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Iran: la solution au Covid-19 pourrait se trouver dans la fortune de Khamenei

Hamid Enayat

Publié le 29 avril 2020 à 14:20 - Mis à jour le 29 avril 2020 à 15:02

Le Guide Suprême Ali Khamenei.

Le Guide Suprême Ali Khamenei.

Reuters

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OPINION. Le refus du pouvoir en Iran de financer la lutte contre le Coronavirus, alors que le pays traverse une grave crise économique, ne peut mener qu'à une contestation encore plus forte du pouvoir clérical, notamment de son Guide Suprême. Par Hamid Enayat,analyste et écrivain iranien basé à Paris.

Le 11 avril, le président iranien Hassan Rohani a publié un décret gouvernemental avec le soutien total du Guide Suprême Ali Khamenei, dans lequel toutes les restrictions ont été levées pour que les employés puissent reprendre leurs activités au péril de leurs propres vies chaque jour. Même avant ce décret, les travailleurs journaliers et les enfants travailleurs étaient déjà obligés de sortir pour gagner un peu d'argent.

Le décret a dû faire face à de nombreuses objections au sein même du régime. Beaucoup se sont opposés à l'idée d'augmenter la quarantaine dans les zones où le taux de croissance des infections est élevé. Mais le gouvernement a déclaré que ce n'était pas économiquement faisable en raison des sanctions, de l'absence de revenus pétroliers et du blocage de l'accès à leurs ressources financières à l'étranger.

Une lettre ouverte à Rohani

La décision de Rohani a suscité une vague de contestation, en particulier parmi les personnes impliquées dans la lutte contre le Coronavirus au sein du ministère de la Santé. Les experts ont admis que le retour des personnes au travail pourrait provoquer une nouvelle vague d'infection. Suite à cette décision, une organisation gouvernementale dénommée Société iranienne d'immunologie et d'allergie a publié une lettre ouverte à Rohani, où elle estime le nombre d'infection à environ 60 millions et plus de 2 millions de morts.

Lors de la première session après les vacances du nouvel an au Parlement iranien, 80 députés ont présenté un projet de loi de trois urgences pour la quarantaine et la fermeture totale du pays pendant un mois, qui a été rapidement retiré de l'ordre du jour sous prétexte d'être contraire à la constitution.

Pas de quarantaine par manque de ressources financières

Pendant ce temps, l'opposition iranienne a déclaré que le problème n'est pas l'insuffisance des ressources financières. Les richesses accumulées par Khamenei et contrôlées par des organisations telles que Astan Quds Razavi à Khorasan, ainsi que l'argent dépensé en Irak, en Syrie, au Yémen, à Gaza et au Liban, doivent être allouées à la santé de la population et servir à payer les salaires des ouvriers, des enseignants et des employés incapables de travailler pendant la pandémie.

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Suite à l'appel de l'opposition, les responsables du régime ont souligné ce qu'ils n'avaient jamais osé mentionner auparavant : Des milliards de dollars de la richesse du peuple iranien sont maintenant disponibles dans les banques et les institutions sous le contrôle de Khamenei, mais lui et le gouvernement refusent de les dépenser.

Après avoir soulevé ce débat, quatre membres du Majlis (Parlement des mollahs) ont immédiatement abordé la question. « Le président et trois membres de la faction parlementaire des droits civils ont appelé à une quarantaine totale dans les zones à haut risque », a publié le journal Ebtekar le 9 mars.

Deux mesures sont nécessaires

Ils ont également écrit sur leurs comptes Twitter personnel : « La prévention de l'épidémie de COVID-19 n'a pas réussi. Cependant, deux mesures sont nécessaires : Premièrement, la mise en quarantaine totale des zones critiques de l'épidémie. Deuxièmement, l'utilisation des fonds abondants de SHASTA (grandes sociétés affiliées au ministère des Coopératives), du Bureau d'exécution de l'ordre de l'Imam Khomeiny, de la Fondation Mostazafan et du holding pétrochimique (tous sous le contrôle direct de Khamenei) pour la fourniture et la distribution de masques, vêtements, lunettes et autres produits de première nécessité pour le personnel médical. »

