L'urgence du progrès augmenté : du principe de précaution à celui de responsabilité

OPINION. 40°C degrés à la mi-juin en France, grêle paralysante à Mexico qui succède aux incendies en Amazonie, et à une kyrielle de manifestations de plus en plus impressionnantes de la crise climatique qui n'est plus une crise, mais un état d'urgence permanent. Par Par Marion Darrieutort, Présidente d'Entreprise et Progrès, Pte The Arcane et Jullien Brezun, Vice-Président d'Entreprise et Progrès, DG Great place to work.
(Crédits : DR)

Lors de la remise des diplômes à HEC, une étudiante a pris la parole et a clairement posé les enjeux. « Quel rouage du système serons-nous à l'avenir ? » a-t-elle demandé avant d'expliquer pourquoi elle avait fait le choix de travailler dans la transition écologique de notre monde. « Plus nous serons nombreux, plus nous irons vite », nous dit-elle.

Mercredi 6 juillet, la Première ministre Élisabeth Borne prononcera devant une Assemblée nationale morcelée son discours de politique générale. L'occasion, peut-être, d'en dire plus sur la planification écologique promise par le président de la République durant sa campagne et de poser des actes concrets pour une nouvelle vision du progrès.

Trois événements qui n'ont, a priori, rien à voir les uns avec les autres. Et pourtant ils sont liés. Ils interrogent la notion de progrès dans notre monde actuel. Ils questionnent nos habitudes. Citoyens, pouvoirs publics, entreprises, nous sommes tous concernés, interpellés et en partie responsables. Ces événements mettent en lumière nos contradictions actuelles. Au premier rang desquelles : notre rapport au progrès, de plus en plus questionné et source de défiance. Celui-ci peut-il ou non être l'outil d'une nouvelle donne tant économique que démocratique, dans laquelle cette idée ne serait plus seulement liée à une notion de croissance économique, mais aurait comme horizon ultime une meilleure entente entre les activités économiques et le vivant ?

Nous sommes persuadés qu'un chemin existe. Idéaliste ? Humaniste, plutôt, tant l'humain doit se situer au cœur de la matrice d'un progrès augmenté. Par progrès augmenté, il faut imaginer un progrès intégral qui consiste à aller de l'avant, de façon déterminée, vers un futur meilleur, pour le bien-être de chacun. Inventer des solutions et proposer de nouvelles façons de faire pour engendrer un impact positif sur le bien-être des gens, ou sur le vivant.

Songer au progrès augmenté, c'est pallier un déséquilibre. Tourné quasi exclusivement vers les résultats économiques et la croissance, le progrès tel qu'il est aujourd'hui met de côté la dimension humaine, et le rapport au vivant.

Des solutions concrètes ont été pensées et sont déjà mises en œuvre. En Islande, la start-up CarbFix développe depuis 2015, suite à l'accord de Paris, une technologie futuriste qui permet de récupérer le CO2 dans l'air, de le filtrer pour ensuite le stocker dans le sous-sol. L'Écosse, de son côté, autrefois riche en hydrocarbures des Orcades, mise de plus en plus sur les énergies renouvelables et certains archipels sont d'ores et déjà autosuffisants grâce aux parcs éoliens en mer. À Vienne, des écoquartiers imaginés par des architectes et des promoteurs immobiliers avec le concours des pouvoirs publics alliant progrès technique et sobriété voient le jour. À Besançon, 70 % des habitants ont accès au compostage, contre 30 % en moyenne en France. Résultat : les poubelles grises ont diminué de moitié. Enfin, de nombreux acteurs réfléchissent, par exemple, à l'avion à hydrogène.

La liste pourrait être encore plus longue. Elle porte en elle un enseignement majeur : l'intelligence humaine, quand elle prend en compte la dimension intégrale du progrès, trouve des solutions innovantes et pérennes.

L'urgence est là. Il faut s'y confronter. Peut-être en changeant d'état d'esprit. Si le principe de précaution est philosophiquement crucial, il peut aussi constituer un frein à notre capacité à tester des solutions nouvelles que la crise climatique oblige à imaginer. Défendre plutôt un principe de responsabilité où chaque citoyen et chaque entreprise s'engagerait à dire et à faire, et à répondre de ce qui est engendré pourrait être la première pierre d'un édifice collectif tourné vers la réalisation concrète d'un éventail de solutions nouvelles. Le temps des actes est venu. Sans jamais perdre de vue qu'une société qui ne progresse pas est une société qui n'est pas tournée vers l'avenir. Pouvoirs publics, entreprises et citoyens, débattons du futur et, surtout, agissons.

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Commentaires 2
à écrit le 01/07/2022 à 18:26
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Ne pas confondre le mot "progrès" qui est une appréhension humaine, avec "l'innovation" qui n'est que technologique!

à écrit le 01/07/2022 à 13:49
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"Défendre plutôt un principe de responsabilité où chaque citoyen et chaque entreprise s'engagerait à dire et à faire, et à répondre de ce qui est engendré pourrait être la première pierre d'un édifice collectif tourné vers la réalisation concrète d'u...

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