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Comment le surplus de l'épargne des ménages a contribué au "quoi qu'il en coûte"

Gaspard Gabriel (*)

Publié le 27 septembre 2021 à 12:24 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:06

épargne

Photo d'illustration

Mathieu Stern via Unsplash

Le Quotidien Numérique

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OPINION. "Les ménages auraient pu prêter cet argent à l'État, mais c'était compliqué et peu rémunérateur, puisque les taux d'intérêt étaient (et sont toujours) négatifs." explique Agnès Bénassy-Quéré, Chef économiste de la DG trésor. Alors "L'État a mis en place, avec l'aide de la BCE une déviation temporaire". "L'ensemble constitué des banques commerciales et de la banque centrale a donc recyclé l'épargne des ménages pour prêter à l'État". Explications et contreproposition. (*) Par Gaspard Gabriel, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

Selon les chiffres de la Banque de France, l'excès d'épargne des ménages accumulé pendant la pandémie s'élevait à 157 milliards d'euros fin juin 2021. L'Observatoire français des conjonctures économiques OFCE estime qu'il suffit que les Français dépensent 20% du surcroît de cette épargne pour gagner 1,7 point du PIB supplémentaire en 2022. Mais voilà, les Français n'ont pas confiance dans la conjoncture actuelle et malgré l'appel du gouvernement à dépenser cette épargne magique pour relancer l'économie, ils continuent à économiser.

Les ménages français ont déposé un excédent de 150 milliards d'euros sur leurs comptes courants à taux négatif. Les dépôts à vue et l'épargne rémunérées ont recueilli la majorité de "l'épargne Covid". De cette manne, l'épargne réglementée ne représente que 14,2 % du patrimoine épargné, soit un surplus de 22,72 milliards d'euros. Le livret A a capté l'essentiel des flux. Du livret A et du LDDS (livret de développement durable et solidaire), les banques collectrices gardent 40,50 % et la centralisation à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) est en moyenne de 59,50 %. Des 59,50 % uniquement 57,84 % sont consacrés aux logements sociaux c'est un peu plus de 7 milliards d'euros.

Qu'est-ce que la banque a fait avec cette "épargne covid" ?

  • Elle n'a pas besoin de cette liquidité, elle cherchera en premier à rendre ces réserves financièrement productives : elle donnera plus de facilité de découvert à ses clients (le taux minimal d'autorisation des découverts est de 7 % et le taux de dépassement est de 16 %). Elle peut les prêter à d'autres banques, acheter des titres liquides ou en dernier ressort les placer sur la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne BCE (via la Banque de France) avec un"taux de rémunération des dépôts"aujourd'hui de -0,50 %. Mais, toutes les banques ne placent pas à un taux négatif leurs excédents à la BCE, vu le mécanisme du "tiering" : "le tiering, ou mécanisme à 2 paliers, appliqué depuis plus d'un an dans la zone euro, permet d'exempter de taux d'intérêt négatifs une partie des réserves détenues par les banques auprès de la banque centrale aujourd'hui".Avec le "tiering" le taux de dépôt passe à 0 %.
  • Elle peut acheter des obligations assimilables du trésor OAT de l'État à court terme.Avec la crise de la Covid19, la France, par son endettement extérieur, a injecté beaucoup d'argent dans les marchés financiers.Avec la dette isolée de la Sécurité sociale,la dette publique réelle atteint 130,95 % du PIB. Conséquence logique, la dette publique, déjà énorme avant la pandémie, a flambé. En accordant des crédits, les banques commerciales créent de la monnaie et il y a création de liquidité par la Banque centrale européenne BCE. Plus il y a d'argent circulant dans l'économie et plus il y a d'argent disponible pour investir dans des actions. Ce corolaire rend également les instruments d'investissement alternatifs, tels que les obligations, moins attractifs. Ainsi, la possibilité del'État à emprunter à long termeest réduit. Si la masse monétaire devient trop importante, cela crée del'inflationet la monnaieperd donc de sa valeur face aux autres devises. De plus la Bourse grimpe lorsqu'il y a inflation de liquidités etfinance les super-riches et non plus les petites et moyennes entreprises. Ce schéma dans la conjoncture actuelle avec des taux négatifs fait perdre de l'argent aux banques (2,5 milliards en 2020 pour les banques française) et créeun cercle négatif,le doom loop. C'est une spirale négative qui peut se produire lorsque la BCE et les banques détiennent beaucoup d'obligations souveraines sur la France et que la France est obligée de renflouer ses banques.
  • Elle peut prêter aux entreprises et ménages français. Pendant cette pandémie,quelque 160 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat(PGE) ont été accordés par les banques avec un taux bancaire compris entre 1 % et 2,5 %. Pourles ménages en juillet 2021 d'après la Banque de France"les taux d'intérêt des crédits nouveaux atteignent de nouveaux points bas, tant pour les crédits à l'habitat (1,12 % après 1,13% en juin) que pour les crédits à la consommation (3,44 %, après 3,46 % en juin)". En contrepartie la Banque peut, pour les opérations ciblées de refinancement à long terme,gagner jusqu'à 1 % des montants empruntés à la BCE, si elle prouve qu'elle a prêté à l'économie (opérations ciblées de refinancement de long terme TLTRO).
  • Elle peut prêter aux États et entreprises étrangers. En d'autres termes, utiliser les économies des Français pour financer des États ou des entreprises étrangères.

