Iran  : le « poison mortel » de négociations avec Washington

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Le guide suprême l'Ayatollah Ali Khamenei.
Le guide suprême l'Ayatollah Ali Khamenei. (Crédits : Reuters)
OPINION. Alors que le régime de Téhéran est secoué dans son ensemble par une forte résistance à l'intérieur et des révoltes populaires grandissantes contre ses ingérences en Irak et au Liban, le guide suprême Ali Khamenei s'en prend aux efforts de médiation du président français. Par Nader Nouri, ancien diplomate iranien basé à Paris, secrétaire général de la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO).

A l'occasion du 40e anniversaire de la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran, célébrée le 3 novembre de chaque année par le régime théocratique comme la «  journée de la lutte contre l'arrogance mondiale », le « guide suprême » Ali Khamenei a fait un nombre de déclarations sur les grandes orientations de sa politique ainsi que sur l'actualité les plus récente.

Explication d'un refus

Evoquant les demandes de certains responsables du régime pour que l'Iran adhère aux conventions internationales contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (exigée par le Groupe (intergouvernemental) d'action financière/GAFI) afin d'ouvrir la voie à la reprise de transactions financières entre l'Iran et le monde extérieur, le numéro un de la République islamique a ainsi expliqué son refus : «Interdiction faite [par lui-même] à toute négociation avec (les Etats-Unis) est l'un des moyens et des instruments nécessaires pour empêcher l'ingérence américaine dans les affaires [du pays]. Il ne s'agit pas d'une démarche motivée par l'émotion ou de simples sentiments d'hostilité, mais d'une politique déterminée basée sur une logique solide ! Celle-ci barre la route à la percée et à l'influence de l'ennemi», et d'ajouter : « Certains dans ce pays pensent que pour résoudre nos problèmes, il faut négocier avec l'Amérique. Ils se trompent à cent pour cent ».

Dans le prolongement de son argumentation, il évoque les tentatives du président Emmanuel Macron en vue d'une médiation entre Téhéran et Washington et affirme :

« Le président français a dit qu'il suffisait d'une rencontre pour régler tous [vos] problèmes. Soit il est trop naïf, soit il est, lui-même, complice [des Etats-Unis]»

Tout un système et quarante ans d'histoire

Lors de son voyage à New York pour participer à l'Assemblée générale de l'Onu en septembre dernier, le président Emmanuel Macron avait remarqué que « Donald Trump décide vite et seul. Il a des logiques très transactionnelles et il n'est pas très difficile à convaincre. Hassan Rohani, lui, a besoin pour négocier de se caler avec tout un système et quarante ans d'histoire ». Là, à travers ce constat juste et clairvoyant, Emmanuel Macron attire l'attention sur des politiques, des méthodes, bref les turpitudes de 40 ans d'une théocratie brutale, qui marquent aujourd'hui même le comportement d'un pouvoir affaibli et sclérosé, c'est vrai, mais toujours aussi violent. Le président français souligne, à juste titre, la difficulté d'organiser une rencontre entre les autorités iraniennes et le président américain, parce qu'il faut d'abord « se caler avec tout un système...»

Un bref regard sur ces « quarante ans d'histoire » montre que dès ses débuts, la République islamique, un système de gouvernement unique au monde, à savoir une dictature religieuse aux apparences démocratiques, a cherché sa survie face à une forte opposition intérieure en recourant aux slogans comme « mort à l'Amérique », « mort à Israël » désignant ces deux pays comme « les ennemis » opposés à la révolution khomeyniste. La prise de l'ambassade américaine à Téhéran neuf mois seulement après la chute du régime monarchique a permis au régime islamiste de non seulement réprimer voire anéantir les opposants intérieurs, la plupart étant des forces démocratiques et progressistes réclamant des libertés publiques et un système démocratique, mais aussi de rallier les couches défavorisées, xénophobes et rétrogrades en Iran et ailleurs au Moyen-Orient à sa bannière d'un islam intégriste et fascisant. Ces couches fourniront les groupes de milices à la solde de la théocratie et protégées par celle-ci.

