Inflation franco-française : le gouvernement persiste et signe

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le gouvernement persiste et signe sur le sujet de l'inflation.

Les tensions inflationnistes sont de retour. Elles sont modérées en Italie et aux Pays bas, un peu plus appuyées en Allemagne et en Espagne, mais parmi les 5 plus grandes économies de la zone euro, c'est bien en France qu'elles sont les plus intenses.

La situation n'est pas banale, car depuis l'introduction de l'euro fiduciaire, la France est historiquement l'un des pays les plus sages en matière d'évolution des prix à la consommation : entre 2002 et 2017, l'inflation française s'est située 12 fois sur 16 en dessous de la moyenne européenne. Et concernant 2018, on ne peut plus parler d'accroc isolé : 1/ la différence devient significative puisqu'elle sera proche du demi-point ; 2/ la France enchaine deux années consécutives d'inflation au-dessus de la zone euro, du jamais vu depuis 17 ans ! Et cela, alors même que l'inflation sous-jacente demeure dans la moyenne voir un peu en deçà de la moyenne européenne.

Choc de fiscalité

Quel est donc cet élément de surface, néanmoins persistant, qui fait déraper les prix en France ? Il est fiscal. Comme partout, la France a dû absorber l'effet inflationniste de la hausse des cours du pétrole : le baril est passé de 52 euros en moyenne en janvier 2017 à plus de 70 courant octobre dernier en passant par un creux à 40 euros à l'été 2017.

Mais là où le bât blesse, c'est que les prix à la pompe ont augmenté en France bien plus qu'ailleurs. L'écart s'est creusé et depuis 2017 les prix ont augmenté de plus de 14% en France quand la hausse est restée bloquée sous la barre des 12% dans la zone euro. L'essentiel de la différence survient en janvier 2018, au moment précis où un choc de fiscalité se produit, conséquence d'un double mouvement : celui de la progression de la taxe carbone et du rapprochement de la fiscalité entre l'essence et le diesel. Bilan, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (ex. TIPP) ne cesse de s'élever. Compte tenu de l'alourdissement sans précédent à venir de la fiscalité pesant sur les carburants, principalement sur le gazole d'ici 2022, l'impact inflationniste de la fiscalité sur les carburants va se poursuivre ces prochaines années et l'écart va naturellement se creuser avec le reste de l'Europe. Le fioul domestique et le gaz naturel sont pris dans la même nasse.

Autre ligne de produits où l'évolution des prix français détonne, le tabac. Il suffit de se pencher sur l'évolution de son prix pour mesurer l'ampleur du choc fiscal : après deux hausses limitées en 2017, une augmentation bien plus conséquente a eu lieu le 1er mars dernier. Depuis cette date, il faut compter un euro de plus par paquet environ et 2 pour la blague de tabac à rouler. Le choc est rude, la hausse sur un an atteint désormais 16,8%. Cela place la France très loin devant tous ses principaux partenaires européens. Comme pour les carburants, la fiscalité va continuer de s'alourdir en 2019 avec deux hausses supplémentaires de 50 centimes, l'une programmée en avril, l'autre en novembre.

Remontée des seuils de revente

Trois postes suffisent donc à comprendre pourquoi la France vire en tête de l'inflation : les carburants et lubrifiants, le gaz naturel et le gaz de ville ainsi que le tabac. Ensemble, ils ont apporté 0,7 point d'inflation en zone euro, en France c'est 1,1 point. Et c'est bien cette différence que l'on retrouve dans l'inflation générale. En d'autres termes, il y a environ 0,4 point de taxes Macron dans l'inflation actuelle. L'alourdissement de la fiscalité indirecte devant être un peu moins pesant en 2019, il serait légitime que l'écart entre la France et la Zone euro se referme un peu en tout en restant positif.

