L'Amérique latine sera-t-elle la principale victime du coronavirus ?

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Alexis Loyer
Alexis Loyer (Crédits : DR)
OPINION. L'Amérique latine est négligée par les commentateurs, alors qu'elle a réagi sans tarder et avec détermination. Fragile sur le plan économique et vulnérable sur le plan social, le continent est plus fragmenté que jamais sur le plan politique. Par Alexis Loyer, ancien conseiller commercial en Argentine et au Brésil, actuellement directeur général d'ESL & network et chargé de cours sur l'Amérique latine à l'IRIS (*)

La grande absente. Alors que l'épicentre de l'épidémie de Covid-19 s'est déplacé de la Chine vers l'Europe, que les Etats-Unis sont désormais le pays le plus touché par la pandémie, et que « l'Afrique doit se préparer au pire » selon les mots du directeur de l'OMS, l'Amérique Latine est négligée par les commentateurs.

Si le « patient zéro » latino-américain n'a été recensé que le 26 février dernier, et qu'à ce jour seuls trois pays d'Amérique latine (Brésil, Chili et Equateur) figurent dans le top 30 des plus atteints par le COVID-19, le rythme de contagion a depuis lors connu une vive accélération et la barre des 10.000 Latino-américains contaminés a été dépassée.

Face au fléau, l'Amérique Latine a réagi sans tarder et avec détermination. A l'exception notable du Mexique, du Brésil et du Nicaragua dont les présidents persistent à minimiser la gravité de l'épidémie, la plupart des pays latino-américains ont adopté des mesures souvent radicales visant à protéger leurs populations : strict confinement en Argentine, fermeture des frontières dans de nombreux pays, couvre-feu partiel en Equateur, Etat de siège au Chili, quarantaine totale au Venezuela, et même report des nombreuses élections prévues. Ironie du sort pour certains, Cuba de son côté a même apporté son aide à l'Italie tandis que des contingents de médecins de l'ile, présents dans de nombreux pays, participent à la lutte contre la pandémie. Il se murmure qu'un laboratoire de biotechnologie cubain aurait même développé un médicament utilisé par les Chinois pour lutter contre le COVID-19.

Lire aussi : Comment la France imagine une possible implosion de l'Afrique face au Covid-19

Un continent fragile

Des réponses suffisantes pour éviter une catastrophe sanitaire, sociale et économique dans la région ? On peut malheureusement en douter. Le COVID-19 affecte une Amérique latine à la santé déjà fragile et qui se remet à peine des violentes convulsions qu'elle a subies à l'automne 2019, entre protestations sociales éruptives (Chili, Equateur, Colombie) et graves crises politiques non résolues (Pérou, Bolivie). Un continent fragile au point de faire dire à Miguel Lago, directeur exécutif d'un think tank brésilien consacré aux politiques de santé (IEPS) que cette région du monde pourrait être la principale victime de la pandémie !

Premier facteur de vulnérabilité que met en lumière l'épidémie de coronavirus : les systèmes de santé latino-américains, faiblement résilients pour la plupart, sont déjà confrontés à des problématiques sanitaires lourdes, qu'il s'agisse de maladies chroniques (diabète, hypertension) ou infectieuses (Dengue, Zika). Les dépenses de santé/habitant dans la région sont en moyenne trois fois inférieures aux valeurs européennes. Fait aggravant, la couverture santé de la population est généralement loin d'être universelle tandis que le nombre de lits dans les unités de soins intensifs ainsi que leur disponibilité est largement insuffisant en cas de propagation massive du virus. Si 20% des Brésiliens étaient contaminée par le virus, il faudrait doubler le nombre d'UTI au Brésil ou les réserver en intégralité aux malades du COVID-19 !

Fragile sur le plan économique, vulnérable sur le plan social

Second fait : le coronavirus frappe des économies latino-américaines peu dynamiques, insuffisamment diversifiées et fortement dépendantes des cours des matières premières (en forte baisse) et des taux d'intérêt internationaux, donc très exposées à des chocs externes. La productivité du travail y est faible, les infrastructures souvent déficientes et les monnaies latino-américaines continuent à se déprécier. Après une quasi-stagnation de l'activité économique en 2019, l'Amérique Latine tablait sur une modeste hausse de 1,3% de son PIB cette année (CEPAL) que l'épidémie de coronavirus a très vite enterrée.

Non seulement la région sera négativement affectée par la crise économique majeure provoquée par l'épidémie de coronavirus, mais les capacités budgétaires limitées de la plupart des pays de la zone ne leur permettront pas d'atténuer les effets de la pandémie sur l'économie via des injections massives d'argent public. De nombreux emplois seront détruits et les entreprises latino-américaines, notamment les PME, paieront un lourd tribut à cette épidémie.