Changement drastique du contexte

Si Khamenei a donné son accord aux négociations secrètes avec les Américains pour conclure l'accord de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien, les conditions politiques et le contexte régional et international ne sont plus ce qu'ils étaient il y a cinq ans. A l'époque, une politique de complaisance vieille de presque trois décennies dominait les rapports entre l'Occident et les mollahs au pouvoir en Iran. Aujourd'hui, nous assistons à un changement de fond, une politique de fermeté qui résulte d'une prise de conscience sur l'incapacité de la république islamique à se réformer, encore moins à changer de comportement à l'extérieur. La stratégie de « la pression maximale » adoptée par Washington et ses alliés vise à contraindre le régime du guide suprême à limiter son programme de missiles balistiques et mettre fin à ses ingérences dans les pays arabes de la région, source principale d'une situation chaotique extrêmement dangereuse pour l'avenir des peuples dans cette partie sensible du monde. Ces deux exigences sont aussi celles contenues dans le plan du président Macron pour une désescalade au Moyen-Orient, et auxquelles Téhéran s'oppose avec véhémence.

Cette intransigeance n'est pas sans raison : pour masquer son incapacité inhérente à répondre aux revendications légitimes économiques, politiques et socioculturelles de la population et pour assurer sa survie, la théocratie s'appuie sur deux piliers principaux, à savoir le recours permanent à la création de crises diverses des prises d'otages et attentats terroristes à la poursuite d'une politique expansionniste et belliciste, en passant par la violation aggravée des droits de l'homme à l'intérieur du pays. L'effondrement de chacun de ces piliers provoquerait, à coup sûr, la chute du régime construit sur la suprématie absolue du guide suprême religieux.

Exigences interminables et unités de résistance

Lors de son dernier discours, Ali Khamenei confirme le bien-fondé de cette analyse avec des mots à peine voilés : «[les Occidentaux] ont de nouvelles exigences en nous disant : ne soyez plus actif dans la région ; n'aidez plus [l'axe de] la résistance, mettez fin à votre présence dans tel ou tel pays, jetez vos missiles, et ainsi de suite... Petit à petit, ils iront plus loin, demandant par exemple que l'on n'insiste plus sur le voile [islamique]. Ce sera interminable. »

Ainsi il exprime la crainte, réelle, de devoir répondre aux revendications populaires après quarante ans de répression comme une conséquence inévitable de l'arrêt de ses ingérences dans les pays de la région et du développement de son programme balistique, ce que lui demande la communauté internationale depuis des années. Cependant, aussi importants qu'ils soient, la sauvegarde de deux piliers en question n'explique pas à elle seule tout le dilemme auquel est confronté le pouvoir théocratique.

Que Khamenei prenne le risque de l'ouverture de négociations avec Washington dans les circonstances actuelles, à savoir dans le contexte du mécontentement populaire grandissant et au moment où les unités et cellules de résistance se développent partout en Iran, semble peu probable. Inspirée par Maryam Radjavi, leader historique de l'opposition démocratique en exil, de l'aveu même de certains dirigeants du régime, le guide suprême compris, ces unités attirent de plus en plus une jeunesse défavorisée et des femmes en colère qui voient en elle une femme politique musulmane qui prend au défi une dictature islamiste misogyne depuis trois décennies, seule capable de conduire une armée de chômeurs et des citoyens ayant perdu toute illusion de réforme de l'intérieur vers un changement du régime. D'autant que les bras longs du guide suprême en Irak et au Liban risquent d'être coupés à terme suite aux révoltes populaires actuellement en cours et dirigées, elles aussi, contre la domination du régime de Téhéran.

