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L'inflation entraînera-t-elle une nouvelle crise économique liée à la Covid ?

Gabriel Gaspard

Publié le 04 novembre 2021 à 13:14 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:08

Illustration coronavirus : billet de 1 dollar sur lequel George Washington est représenté avec un masque

Photo d'illustration

Reuters

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. L'Europe et la France assistent à la dégradation des principaux indicateurs économiques : l'inflation grimpe, la croissance se tasse, le chômage devrait remonter en 2022 (1). Avec la hausse des prix de l'énergie, tout devient obscur. Mais pour la BCE, l'accélération de l'inflation est temporaire (2). Comment éviter une crise qui pourra durer plusieurs années comme en 1970 ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

Avant et pendant la pandémie, on avait pu croire que tous les indicateurs économiques européens étaient maitrisés. On se retrouve avec des goulots d'étranglement de la chaîne d'approvisionnement, des coûts d'expédition plus élevés, une dégradation inquiétante du déficit du commerce extérieur et des pénuries de main-d'œuvre alors que la pandémie n'est pas terminée. Est-ce temporaire ? Beaucoup d'économistes pensent que l'envolée des coûts dans l'industrie va peser longtemps sur l'inflation. La combinaison des plans de relance des pays de l'Union européenne, du plan de relance fédéral de l'Europe de 750 milliards d'euros, d'une épargne forcée très importante des ménages européens (600 milliards d'euros) va certainement entraîner une augmentation très sensible de la demande des consommateurs.

Les limites de la BCE...

La BCE rencontre aujourd'hui ses propres limites dans la poursuite de son mandat principal : "maintenir la stabilité des prix" interprété par la BCE comme maîtriser l'inflation pour ne pas dépasser 2% sur un an. En 2008 face à la crise financière, la BCE a injecté 4.000 milliards d'euros de 2011 à 2017 représentant un tiers du PIB de la zone euro. Elle a abaissé son taux directeur à zéro (le plus bas) et elle a acheté de la dette publique et privée. Aujourd'hui la BCE subit une grande pression pour réduire son programme de rachat des dettes. Les politiques d'endettement de plusieurs pays européens, dont la France, sont tragiquement élevés. La BCE n'a plus beaucoup de moyens pour fabriquer des liquidités. Les politiques d'austérité en Europe peuvent devenir inévitables.

La BCE suit la politique de la FED qui vient de déclarer qu'elle cherchait à relever le taux directeur dès que deux conditions seraient remplies : une inflation supérieure à 2% et un maximum de création d'emplois. Pour l'inflation, l'Europe sera à 2,2% en moyenne en 2021. Les taux d'inflation prévus en 2022 de 1,7% et en 2023 de 1,5% ne seront pas atteints. L'inflation aura tendance à croître plus longtemps que ce que pense la BCE. Elle peut baisser mais aucun analyste ne la voit descendre en dessous de 2% en 2022 et 2023. "Nous devons être très vigilants sur l'évolution de l'inflation", a déclaré Kristalina Georgieva directrice générale du FMI. Pour la deuxième condition, le chômage devrait redescendre au début de 2023 à son niveau d'avant la crise. Cette baisse nécessite que la croissance compense largement la hausse des licenciements à la suite de la suppression des dispositifs de chômage partiel mis en place depuis le début de la crise sanitaire. Pour la France, selon l'OFCE, le taux de chômage devrait baisser à 7,8% de la population active fin 2021 avant de remonter à 8% en 2022.  Cette prévision est proche de celle formulée par la Banque de France (8,2% en 2022). Aurions-nous une hausse du taux directeur en 2022 ?

L'influence de la croissance sur l'emploi

La Banque de France s'attend à une hausse de la croissance de 6,3% du PIB en 2021, puis de 3,7% en 2022 et de 1,9% en 2023. Ce rebond de l'économie française survient après une récession historique en 2020 de 8,2% du PIB. Compte tenu de cette récession, la croissance sera en moyenne d'environ 2% en 2022 et 2% en 2023. Le taux de croissance économique ne fixe que le plafond absolu en dessous duquel la croissance de l'emploi peut évoluer. On considère que c'est à partir de 1,5% de croissance minimale que le chômage peut commencer à baisser selon plusieurs économistes et instituts, dont l'OFCE. Ce seuil de 1,5% de croissance n'est pas figé. Avec les budgets nécessaires, l'État peut créer beaucoup d'emplois pour une croissance qui ne se ressentira que plus tard. Ces budgets seront investis massivement sur des projets à long terme comme le climat. Avec 30 milliards d'euros d'investissement sur des technologies de pointe, le Plan France 2030 est un très bon début mais ne répond pas aux objectifs zéro émission nette de CO2.

Il faut éviter l'augmentation du taux directeur de la BCE et écarter le marasme budgétaire. "En 1974-1975, le monde industrialisé assiste à la dégradation des principaux indicateurs économiques : inflation, chute des taux de croissance, chômage. À l'époque, peu d'économistes comprennent que ces indices annoncent l'entrée des pays industrialisés dans une crise économique qui durera plus de vingt ans" Larousse Encyclopédie. Il faut transformer l'ensemble de la société et passer à une autre économie.

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Vers une économie écosociale pour sortir des crises et "l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie". Stéphane Hessel Indignez-vous en 2010. Il est temps de refermer la période libérale ouverte en 1973 et de réformer la BCE pour la mettre au service du développement écologique et humain. La définition retenue de l'économie écosociale est celle qui crée un équilibre entre une économie performante, la solidarité sociale et la protection de l'environnement basée sur des investissements citoyens. Quand les Banques centrales arrivent à leurs limites, les États n'auront-t-ils désormais d'autres choix que de convaincre les épargnants de leur prêter leurs économies ?

L'Union européenne retrouvera-t-elle sadiscipline budgétaire?

Pour la France post-Covid avec le retour de l'inflation, la normalisation économique et sanitaire doit s'accompagner d'un changement dans l'application des critères de convergence. L'appel à l'épargne des ménages (6% à 10% du PIB sur 10 ans) pour des fonds d'investissements destinés à financer la nature, la dépendance, le rural, les entreprises, etc. sera le chemin le plus sûr pour rétablir l'équilibre macroéconomique de la France dans la zone euro. Emprunter aux ménages dans un cadre réglementé comme le livret A est simple et doit être rémunérateur au taux de l'inflation. C'est l'approche la plus sûre pour réduire la dette publique. C'est aussi empêcher les épargnes de précaution et favoriser la croissance. Avec un investissement massif pour un État sans recours à des emprunts extérieurs, c'est moins de création monétaire, moins d'excès de liquidité et d'envolée de la Bourse. C'est plus de croissance sans inflation et un retour à un taux de chômage d'avant les chocs pétroliers des années 1970.

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(1) L'inflation grimpe, la croissance se tasse, le chômage devrait remonter en 2022.

(2) L'accélération de l'inflation est temporaire.

Gabriel Gaspard

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