Fragiles sur le plan économique, les pays latino-américains sont également très vulnérables sur le plan social. 31% des latino-américains sont pauvres, près de 11% vivent dans la misère et la région reste la plus inégalitaire au monde. L'entassement des plus défavorisés dans des logements insalubres, sans accès à l'eau courante, véritables nids à infections pour des maladies comme la dengue ou la tuberculose, rend illusoire les mesures de confinement. Celui-ci risque également de dégrader encore davantage les conditions de vie des personnes en situation de vulnérabilité sociale, dans un contexte où 53% des Latino-américains travaillent dans le secteur informel, qui constitue l'unique source de subsistance pour de nombreuses familles modestes. Si bien que des émeutes de la faim et des pillages ne sont pas à exclure dans ce sous-continent qui détient également le titre peu glorieux de « région la plus violente du monde ». Moins armées physiquement pour affronter la maladie, souvent exclus de l'accès aux systèmes de soins - « les pauvres mourront à la porte des hôpitaux », a récemment prédit le Dr Srougi, chirurgien brésilien très respecté -, les plus démunis subiront de plein fouet l'impact économique de la pandémie.

Plus fragmenté que jamais sur le plan politique

Dernière menace et pas des moindres : l'épidémie de coronavirus aura sans doute d'importantes répercussions sur la situation politique en Amérique Latine, déjà très éruptive, marquée par un profond rejet des élites et une tendance marquée au « dégagisme » (9 des 14 dernières élections en Amérique Latine remportées par l'opposition). Provisoirement mis en sommeil sous l'effet des mesures de quarantaine, les « printemps latino-américains » pourraient resurgir une fois l'épidémie surmontée puisque les attentes des classes moyennes latino-américaines vis à vis de leurs gouvernants (en matière de biens publics collectifs et lutte contre l'insécurité et la corruption) restent entières. Et ces mêmes gouvernements seront également jugés sur leur capacité à répondre de manière responsable à l'épidémie. A l'heure des comptes, le désaveu pourra toucher aussi bien des gouvernement progressistes et modérés que des leaders populistes aux tendances autoritaires. Indispensable pour endiguer la propagation du virus, la fermeture des frontières affectera lourdement les économies latino-américaines, mais pourrait également susciter des tensions entre pays de la région, confrontés à la crise migratoire sans précédent qui frappe le Venezuela. Ce qui devrait porter un rude coup à une intégration régionale encore très perfectible dans ce continent plus fragmenté que jamais sur le plan politique.

Or, comme l'a souligné très justement Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, dans une tribune récente appelant à un « plan à la hauteur du Plan Marshall », la pandémie actuelle requiert précisément un renforcement de la coopération internationale au plan sanitaire de la part des gouvernements qu'il exhorte à promouvoir des politiques communes et coordonnées. Souhaitons que les dirigeants des pays latino-américains, dont plusieurs travaillent activement depuis 20 ans avec l'OCDE, dont deux sont membres de l'organisation (Mexique et Chili) et plusieurs autres candidats à l'adhésion, entendent ce message de leur « hermano latinoamericano » (frères latino-américains).

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ESL & network se présente comme "l'un des leaders français et européens de l'intelligence économique, de l'accompagnement stratégique et des affaires publiques". 
L'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) est un think-tank sur les thèmes géopolitiques. d'idées français travaillant sur les thématiques géopolitiques et stratégiques.

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a écrit le 03/04/2020 à 19:20 :
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Une pandémie mondiale, qu’elle soit naturelle ou délibérément provoquée, sert en fait les objectifs de l’establishment mondialiste de plusieurs façons. D’abord et avant tout, elle constitue une superbe distraction. Le grand public, submergé par la peur d’une force invisible de la nature qui peut le tuer à tout moment, oubliera probablement la menace bien plus grande qui pèse sur sa vie, sa liberté et son avenir, à savoir l’effondrement de l’énorme « bulle de tout » et la « solution » mondialiste qu’une pandémie peut déclencher.



Le coronavirus n’est qu’une menace modérée par rapport à la crise économique. Cela dit, je voudrais aborder quelques questions concernant le virus lui-même avant d’aborder la question économique.

J’ai vu beaucoup d’hypothèses délirantes et de désinformation pure et simple propagées par les gens en ce qui concerne cette pandémie potentielle. Tout d’abord, l’idée qu’elle ait été causée par des citoyens chinois « mangeant des chauves-souris » ou exposés à un marché d’animaux vivants est plutôt ridicule. Nous n’avons vu AUCUNE preuve tangible que cela soit vrai, et je crois que le récit est une couverture pour le fait que la ville de Wuhan où l’épidémie de virus a commencé abrite non pas un mais DEUX laboratoires de niveau 4 pour les risques biologiques. J’ai du mal à ignorer l’étrange « coïncidence » des laboratoires de haut niveau de Wuhan en faveur de l’idée que le virus a été lancé par hasard en raison des régimes alimentaires bizarres des habitants de la Chine centrale. Au vu des preuves, il semble que le coronavirus ait été mis en gestation dans un laboratoire, et non dans la soupe aux chauves-souris et aux serpents de quelqu’un. En 2017, des scientifiques étrangers ont averti que ces laboratoires n’étaient pas sécurisés et qu’un virus pourrait s’échapper d’une de ces installations.

