La crise du coronavirus, un premier pas vers une paix économique ?

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La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron lors du sommet européen, le 21 juillet 2020.
La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron lors du sommet européen, le 21 juillet 2020. (Crédits : POOL)
OPINION. La prise de conscience récente de la nécessité de préserver ses partenaires économiques aura notamment eu raison des résistances nationales à engager un emprunt commun européen. Par Dominique Steiler, Grenoble École de Management (GEM) (*)

La crise sanitaire et économique liée à la Covid peut être vue comme un risque d'effondrement mondial, mais elle peut aussi être pensée comme le révélateur de notre interdépendance et le déclencheur d'une nouvelle façon de construire la vie en société et les relations entre les nations.

C'est notamment ce que laisse penser l'acceptation par les pays de l'Union européenne d'une dette commune pour soutenir les plus fragiles. Il nous semble cependant que des progrès sont encore à faire en la matière, car les discours de soutien naissent encore trop souvent de la conscience des risques économiques encourus par les pays les plus forts s'ils ne soutiennent pas les plus faibles et pas nécessairement d'une intention humaniste.

Cette prise de conscience des interdépendances fait écho aux travaux de l'économiste Georges de Ménil qui, dans son ouvrage sur l'interdépendance des politiques économiques des nations, évoquait en 1983 le fait qu'aucune nation, même parmi les plus puissantes, n'était en mesure de résoudre avec efficacité ses difficultés si elle agissait seule.

Une utopie en action

Aujourd'hui, les événements qui s'enchaînent nous montrent que les esprits s'ouvrent et qu'il nous faut agir pour pérenniser l'élan constructif et respectueux de la vie contenu dans cette période avant qu'une peur ou une finance incontrôlée ne réimposent leurs lois. Nous pouvons dire sans hésitation que jamais dans les années passées, il n'y avait eu autant d'efforts pour faire valoir la nécessité d'un agir ensemble.

Autrement dit, la paix économique semble prendre son essor. Ce principe, sur lequel nous travaillons depuis 2008, n'est pas une théorie économique, c'est en effet un engagement, une utopie en action qui nous propose un nouvel horizon. La paix économique redonne le pouvoir d'agir et de créer ensemble, de reprendre part à la vie économique en rejetant l'obligation à l'hyperconsommation et à l'hypercompétition.

Prenons quelques exemples pour illustrer cette montée en puissance. D'abord, s'est engagé récemment en Rhône-Alpes un travail dont l'intention est de mobiliser différents acteurs - préfecture, département, offices des HLM, entreprises privées et centre de recherche - pour transformer les relations, renforcer le tissu social et co-construire un territoire de paix en projetant de nouvelles idéalités et en conduisant des transformations pragmatiques : des cultures managériales, aux transports en passant par le logement ou les relations entre administrations publiques et entreprises privées.

À une échelle plus large, le plus complexe à faire évoluer tant les frontières réelles des pays ou virtuelles de la concurrence sont puissantes, la prise de conscience de la nécessité d'actions communes semble également apparaître au plus haut niveau.

Ainsi, Jürgen Braunstetter, chef du département supply chain (chaînes de fournisseurs) du groupe de pneumatiques allemand Continental nous donne un exemple de la montée en puissance de la prise de conscience dans le monde économique, dans une interview accordée au journal Le Monde en juillet dernier :

« L'Italie du Nord est très performante dans la production de certaines pièces qui sont essentielles dans l'industrie automobile : les pièces de fonte, les faisceaux de câblage, l'électronique et les techniques de connexion... Pendant les premières semaines de l'épidémie, j'étais en contact permanent avec les responsables des chaînes d'approvisionnement au sein de la fédération automobile allemande (VDA). Nous étions d'accord sur le fait que les fournisseurs d'Italie du Nord devaient continuer à produire le plus longtemps possible... L'expérience nous a rendus modestes ».

Bien sûr, il est probable que l'élan de ce regard nouveau a été guidé par la peur des conséquences pour le marché national de l'épidémie chez les fournisseurs étrangers, mais peut-être nous faut-il accepter qu'il n'y a en économie et en politique d'altruisme que dans un intérêt commun.

