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L'Europe multiplie les instruments de la prochaine crise

Photo de Ivan Best

Michel Crinetz

Publié le 07 septembre 2016 à 07:20

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les institutions européennes s'apprêtent à relancer la titrisation sur une vaste échelle: les mêmes causes qui ont déclenché la crise de 2008 produiront les mêmes effets. Par Michel Crinetz, ancien superviseur financier.

Les subprime étaient des prêts immobiliers accordés à des ménages américains de moins en moins capables de les rembourser. Un marché de bonne taille, mais pas de quoi mettre en danger toute la planète financière. Quel mécanisme a transformé la petite bombe atomique locale en bombe thermonucléaire mondiale ? La titrisation, qui disséminait les risques vers des investisseurs mondiaux aveugles à leurs risques ; et ainsi libérait des capacités de crédit nouvelles pour des prêts toujours plus risqués.

En quoi consistait-elle, et qu'est-ce qui la rendait si dangereuse ? Les banques mélangeaient leurs prêts de bonne et mauvaise qualité, les mettaient dans des « entités spéciales » qui n'étaient pas juridiquement des filiales, même si ce n'étaient que des marionnettes dans les mains des banques ; ces entités très spéciales émettaient des titres financiers adossés à ces prêts ; ou de préférence des titres « synthétiques », c'est-à-dire contenant non les prêts eux-mêmes, mais le risque que ces prêts soient mal remboursés, risque censé être protégé par des produits financiers dits « dérivés de crédit ». Titres découpés en tranches plus ou moins risquées et échangées sur les marchés financiers. Tranches dont le risque était, pour les investisseurs, noté par les agences de notation, sur la base des chiffres rassurants du passé, et qui donc mettaient la meilleure note possible aux tranches les moins risquées (« aussi bon que de l'or », déclarait alors Mr Greenspan, le gouverneur de la banque centrale) ; tandis que les tranches plus risquées, mais relativement bien notées quand même, étaient très rémunératrices.

Risque « modélisé » pour les superviseurs (dont Mr Greeenspan) par les banques elles-mêmes, avec des coefficients de réduction optimistes. Le contenu de ces titres pouvait être statique, constitué une fois pour toutes, ou bien évolutif, avec des prêts qui en sortaient et des prêts moins sûrs qui y entraient, de sorte que leur qualité diminuait au fil du temps ; mais pas leur notation...

Quand les banques minimisent les risques

Que propose la Commission européenne à présent ? Un règlement européen qui favorise toutes ces pratiques, sans en oublier une seule. Autoriser les banques européennes originatrices à mélanger certains de leurs prêts, en vendre séparément les risques, les découper en tranches de diverses qualités, les assortir de produits dérivés, les transformer en titres statiques ou dynamiques, les faire émettre par des entités spéciales, par exemple un trust distinct de l'originateur. Permettre que ces titres soient vendus à des investisseurs avides de rendement, mais qui les comprennent moins bien que les émetteurs, même quand ce sont des investisseurs institutionnels censés être compétents : ces mêmes institutionnels qui avaient acheté des subprime, y compris en Europe ; ils font confiance aux bonnes notes des agences et croient que le risque est bien couvert par les produits dérivés dont les fournisseurs ne le provisionnent pas, et donc s'avèrent, le moment venu, incapables de le couvrir (d'où la faillite d'AIG, alors premier assureur mondial, que le Trésor américain a dû secourir avec 180 milliards de dollars). Laisser les banques « modéliser » les risques elles-mêmes, c'est-à-dire, en pratique, les minimiser.

Simple et transparent?

Oh, bien sûr, avec des précautions, des conditions, des coefficients, des paramètres, des planchers, des plafonds, de la supervision. On rebaptise cette pratique titrisation « Simple, Transparente et Standardisée (STS) » ; Simple pour les investisseurs particulièrement perspicaces, Transparente pour ceux dotés d'une vue perçante ; Standardisée, on peut en douter : à peu près tous les prêts pourront être titrisés. Et tout cela pour la bonne cause : faciliter la croissance, et encourager nos PME, lesquelles seraient devenues, à lire les communiqués européens, le grand amour de nos banquiers.

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Tout cela dans le cadre de l'»Union des marchés de capitaux », qui prétend rééquilibrer la finance européenne vers moins de banque et plus de marché. Mais les banques seront les principales animatrices du marché de la titrisation, dont elles profiteront de manière itérative. Premier profit sur les prêts eux-mêmes, deuxième en les titrisant, troisième en les rachetant et revendant sur les marchés, quatrième en refaisant de nouveaux prêts avec les capacités ainsi libérées, et ainsi de suite. En rachetant ces titres, elles se ré-intoxiquent avec leurs propres produits toxiques, comme la crise l'a montré : comment prévoir sur qui s'arrêtera la roulette du malheur ?

Dans l'intérêt des b..., pardon, des PME

Les banquiers ne suivent la qualité de leurs prêts qu'après coup, en constatant les défauts de paiement. S'ils les revendent en n'en gardant que 5%, avertiront-ils les investisseurs d'une éventuelle dégradation ? La tentation de regarder ailleurs ne l'emportera-t-elle pas ? Le Parlement européen examine ces jours-ci des amendements à ce projet de règlement.

Quatre députés seulement proposent d'interdire la titrisation « synthétique », autrement dit le recours aux dérivés de crédit, qui a montré sa dangerosité. D'autres députés font preuve d'une compétence impressionnante pour au contraire faciliter ces opérations, expliquant avec force détails techniques pourquoi le texte proposé par la commission comporte trop d'entraves qui mettent en danger rien de moins que la stabilité financière et le financement de l'économie réelle ; sans oublier les PME, bien sûr. Gageons qu'ainsi instruite par les meilleurs experts, la majorité du Parlement saura encore améliorer ce règlement dans le sens du meilleur intérêt des b..., pardon, des PME...

Michel Crinetz

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