Internet des Objets : les start-up françaises face à l'incohérence publique

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(Crédits : DR)
Alors que le gouvernement développe un discours favorable aux start ups, l'administration décide de taxer plus fortement la plupart de leurs collaborateurs. Une véritable schizophrénie. Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'Essec

On peut définir simplement un objet connecté comme un dispositif composé de capteurs échangeant des informations vers une application mobile ou un service web. Plus largement un objet connecté se caractérise par les quatre couches qui le composent : les capteurs, les données, le réseau et le service. C'est l'interconnexion entre ces couches qui crée de la valeur, et ce sont les progrès dans ce domaine ainsi que l'explosion de la pénétration du mobile et de la demande pour des nouveaux services qui sont à l'origine de la forte croissance du marché.

Un marché qui explose

Selon Mc Kinsey, le marché de l'internet des objets IdO devrait exploser en valeur dans les années qui viennent. Il existerait d'ors et déjà plus de 15 milliards d'objets connectés en 2015 et il devrait y en avoir entre 50 et 80 milliards en 2020 avec un impact évalué entre 4 et 12 trilliards et qui pourrait représenter plus de 10% de l'économie mondiale en 2025.

Le développement de ces objets est très prometteur dans le domaine de la santé et du bien-être comme l'illustre l'explosion des « wearables » comme les bracelets connectés et les montres connectées. Le marché des wearables est évalué à 5 milliards pour 2016 par Gartner et plus de 200 firmes se disputent ce marché dont le leader américain Fitbit et le Français Withings.

Être à la pointe

Il est vital pour un pays en panne de croissance comme la France, non seulement de ne pas être distancé, mais encore d'être à la pointe de cette révolution industrielle et économique.
Malheureusement, il semble que la France soit frappée d'un handicap assez sérieux. Le marché des objets connectés est pour une grande partie un marché tiré par des start-up et des jeunes entrepreneurs, beaucoup plus que par la R&D des grands entreprises. Or la France est précisément un pays qui peine à retenir ses entrepreneurs et ses start-up qui préfèrent souvent développer leurs idées au Royaume-Unis ou aux Etats-Unis.

Dépendance à l'égard des banques

Ce qui fait fuir les jeunes entrepreneurs est bien connu. Objectivement, il y a la difficulté administrative en France relative à la création d'entreprise, à la déclaration des impôts et à l'embauche de collaborateurs. Les start-up composées de quelques personnes ne sont pas armées pour composer avec la complexité de l'administration française. Leurs besoins en ressources humaines passent par des contrats courts et sur-mesure bien éloignés du contrat identique pour tous à la française. Faute d'un réseau développé de sociétés d'investissement en capital-risque, les start-ups françaises dépendent des banques pour leur financement dont la frilosité a fatalement augmenté après deux crises successives et le renforcement des règles prudentielles.

Le Crédit impôt recherche, puissante aide fiscale

Plus subjectivement, il y a une ambiance qui ne se prête pas ou ne valorise pas le jeune entrepreneur et qui valorise encore moins le succès économique. A cela s'ajoute un niveau de taxation aussi bien du revenu généré que de la cession de titres qui est préjudiciable à la start-up qui a réussi.

Paradoxalement, dans cette France officiellement hostile au libéralisme et à l'entreprise, les différents gouvernements successifs tout en maintenant plus ou moins agressivement ce créneau ont, sans tambours ni trompettes, transformé la France en paradis fiscal pour nouvelle entreprise au travers de toutes les aides fiscales apportées à la création d'entreprises et surtout au travers du « Crédit Impôt Recherche » qui permet notamment de déduire de l'impôt sur les sociétés une partie de la rémunération des chercheurs et techniciens travaillant en R&D.

Par ailleurs, l'expertise française à la fois en mathématiques, en ingénierie et en design de haut niveau a un impact décisif sur le relativement grand nombre et la qualité des start-up françaises dans le domaine. En dépit de sa posture anti-libérale et anti-enrichissement, le gouvernement pousse à la création d'incubateurs et pousse le secteur à se structurer.

Schizophrénie

Il apparaît alors une schizophrénie où une partie du gouvernement pousse fortement en faveur des entrepreneurs, des incubateurs et des start-up alors même qu'une autre partie sabote cet effet.

Cette schizophrénie gouvernementale est particulièrement caricaturale ces jours-ci. En effet, d'un côté nous avons assisté récemment au déplacement du ministre de l'économie en Israël où il s'est efforcé de convaincre de revenir en France les jeunes créateurs exilés en Israël en leur certifiant qu'ils auraient des conditions tout aussi favorables en France.

D'un autre côté, l'Aministration vient de porter un coup dur aux entreprises innovantes, coup qui a provoqué une levée de boucliers simultanée de réseaux d'entreprises innovantes comme CroissancePlus, InnoTechmed, France Biotech ou PME Finance. En effet, une circulaire a été passée cet été par l'Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale selon laquelle les employés qui consacrent moins de 50% de leur temps de travail à la R&D ne seront plus être exonérés de charges sociales comme le prévoyait l'ancien dispositif du Crédit Impôt Recherche.

En clair, les start-up où les collaborateurs sont multitâches, ce qui est le cas le plus souvent, vont être les victimes de cette circulaire. Cette cacophonie ne peut que rendre moins audibles les appels des ministères concernés au développement des start-up innovantes en France et freiner leur développement en dépit des atouts indéniables que notre pays possède dans ce domaine.

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Commentaires
a écrit le 23/09/2015 à 12:14 :
Très bon article. Je crée une start up et me reconnais bien dans tout ça !
a écrit le 23/09/2015 à 12:11 :
Très bon article. Je crée une start up et me reconnait bien dans tout ça !
a écrit le 22/09/2015 à 12:57 :
Si on appliquait le même niveau de normes de sécurité aux objets connectés qu'au médicaments en France, on aurait de drôles de surprises ... et cet article n'aurait plus aucune raison d'être !
a écrit le 22/09/2015 à 11:23 :
le but du CIR est d inciter a faire de la R&D en France.
C est vrai que ca serait peut etre plus efficace de taxer moins le travail en general que celui d un certain groupe de personne ce qui va evidement generer des tentatives de fraude.
mais a partir du momnet ou la loi dit qu on doit detaxer la R&D, il n y a aucune raison qu une personne qui passe l essentiel de son temps a faire du commercial soit detaxé.
Meme is dans une start up, les taches sont plus flexibles que dans une multinationale, je doute qu un grand nombre de personnes fasse a la fois de la technique le matin, du commercial l apres midi et du marketing le soir

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