[…]

Il y a seulement trois mois, John Hopkins, la Fondation Bill et Melinda Gates et le Forum économique mondial (une ruche de mondialistes autoproclamés) ont lancé une « simulation de pandémie » appelée Event 201, spécifiquement axée sur le coronavirus. Pas Ebola, ni la grippe porcine, ni même la grippe aviaire - mais CORONAVIRUS. La simulation met en scène la propagation d’un coronavirus en Amérique du Sud, attribuée à la transmission de l’animal à l’homme (les porcs). La conclusion de l’exercice était que les gouvernements nationaux étaient loin d’être prêts, avec une note de 40 sur 100 sur leur échelle de préparation. La simulation prévoyait plus de 65 millions de décès dans le monde.

L’événement 201 s’est déroulé presque exactement comme il l’a été en Chine aujourd’hui. Certaines personnes très malhonnêtes ou peut-être plutôt stupides ont affirmé que ce genre de choses était « normal », prétendant que nous avons « de la chance » que les élites aient effectué des simulations à l’avance afin de « nous sauver » d’une épidémie de coronavirus. J’affirme que l’événement 201 n’était pas une simulation mais un jeu de guerre pour étudier les résultats possibles d’un événement dont les mondialistes savaient déjà qu’il allait se produire. Si l’on met de côté le fait qu’avant presque chaque crise majeure et chaque attaque terroriste de ces dernières décennies, les autorités effectuaient des simulations pour cet événement précis juste avant qu’il ne se produise ; quelqu’un croit-il vraiment que l’événement 201 est une pure coïncidence ?

[…]

Mais qu’est-ce que les mondialistes ont à gagner directement d’une pandémie de coronavirus, au-delà du simple chaos exploitable ? Il est intéressant de noter qu’un représentant de Johnson and Johnson, l’une des entreprises qui pourrait finir par concevoir un « vaccin » contre le coronavirus, a suggéré lors de l’événement 201 qu’une autorité économique mondiale « centralisée » chargée de financer et d’acheter des vaccins pour les différentes nations en crise était une option pour résoudre la pandémie.

[…]

En ce qui concerne les effets économiques, même si le virus devait rester principalement en Chine, l’économie chinoise est, en termes fondamentaux, la plus importante au monde ; elle est le plus grand exportateur/importateur et elle est au cœur de l’économie mondiale désormais interdépendante. Si l’économie chinoise s’effondre, même pour une courte période, cela provoquera une onde de choc dans toutes les autres économies nationales et les lignes d’approvisionnement.

[…]

La raison pour laquelle les mondialistes veulent un effondrement est simple : ils ont besoin d’une crise afin de manipuler les masses pour qu’elles acceptent une centralisation totale, un système monétaire mondial et une gouvernance mondiale. Ils sont également de fervents partisans de l’eugénisme et de la réduction de la population. Pour eux, une pandémie mondiale est à tout le moins une circonstance utile ; mais le moment où le coronavirus s’est manifesté et leur « simulation » très précise d’il y a seulement trois mois suggèrent également leur implication potentielle, car elle survient au moment même où l’implosion de la bulle « Du Tout » s’accélérait.

[…]

Ne vous y trompez pas, l’effondrement a déjà commencé, que le virus frappe durement les États-Unis ou non. La seule question est de savoir si ce sera l’événement déclencheur qui accélérera le processus d’effondrement déjà en cours.

[…]

Je ne serais pas surpris si nous découvrions dans les deux prochaines semaines que le nombre de décès se compte par milliers et que le taux de maladie se compte en fait par centaines de milliers. Le fait que la Chine ait maintenant mis en quarantaine plus de 50 millions de personnes dans 16 villes suggère que le danger est beaucoup plus élevé qu’elle ne l’a admis. Si c’est le cas, l’économie chinoise est au moins sur le point de subir un coup dur. Si le virus ne se propage pas, les dommages économiques le feront.

[…]

Les lignes d’approvisionnement mondiales étant gelées et les voyages éventuellement restreints, le commerce va s’arrêter. Il n’y a pas d’autre solution. Il ne s’agit pas seulement de la Chine, il s’agit de toutes les nations. Et, en fin de compte, il ne s’agit même pas du coronavirus, mais de la bombe à retardement financière que l’establishment mondialiste a créée. Il s’agit de notre interdépendance économique et du château de cartes que nous sommes devenus. Au lendemain de la catastrophe, les mondialistes réclameront encore PLUS d’interdépendance. Ils prétendront que la tragédie a frappé parce que nous n’étions pas « assez centralisés ».

[…]

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