La dépénalisation du stationnement, première pierre de la smart city ?

 |   |  788  mots
(Crédits : Décideurs en région)
Le transfert aux villes de la gestion des amendes liées au stationnement es l'occasion de développer un système innovant. Par Xavier Vignon, président directeur général de Sogetrel, vice-président de la Fédération des Réseaux d'Initiative Publique (FIRIP) et Jacques Marceau, président d'Aromates, fondateur du Manifeste des Services et Commerces de Proximité.

Perçue par les uns comme une nouvelle et sournoise manœuvre visant à accabler encore davantage l'automobiliste de taxes, et par les autres comme la dernière invention de l'Etat destinée à se délester d'une mission aux dépens des collectivités territoriales, peu de voix s'élèvent pour saluer ce qui pourrait bien devenir le véritable coup d'envoi de la ville intelligente. La dépénalisation du stationnement devrait pourtant avoir des conséquences significatives sur la gestion des villes et leur modernisation, bien au-delà de son cadre initial de décentralisation et de désengagement de l'Etat.

 Reprise en main de leur espace public par les communes

En premier lieu, parce qu'elle offre l'opportunité d'une reprise en main de leur espace public par les communes. En effet, et à compter du 1er janvier 2018, le principe de fonctionnement du stationnement payant sur voirie sera profondément transformé : l'amende forfaitaire de 17€ perçue par le Trésor Public disparaîtra pour être remplacée par une redevance connue sous le nom de « Forfait Post Stationnement » (FPS) dont le montant sera intégralement fixé et perçu par les communes.

A l'heure actuelle, seulement 30% des usagers paient spontanément leur stationnement*, que ce soit sur horodateur ou par application mobile. Le coût moyen d'une place en voirie avoisinant les 30 000€, le manque à gagner pour les villes est donc significatif. D'autant plus que, contrairement à une idée répandue, les communes ne touchent aujourd'hui qu'une infime fraction des recettes des PV émis alors même que les coûts liés au contrôle et à la verbalisation sont élevés et croissants. De surcroît, le non-paiement du stationnement limite les rotations à la place et, incidemment, le nombre de places disponibles, entrainant des effets de congestion et une pollution supplémentaires dans les centres urbains.

Une politique de stationnement adaptée

Ce changement de régime juridique, en ouvrant la voie à la mise en place d'une politique de stationnement adaptée aux enjeux de chaque territoire, aura pour conséquences :

-        D'améliorer la circulation automobile et de diminuer la pollution tout en procurant des économies aux automobilistes. Faut-il ici rappeler que la recherche d'une place génère 10% de la circulation urbaine et représente 70 millions d'heures perdues pour les usagers* ?

-        De renforcer l'attractivité des centres ville grâce à une circulation plus fluide et à la mise en œuvre de tarifications adaptées (première demi-heure gratuite, barèmes spécifiques aux jours de marché, systèmes d'abonnements, mise en place d'un FPS minoré, etc.).

Ouvrir la voie à la "smart city"

Mais il y a plus encore : ce nouveau cadre va ouvrir la voie à ce qui sera sans doute la première pierre pour bâtir ce qui n'est encore qu'un concept futuriste : la « smart city ».

En effet, la réforme arrive au moment où les technologies permettant la gestion intelligente du stationnement sont matures et d'ailleurs déjà opérationnelles chez nos voisins européens comme la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou l'Espagne. Des technologies basées sur des réseaux de capteurs et terminaux connectés, permettant par exemple de détecter la présence de véhicules sur des places équipées, de localiser des places de stationnement libres, mesurer les rotations et temps d'occupation par emplacement et par zone, de contrôler à distance les stationnements gênants ou dangereux, de localiser en temps réel les agents pour pouvoir les redéployer en cas de situation de crise... Des technologies innovantes qui se révéleront vite indispensables, non seulement à la mise en œuvre de la réforme mais encore à son acceptabilité tant par les élus que par le public, en leur procurant des services aussi innovants qu'utiles.

Faciliter la vie

Certains esprits chagrins se sont étonnés que la mise en application de cette réforme, programmée au 1er janvier 2016, ait été repoussée après les grandes échéances électorales de 2017, y voyant une temporisation d'un gouvernement visiblement marqué par la violence de la contestation engendrée par la mise en œuvre de l'Ecotaxe. Cependant, les technologies de l'internet des objets et les services qui en découleront induisent une différence de taille entre cette malheureuse tentative et la réforme du stationnement. Même si cette dernière débouchera de toute évidence sur un rétrécissement des mailles du filet pour les contrevenants et, dans certaines communes, sur un renchérissement du stationnement payant, elle ne pourra qu'être accueillie comme un bénéfice si elle devient l'occasion d'offrir aux citoyens des services destinés à leur « faciliter la ville ». Car, en fin de compte, n'est-ce pas cela la vocation d'une « smart city » ?

 (*) Source SARECO

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/10/2016 à 18:23 :
L'équipe KazaKar croit très fort à ces initiatives autour de l'avenir et des smartcities. Notre communauté gratuite et son application correspondent à cet état d'esprit.
Avec plaisir nous présentons à votre équipe ou vos lecteur notre idée.
Cordialement
Brice FELDIS
a écrit le 25/09/2016 à 8:59 :
Article surprenant :

Sur les faits les amendes de stationnement passe de l'état aux mairies ...Perso je vois pas un changement sauf peut être remplacer trésor public par autre chose !

Dans les résultats c'est smart city , votre vie va être améliorée , vous trouverez plus facilement une place de parking , moins de pollution ... On nous vend du rêve ...

Ce qui va ce passer et c'est pas dit c'est une augmentation de cette amende qui bien entendu ne sera pas du a l'état mais au commune ...

Fantastique la manière de nous vendre une augmentation ! Un peu comme les impôts qui baissent ( pas remarqué ) et la taxe d'habitation qui tous les ans prend 10% ...
a écrit le 23/09/2016 à 20:36 :
D'habitude les articles de la tribune sont plus indépendants et réalistes !
30KE une place de parking... Ca fait cher le m2 !! Quoi que amortie sur 40 ans elle est très vite rentabilisée !
Au fait, saviez-vous qu'il est actuellement impossible de payer votre stationnement si vous arriver 2 minutes avant l'heure à laquelle il devient payant (9h)
Le taux d'impayé n'est pas uniquement du à la fraude mais aussi à l'incompétence de la mairie...
a écrit le 23/09/2016 à 13:37 :
"Le coût moyen d'une place en voirie avoisinant les 30 000€" sans blague ? faire juste des pointilles en peinture sur la route ca coute si cher ? que les communes veuillent se financer ets une chose, qu elles veuillent reduire la place de la voiture une autre mais dire qu une place de stationnement au bord d une rue coute 30 000 € c est n importe quoi !
Réponse de le 06/10/2016 à 11:10 :
Merci de vous renseigner, à Lyon la création d'une place de stationnement avoisine même les 60K. LA question est plutôt de savoir pourquoi on en arrive à des tarifs aussi exorbitants. Croyez vous vraiment que les mairies soient ravies de payer des tarifs pareils? cela ne profite à personne si ce n'est les sociétés dans le génie civil et le BTP !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :