La fin de "l'Angelakadit"

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(Crédits : DR)
Tant, en Allemagne que dans l'Union, la chancelière commence, à être sérieusement contestée, pour la première fois depuis dix ans. par Nicolas- Jean Brehon, enseignant à Paris I Panthéon Sorbonne

Madame Merkel est, sans conteste, le maitre du jeu européen. Nul ne lui conteste sa place. C'est elle qui donne le ton, la direction. Elle en use et en abuse depuis de nombreux ses années. La chancelière allemande joue un peu le rôle de maître Jacques, grand prêtre du compagnonnage. Maître Jacques ou plutôt maître du jeu qui porte son nom, « Jaques a dit ». Ce fut un jeu de société fameux dans les colonies de vacances de jadis. Il y a un maître du jeu - Jaques- qui donne des ordres. Mais ces ordres ne doivent être exécutés que lorsque la phrase commence par « Jacques a dit ». En l'espèce Angelacqu-a-dit. Angelakadit de faire telle chose et tout le monde le fait. Quand ce n'est pas Angela qui le dit, perdu, on est éliminé.

Voilà dix ans que Mme Merkel règne sur l'Union européenne (UE). Les exemples sont nombreux. Angelakadit que la Grèce, ça suffit, devait faire des réformes et la Grèce fit des réformes. En 2011, le premier ministre grec, M. Papandréou, annonce un référendum sur le plan de sauvetage européen. Angelakadit pas de référendum et M. Papandréou a renoncé au référendum. En juin 2015, son ministre des finances, Wolfgang Schlaube, annonce que l'Allemagne se prépare à laisser tomber la Grèce, perdu. Car Angela n'avait pas dit. En 2012, lors de la négociation du cadre financier pluriannuel Angelakadit que le budget de l'UE ne devrait pas dépasser 1% du revenu national brut (RNB) européen. Et le budget ne dépasse pas 1 %.

En 2007, la France lance l'idée d'une Union pour la Méditerranée avec les pays de la Méditerranée. Angelakadit ce sera avec l'UE ou ce ne sera pas et ce fut avec l'UE. En 2011, Angelaka-dit qu'elle n'accepterait pas la réforme de l'abandon du régime des droits de plantation des vignes, pourtant votée par le Conseil quelques mois auparavant, et la réforme fut réformée. En septembre 2015, Angelakadit que l'UE devait accueillir des réfugiés et l'Europe a adopté un premier plan d'accueil - de relocalisation- de 120.000 réfugiés.

Un calcul économique opportuniste ?

D'autres plans viendront inévitablement. L'Allemagne ouvre ses portes mais, après un moment d'euphorie, trouve que l'afflux des réfugiés (1 million) est tout de même un peu trop massif. Nul doute que la chancelière va faire appel à la solidarité de ses partenaires pour un partage plus équilibré. Sauf que le jeu dure depuis longtemps et que les sujets partenaires commencent à s'interroger.

Pour qui connait les Allemands, cet humanisme placardé prête un peu à sourire. Ne masquerait--il pas plutôt un calcul économique opportuniste ? Les Allemands ne font pas assez d'enfants, la population allemande diminue depuis dix ans, et les réfugiés viennent à point pour compenser ce déclin démographique. Sans compter que beaucoup sont déjà formés et prêts à travailler pour un salaire qui permettra à l'Allemagne de garder sa sacro-sainte compétitivité qui fait la force du pays. Sans compter non plus les ressorts intimes d'une décision lourde de sens. Même s'il s'agit, je le concède, de la psychologie à la petite semaine, il y a certainement des raisons intimes à ce choix. Pour Mme Merkel, fille de pasteur et sans enfant, cet accueil est tout autant un mélange de tradition familiale et une compensation. Sans oublier que l'Allemagne garde une blessure historique qui la taraude malgré elle.

Angela contestée

Puisque l'Allemagne cherche au moins autant ses propres intérêts que le salut des migrants, son discours volontiers moralisateur commence à irriter. L'Allemagne a demandé à ses partenaires d'ouvrir leurs portes. Certains n'ont fait que les entrouvrir. Les ouvrir plus largement ne sera pas facile. Les premières dérives du grand sauvetage humanitaire se sont produites. Tout a commencé soft. Les migrants, pourtant nombreux, sont longtemps restés invisibles.

A peine les remarquait-on quand ils sautaient les portiques de métro ou qu'ils traversaient les rues sans y être autorisés. Admettons qu'il ne sera pas facile d'imposer à quelqu'un qui fuit la misère ou la guerre d'attendre sagement que le feu soir rouge pour traverser. Les évènements de Cologne, le harcèlement sexuel de femmes allemandes par des bandes de jeunes mâles - même si apparemment la plupart étaient installés en Allemagne depuis longtemps et n'étaient donc pas des réfugiés- donne un coup de froid autrement plus sérieux. Tant, en Allemagne que dans l'Union, la chancelière commence, à être sérieusement contestée, pour la première fois depuis dix ans. Demain, quand Angela dira, on lui répondra « Angela ferme là ».

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Commentaires
a écrit le 21/01/2016 à 17:29 :
Mare de Merkel et junker

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