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a écrit le 06/11/2019 à 20:08 :
Les Mollahs ont besoin de repoussoirs pour maintenir un semblant de cohésion à l'intérieur de l'Iran, qui s'enfonce dans les troubles économiques et sociaux. Ils les trouvent dans l'existence de l'Amérique, d’Israël, et plus généralement dans l'Occident qu'ils essayent de déstabiliser depuis toujours. Le régime est sans autre but affirmé que celui de la religion qu'il incarne, et il n'a rien d'autre à proposer qu'une forme de stagnation idéologique et sociale qui est celle de l'Islam depuis le 7ème siècle, et même si le progrès technique est présent, il est insuffisant car ses retombées n'affectent que peu l'organisation sociologique du pays, bloqué dans les versets d'un Coran qui sert surtout une hiérarchie religieuse. Le régime vieillit mal, et s'il n'est pas le seul ainsi sur terre, il s'enfonce plus vite dans ses contradictions.
a écrit le 06/11/2019 à 19:11 :
"+35,2 % : la hausse des prix survenue à Bordeaux sur les cinq dernières années"

C'est pas le cadre parisien qui veut enfin aller vivre dans une ville agréable qui a fait ça hein... Énorme !
a écrit le 06/11/2019 à 18:36 :
"les Occidentaux] ont de nouvelles exigences en nous disant : ne soyez plus actif dans la région ; n'aidez plus [l'axe de] la résistance, mettez fin à votre présence dans tel ou tel pays, jetez vos missiles, et ainsi de suite... Petit à petit, ils iront plus loin, demandant par exemple que l'on n'insiste plus sur le voile [islamique]. Ce sera interminable"

C'est exactement ça mais c'est inévitable et il vaut mieux prendre la balle au rebond et négocier son profond mécontentement tout en en retirant des bénéfices, qu'en plein dans la figure obligé en cas de conservatisme figé. On est à l'ère d'internet les gars et pour survivre il vous faut une croissance économique or sans internet actuellement c'est mort et internet c'est l'évolution rapide inéluctable des peuples, à géométrie variable certes mais rapide quand même, étonnement rapide même..

Tous les gens que vous allez sacrifier pour cela le seront pour rien, c'est ce que l'histoire retiendra. Soyez malins les américains ne sont pas contre les dictatures...
Réponse de le 06/11/2019 à 19:20 :
@citoyen blasé
"Internet, c'est l'évolution des peuples "...dans quel sens? Vers quoi?
Je suis pas trop convaincu qu'Internet renforce par exemple la démocratie ...
Réponse de le 06/11/2019 à 19:44 :
"Je suis pas trop convaincu qu'Internet renforce par exemple la démocratie ... "

Je suis entièrement d'accord avec vous maintenant si la démocratie est mal en point ce n'est pas la faute d'internet le processus était amorcé bien avant je pense que nous sommes d'accord.

Avec internet les gens se réveillent brutalement en plein cauchemar et font ce que l'on fait dans ces cas là, on se lève brutalement, ce n'est pas là que nous sommes au mieux de la journée en général. Mais petit à petit on a un outil qui permet de répondre à ces angoisses, bien entendu que nombreux vont se perdre mais déjà, qu'ils aient avancé, qu'ils se soient réveillés est un miracle en soi.

La génération internet que je connais bien étant donné que j"ai des enfants dedans est particulièrement bien informée mais aussi sensible, étonnement sensible je suppose que c'est parce qu’elle consomme de la création régulièrement ce qui nous était difficile à nous et un dur labeur pour nos parents.

Elle devient de plus en plus difficile et affutée rapidement mais sensible, très sensible alors que nous sommes dans une société très dure avec l'humain, qui l'a rarement été depuis les trente glorieuses. De sa seule existence elle fera bouger les choses, vers ou je ne sais pas mais au moins on avancera ce que la finance nous interdit radicalement.

A part une coupure d’électricité générale je ne vois pas ce qui va empêcher ce tsunami de nous submerger.

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