les nouvelles énergies y contribuent. A nous de créer les réseaux de développement. Le bassin d'emploi se trouve là. Les énergies nouvelles et le numérique sont les moteurs de l'industrie de demain. Cet investissement là génèrera de l'économie qui permettra de créer de l'emploi ; un cercle de vertu.
a écrit le 23/12/2015 à 13:24 :
Le secteur du commerce ne crée pas d'emplois, mais se contente de le déplacer, tout en les réduisant par optimisation, les salaires à minima n'offrent pas de dynamique.
Quand aux secteurs liés à l'export ils sont trop défavorisés par notre système de logistique pour être efficaces.
C'est sur notre industrie est performante, efficace, dispose d'un personnel qualifié, d'infrastructures intéressantes, seul pb financièrement fragiles et facilement soumises à des attaques hostiles dont le but ultime est de liquider un concurrent après l'avoir saigné à blanc.
On est loin des lands allemands propriétaires de 51% d'entreprises les intéressant.
Reste évidement le numérique en plein boum, mais ne pas oublier l'industrie agro-alimentaire qui génère le plus d'emplois neufs par sa créativité de produits nouveaux.
Et comme je dis souvent, en Chine il y a 1 milliard d'hommes qui ont faim et soif, envie de manger et boire de bonnes choses et peu de bonnes terres arables comme chez-nous.
Enfin ce qui reste car avec les lgv, les ndl, les zuo, zac et autres abréviations, ça se réduit à peau de chagrin.

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