Suite à cela, Masih Mohajeri, rédacteur en chef du journal Jomhuri Eslami, qui a été fondé par Khamenei, a déclaré le 11 avril : « Le ralentissement économique causé par le Coronavirus est évident et ne peut être résolu par les dons des gens et d'autres ressources financières limitées. Pour résoudre les problèmes, il faut que de grandes puissances financières entrent en scène en raison de leurs capacités et du fait que leurs biens appartiennent au peuple. Ces pouvoirs financiers sont l'Ordre de l'exécution de l'Imam Khomeiny, la Fondation Mostazafan et Astan Quds Razavi. Si les vastes installations et ressources dont disposent ces institutions sont mises au service des sections touchées, les problèmes de ces secteurs seront résolus dans les plus brefs délais et de manière complète. »

Les autres ressources financières qui ont été signalées en Iran sont le Fonds national de développement et le Fonds de réserve de devises étrangères. A cet égard, plus de 100 militants de la politique civile et des universitaires ont demandé : « Pourquoi le Fonds national de développement, qui appartient à tous les citoyens iraniens mais qui est sous le contrôle direct de Khamenei, dépense-t-il de l'argent pour la force des pasdarans plutôt que pour la santé publique ? Pourquoi les ressources financières de ces méga-institutions ne sont dépensées que pour le pèlerinage d'Arba'een ou le bureau du Guide Suprême au lieu d'être investies dans la résolution de cette dangereuse affaire nationale. » (Site internet Zeytoon, 28 mars).

Des fonds aux montants astronomiques

Yahya Al-Ishaq, ancien chef de la Chambre de commerce de Téhéran, a évoqué la situation financière du régime et la possibilité de résoudre les problèmes financiers de la population : « Selon les responsables gouvernementaux, il y a environ 4.000 milliards de dollars gelés à la disposition du gouvernement (avec le taux de change gouvernemental). En outre, environ 50 % des actifs des banques sont gelés et inutilisés. L'ensemble des actifs gelés doit être converti en actifs courants afin de résoudre les problèmes » (Khabar Online, 10 avril).

Le Fonds monétaire international (FMI) a estimé dans son rapport de novembre que les réserves de change et les réserves d'or de l'Iran s'élevaient à 85,5 milliards de dollars à la fin de 2019. Il est donc très clair que ce n'est pas le manque de ressources financières qui a contraint le régime iranien à lever sa semi-quarantaine.

Dans cette situation, le régime voulait faire d'une pierre deux coups. Comme l'a dit Khamenei, ils voulaient faire de cette crise une opportunité. Ainsi, en prenant en otage la santé du peuple iranien et l'environnement favorable causé par le Coronavirus, ils voulaient lever les sanctions sur le pays.

Et d'autre part, avec un massacre à grande échelle d'Iraniens atteints de cette maladie - peut-être un million - affaiblir le soulèvement des masses défavorisées et sans emploi, en particulier la jeunesse insurgée, qui réclame un changement démocratique en Iran depuis 2017 avec différents soulèvements, en particulier le dernier à la mi-novembre 2019.

Les soulèvements et les protestations à venir

Le FMI estime que les États qui n'ont pas pu soutenir leur pays dans la lutte contre le Coronavirus seront confrontés à des mouvements de protestation. Les médias du régime reflètent déjà cette situation. Un journal officiel a mentionné l'état critique de l'économie du pays que l'épidémie de Corona a détérioré, soulignant que cette situation peut conduire à des soulèvements et des cris de protestation et de violence.

Cette prédiction n'est pas très éloignée de la vérité. La société iranienne brûle dans les flammes de la pauvreté, de la discrimination, de l'oppression et de l'inégalité et il suffit d'une étincelle pour qu'elle explose. Dans ce contexte, la crise du Coronavirus balaie la société avec un énorme bilan de morts.

Les mollahs pensent que les Iraniens vont perdre le pouvoir d'agir sous l'effet des griefs et de la déception causés par cette crise. Mais il s'agit d'une erreur stratégique mortelle, un type d'erreur que les dictateurs commettent dans les derniers jours de leur règne. Tout cela ne se produit pas dans une société sans leadership. Il y a de jeunes forces rebelles qui sont à l'origine du changement et ce mouvement sera encore plus grand que les soulèvements d'Aban qui ont eu lieu en novembre 2020.

Hamid Enayat

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