L'économie américaine et les élections de novembre

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Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'université de Stanford.
Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'université de Stanford. (Crédits : REUTERS Phil McCarten)
[OPINION] La bonne santé de l'économie américaine pourrait ne pas suffire aux républicains pour remporter les élections de mi-mandat en novembre prochain. Par Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'université de Stanford (*).

L'économie américaine se porte bien. L'inflation a atteint l'objectif de 2% fixé par la
Réserve fédérale (Fed) et le taux de chômage est des plus faibles - il n'a jamais été aussi bas pour les Noirs et les Hispaniques. Pour la première fois, les créations d'emplois dans le secteur privé dépassent le nombre de chômeurs recensés. Cette situation laisse présager une augmentation des salaires réels (ajustés en fonction de l'inflation), ce qui permettrait aux travailleurs américains (dont beaucoup ont été les laissés-pour-compte de la reprise anémique après la crise de 2008) de bénéficier finalement de la bonne santé économique du pays.

En considérant le passé, on remarque qu'une économie forte favorise le parti au pouvoir, tandis qu'une croissance à la dérive le condamne à la défaite. Pourtant, alors que l'économie américaine est plus florissante qu'elle ne l'a jamais été depuis 10 ans, la plupart des sondages montrent une avance des démocrates sur les républicains pour les élections de mi-mandat des deux chambres du Congrès qui auront lieu en novembre. La plupart des spécialistes estiment que les démocrates retrouveront la majorité à la Chambre des représentants. Certains prévoient même une « vague bleue » qui leur permettra de retrouver la majorité au Sénat (dont le tiers des sièges sera renouvelé). Ce ne sera pas facile, car les démocrates remettent en jeu davantage de sièges que les républicains.

Des sondages en trompe-l'oeil

Néanmoins, lors de plusieurs élections partielles récentes pour la Chambre des
représentants, c'est avec une marge beaucoup plus faible que les républicains ont pu conserver leurs sièges. Il existe plusieurs explications à cette anomalie. Il est possible que les sondages et les spécialistes se trompent, comme cela a été le cas lors de l'élection présidentielle de 2016. On peut aussi considérer que le président Trump diminue ses chances de succès et celles de son camp, surtout auprès de l'électorat féminin des banlieues, avec ses attaques personnelles contre ceux qui le critiquent, notamment LeBron James, une star du basket. Autre hypothèse : malgré le taux d'approbation élevé de sa politique économique, beaucoup d'électeurs estiment peut-être que la bonne santé de l'économie n'est pas de son fait. On peut aussi envisager une autre explication : l'économie tient peut-être une place moins importante dans les élections qu'auparavant.

Si une conjoncture défavorable nuit au parti au pouvoir, une période plus faste ne lui est pas aussi profitable que par le passé. Les citoyens étant plus riches, ils peuvent se permettre de donner la priorité à d'autres questions. En juin, lors de la primaire démocrate pour le 14e district de New-York, Alexandria Ocasio-Cortez, une socialiste membre du Parti démocrate, l'a emporté haut la main sur Joseph Crowley, le candidat sortant et quatrième membre du caucus démocrate de la Chambre. Trop sûr de sa victoire, il avait à peine fait campagne, tandis qu'Ocasio-Cortez était devenue la chouchou des médias. Elle apparaît maintenant aux cotés de Bernie Sanders (le candidat qui a perdu de peu la primaire démocrate pour l'élection présidentielle de 2016), qui se proclame socialiste lui aussi.

Un référendum contre le pouvoir en place

Malgré l'élan de son aile gauche, le parti démocrate a décidé de sélectionner uniquement des candidats susceptibles de l'emporter lors des élections de novembre. Du coté des républicains, les candidats qui soutiennent Trump ou sa politique tendent à remporter les primaires du parti. Mais aujourd'hui les républicains ne font pas preuve du même enthousiasme que les démocrates, ce qui pourrait affecter la participation de leurs sympathisants lors des élections de novembre. Les élections de mi-mandat sont presques toujours un référendum sur le président et sa politique. La victoire des républicains lors des scrutins de 2010 et 2014 a été considéré comme un rejet du président Obama. Aussi, les démocrates veulent-ils faire des élections de novembre un référendum pour ou contre Trump. En revanche, les républicains voudraient en faire un référendum sur Nancy Pelosi, la dirigeante de l'opposition à la Chambre des représentants. Élue du 8e district de Californie qui englobe San Francisco, elle est de gauche, et c'est sans doute elle qui présidera la Chambre des représentants si les démocrates obtiennent la majorité.

Mais une présidente potentielle de la Chambre constitue une cible plus difficile à atteindre qu'un chef d'État en place, notamment un président aussi omniprésent dans les médias que Donald Trump. Actuellement, une attention particulière est portée sur le rôle de l'économie dans les élections à venir. Réciproquement, leurs résultats affecteront les perspectives économiques. Si les républicains conservent la majorité dans les deux Chambres du Congrès, la fiscalité favorable à la croissance et les réformes réglementaires adoptées jusqu'à présent seront maintenues et peut-être même étendues. Et s'ils conservent uniquement le Sénat, ce seront des juges conservateurs qui continueront à rafler les postes. Par contre, une majorité démocrate à la Chambre des représentants bloquera les propositions de loi de Trump, et une majorité démocrate au Sénat empêchera la nomination de juges conservateurs.

Les démocrates penchent à gauche, les républicains divisés

Même si une cohabitation permet d'aboutir parfois à des compromis qui peuvent se révéler efficaces sur le plan économique, il est difficile d'imaginer que cela se passe de cette manière si les démocrates retrouvent la majorité au Congrès ou seulement dans l'une des deux Chambres. Même des démocrates supposés modérés penchent de plus en plus à gauche pour contrer leurs rivaux socialistes. Et de plus en plus de démocrates s'accordent sur une augmentation des dépenses publiques et une hausse de la fiscalité (même s'ils n'ont pas beaucoup parlé de cette dernière).

Selon un récent sondage Gallup, les démocrates sont plus nombreux à être favorables au socialisme qu'au capitalisme. Ainsi, la plupart des démocrates qui penchent à gauche proposent une assurance-maladie universelle (Medicare for all), la gratuité des études supérieures et une garantie d'emploi ou un revenu de base. Un tel programme supposerait à la fois un président démocrate et une majorité démocrate dans les deux Chambres du Congrès. Mais il se chiffrerait en dizaines de milliers de milliards de dollars. Son financement exigerait un taux de TVA voisin de ceux que l'on trouve en Europe ou des revenus et des charges sociales beaucoup plus élevés, ce qui conduirait très probablement à une stagnation économique de style européen.

De leurs cotés, les républicains sont divisés entre conservateurs traditionnels partisans de l'économie de marché et du libre-échange, et « nationalistes économiques » partisans de Trump qui veulent restreindre l'immigration et relever les barrières douanières, plutôt que de négocier des concessions avec les partenaires commerciaux des Etats-Unis. Ainsi, une intensification de la guerre commerciale et le spectre de barrières douanières encore plus élevées pourraient menacer l'économie américaine après les élections de novembre. Avec le ralentissement de la croissance en Chine, en Europe et ailleurs, il vaudrait mieux pour l'économie mondiale que les Etats-Unis évitent ces dangereuses erreurs politiques.

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Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

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(*) Michael J. Boskin est professeur d'économie à l'université de Stanford et membre de l'Institution Hoover. Il a présidé le groupe des conseillers économiques du président H. W. Bush entre 1989 et 1993.

Copyright: Project Syndicate, 2018.

www.project-syndicate.org

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