Après ces chiffres, on reste sur une sensation d'ignorance...

Est-ce un "Cercle vertueux" ou non ? Est-ce compliqué pour l'État de s'adresser directement aux citoyens pour financer l'économie ?

D'après Olivier Garnier Directeur général Banque de France "ce surplus d'épargne financière n'est pas stérile. Il a financé des prêts à l'économie". C'est un "cercle vertueux". Exemple, l'argent déposé sur les livrets rémunérés comme le Livret A et le LDDS, finance le logement social ou la politique de la ville. Avec une rémunération de 0,50 % et une inflation qui s'élèverai à 1,8 % en 2021 les épargnants perdront du pouvoir d'achat. Pour gérer ce livret, les banques encaissent 0,3 % de commission, avec un total des encours fin juin 2021 de 469,34 milliards d'euros et un taux de centralisation de 59,50 %. Tout ceci donne 838 millions d'euros à partager entre les banques en fonction des sommes centralisées par chacune, sans compter la commission de 0,4 % sur le LEP. La réalité peut être dure : l'argent que les ménages déposent sur leurs comptes courants, c'est de l'argent rémunéré à des taux négatifs. En effet, la majorité des banques facturent des frais de tenue de compte, ceci revient à appliquer un taux d'intérêt négatif de 2,4 % par an.

Il est étrange que l'État soit contraint de passer par des banques privées et mettre en place, avec l'aide de la BCE, une "déviation temporaire" alors que des solutions simples comme le Livret A existent et sont faciles à mettre en œuvre.

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L'alternative pour un réel "cercle vertueux" est la création des comptes d'épargnes réglementés à l'instar du livret A pour financer les secteurs en difficultés : un fonds écologique et social, un fonds pour la dépendance et le handicap, un fonds rural, un fonds pour soutenir les entreprises, etc. Chaque fonds doit être géré par un établissement de crédit public différent. 90% des fonds doivent être transférés à ces établissements de crédit. Ainsi en fonction de son objet social, l'établissement de crédit peut investir ou prêter avec un bon niveau de sécurité avec la participation de l'état, des communes, et tous les corps intermédiaires. Le conseil d'administration doit être obligatoirement paritaire. exemples : pour une relance durable, un livret d'épargne écologique et social et pour un livret entreprise responsable.

Gaspard Gabriel (*)

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