Du jugement moral à la compréhension

À cause de cette pandémie, « jamais encore la circulation des marchandises entre les pays de l'UE n'avait été autant perturbée. Jamais les industriels ne s'étaient à ce point rendus compte qu'ils dépendaient des frontières ouvertes et de la fluidité des chaînes de sous-traitance intraeuropéennes pour leur production », comme cela est très justement relevé dans l'article du Monde qui évoque Continental.

Enfin, la conscience de cette interdépendance aura eu raison des résistances nationales à engager un emprunt commun européen, ce qui est une révolution dans l'Union. Si l'on compare avec la gestion de la crise grecque il y a quelques années, l'expérience directe de tous les états européens face à la pandémie nous aura fait passer d'un jugement quasi moral sur un état défaillant, considéré comme « pécheur » à l'époque, à la compréhension de la nécessité d'une dette commune.

Si l'on reste à ce niveau macro, il convient de créer cette solidarité au-delà même de l'Union européenne, non plus en raison de la nécessité de protéger notre marché commun face à la concurrence, mais parce que ceux qui en ont les moyens, se doivent de soutenir les plus faibles pour juguler les pandémies à venir, ralentir le dérèglement climatique travailler au problème du manque d'eau et de la faim dans de très nombreux pays.

Pour l'ensemble de ces défis dans lesquels tous les acteurs sont de fait impliqués, nous le comprenons mieux aujourd'hui, la simple question des frontières et des chauvinismes économiques est devenue archaïque, obsolète et ridicule.

... Mais au-delà, pour avancer sur ce chemin périlleux faut-il encore repenser l'éducation de nos futurs leaders !

The Conversation ______

(*) Par Dominique SteilerTitualire de la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et paix économique, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2020 à 9:03 :
dette commune?
c'est pas complique, les gens n'en veulent pas sauf ceux qui doivent beneficier de la corne d'abondance
au passage rien n'avait ete prevu que deja l'espagne envisageait un revenu universel correct pour tous et ' paye par personne viia la dette commune'
de memoire les allemands ont accepte les ltro de la bce, mais a condition que ca soit loge dans les banques locales
en clair le jour ou la france degage a cause de son m'enfoutisme, elle remboursera les dettes via la banque de france qui emettra du papier cul qui a la meme valeur que le peso venezuelien!
vous avez envie de remborser le credit de la piscine de votre voisin alors que vous vivez dans un appartement pas trop grand?
non? he ben les gens du nord non plus
a écrit le 07/10/2020 à 8:44 :
Ce n'est pas une utopie que vous défendez, il ne faut pas donner du grain à moudre à vos adversaires, c'est une analyse logique au sein d'une économie totalement financiarisé menacée par la cupidité de ceux qui possèdent tout, inciter ces gens à investir plutôt que d'entasser leur pognon dans leurs paradis fiscaux c'est soutenir le système qui les enrichi.

Leur cupidité maladive est telle et leur pensée court-termiste à un tel niveau qu'ils sont dorénavant incapables même de voir ce qui est bien pour eux seulement à moyen terme, en massacrant l'humanité et la planète ces aliénés se massacrent eux-mêmes. C'est eux qui défendent leur utopie de pouvoir posséder tout de façon illimitée, il est vraiment là le point surréaliste et aberrant, il faut le répéter sans cesse, ces gens là courent après une chimère !

"la simple question des frontières et des chauvinismes économiques est devenue archaïque, obsolète et ridicule"

Non par contre ceci est une idiotie étant donné que l'adversaire peut sans problème retourner la sémantique en vous opposant que c'est la dictature du chauvinisme des plus pauvres qui ne veulent pas faire l'effort de se saigner (c'est ma façon de le dire à moi, eux utiliseront des tournures bien plus hypocrites) pour les pays les plus riches, donc cet argument du "chauvinisme" est plus que maladroit vous ne devriez vraiment pas vous y aventurez sans maîtriser totalement le sujet.

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