Mais c'est à ce moment précis que vont entrer en jeu la remontée du seuil de revente à perte (le SRP) et l'encadrement des promotions dans la grande distribution. Le projet de loi ne met pas fin aux promotions, mais les encadre, en valeur et en volume à titre expérimental pendant 2 ans et seulement sur les denrées alimentaires. Le SRP sera, lui, relevé de 10%. Cela ne constitue pas une augmentation des prix de 10%, mais la grande distribution devra vendre un produit au moins 1 euro 10 si elle l'a acheté 1 euro. Les différentes estimations relatives à l'effet inflationniste sont de l'ordre de 1% sur le panier alimentaire moyen. En moyenne, l'inflation telle que mesurée par l'indice des prix à la consommation harmonisé devrait dépasser 2% en France contre 1,7% dans la zone euro en 2018 et 2019 sera du même acabit.

Bref, la France devrait enchaîner trois années d'inflation supérieures à la moyenne de la zone euro, ce qui met un gros bémol à l'impulsion pro-pouvoir d'achat que prétend mener le gouvernement.

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Commentaires
a écrit le 13/11/2018 à 15:30 :
L'inflation est bien pire que ce qu'on en dit dans cet article. Résultat direct du QE monstrueux de la BCE de ces dernières années. Immobilier, énergie, valeur des actions, nourriture, biens et services...tout y passe
a écrit le 12/11/2018 à 15:06 :
C'est pas bon non plus pour la compétitivité des entreprises.

Bref, austérité + inflation + compétitivité en baisse = plus de chômage...

Macron est mauvais sur tous les segments.
a écrit le 12/11/2018 à 14:42 :
"la France enchaîne deux années..." : d'après l'indice des prix Eurostat, le taux d'inflation français a été de 1,2% en 2017 contre 1,5% en zone Euro et 1,7% dans l'UE.
et on n'a pas encore le taux 2018, a priori. :-)
il faut effectivement persister et signer. à bas le tabac, le carbone, le laxisme/gaspillage, etc...
et le gouvernement a raison de vouloir faire contribuer les retraités. leur taux de pauvreté est beaucoup plus faible que le reste de la population. et ils n'ont pas voulu écouter les avertissements sur les dangers de l'industrialisation/du capitalisme effrénés dans les années 70. ils ont mis en danger leurs descendants en connaissance de cause.
Réponse de le 12/11/2018 à 16:23 :
vous oubliez que les retraites font tourner la machine et LE ruissellement comme dit MACRON et plus important dans les familles que celui des entreprises !!!!!!!quand à l'inflation provoquee par les taxes elle est faite pour cacher le manque de volonte à combattre le DEFICIT
Réponse de le 12/11/2018 à 17:14 :
Monsieur Gfx ... que de haine dans vos propos envers les retraités.
Vous rendez responsables les retraités de ne pas avoir écouté les avertissements sur les dangers de l'industrialisation/du capitalisme effrénés dans les années 70.(dixit votre message) .
Pourriez - vous me citer sur quelles references ou citations ou publication vous vous appuyez pour tenir de tels propos .
Citez moi un référent politique ou économique ou universitaire qui ait préconisé les dangers de l'industrialisation/du capitalisme effrénés dans les années 70.
En résumé vous leurs reprochez d'avoir investi toute leur énergie dans leur activité professionnelle .
Que je sache , ils n'avaient guère le choix. En dehors des syndicats , je n'ai jamais entendu ou lu qu'il fallait réduire les cadences infernales sur les chaines de production.
Donnez-nous vos references. Qui vous permet d'affirmer de tels propos ?
Vous ne m'avais pas convaincu : je suis désolé de considérer vos écrits comme sans fondement ni réalité.
a écrit le 12/11/2018 à 14:40 :
C'est bizarre pourtant j'ai encore entendu l'hurluberlu nous affirmer qu'il était le président du pouvoir d'achat ?

Même si quelques secondes après sur une autre chaine, c'était cocasse, une des députées LREM affirmer elle l'inverse à savoir que le président de la république n'avait pas parlé de hausse de pouvoir d'achat dans son programme.

Les gars ils mentent en permanence tout en nous faisant les poches et s'étonnent qu'on ne les aime pas.

Mais qu'il se taise enfin ! Même lui y gagnerait ! Enfin y perdrait moins...

C'est pareil c'est pas malin de faire un tour de france couteux pour les caisses publiques pour dire aux gens qu'il faut se serrer la ceinture, je ne sais pas qui est son conseiller en communication mais même si je suis persuadé que c'est un ami très cher à lui, faut qu'il change hein.

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