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La finance est-elle toujours l'ennemie de la gauche ?

Simon Daragon

Publié le 03 septembre 2024 à 06:00

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Avant que le Président de la République ne rejette fermement sa candidature à Matignon, Lucie Castets a ravivé un débat central : la finance est-elle encore l'ennemi de la gauche, ou ce discours relève-t-il d'un dogme obsolète ? Par Simon Daragon, docteur en droit fiscal, maître de conférence à l'Université Catholique de Lille (*)

En évoquant un prétendu rétablissement de cette mesure, Castets semble ressusciter un réflexe idéologique où la finance est systématiquement diabolisée. Mais cette posture, aussi confortable soit-elle politiquement, risque de faire l'impasse sur les réalités économiques actuelles et d'engendrer des politiques contre-productives.

« Exit Tax » : un outil obsolète pour contrer l'évasion fiscale ?

Rappelons-le, l'« Exit Tax », instaurée en 2011 sous Nicolas Sarkozy, avait pour objectif de freiner l'évasion fiscale des chefs d'entreprises français tentés par l'exil fiscal, notamment vers la Belgique à l'image de Pierre Édouard Stérin par exemple et de ses montages financiers pour ne pas avoir affaire avec la fiscalité française. Cette taxe imposait une plus-value latente sur les entrepreneurs quittant la France, une mesure drastique visant à récupérer une part des richesses avant qu'elles ne s'évaporent sous d'autres horizons fiscaux.

Cependant, bien que l'intention soit claire, la mise en œuvre de cette taxe a rapidement montré ses limites. Les entrepreneurs devaient valoriser leurs entreprises, calculer la plus-value théorique, et se soumettre à une série d'obligations déclaratives, un véritable casse-tête administratif. En 2018, Emmanuel Macron, soucieux d'une part, de l'attractivité de son pays aux investisseurs et de l'autre, de la décomplexification du suivi des dossiers, a assoupli cette taxe, permettant un sursis d'imposition et réduisant les contraintes sur la durée de détention des parts après le départ.

Les effets réels de l'« Exit Tax » sur l'économie française

Il est à noter que l'« Exit Tax » à cause de tout ce schéma de mise en place et de contrôle complexe des contribuables français partis à l'étranger, n'a généré que 70 millions d'euros en 2017 contrairement aux 200 millions prévus à sa création. Autant dire que parler de "rétablissement" de cette taxe est non seulement erroné, mais relève d'une incompréhension flagrante de la situation

En dépit de ces ajustements, l'« Exit Tax » demeure une mesure controversée. Non seulement sa complexité en fait un casse-tête pour les entrepreneurs et les conseillers fiscaux, mais son efficacité est aussi largement remise en question. La traçabilité des entrepreneurs une fois qu'ils ont quitté la France est difficile, et si une entreprise est dissoute avant le départ, la taxe ne s'applique même pas. Ce dispositif, qui se voulait un rempart contre l'évasion fiscale, se heurte à la réalité d'un monde économique globalisé où les frontières fiscales deviennent poreuses.

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De plus, les chiffres montrent que l'« Exit Tax » n'a pas l'effet dissuasif escompté. La majorité des entrepreneurs expatriés reviennent en France au bout d'un an, ce qui laisse penser que le phénomène d'évasion fiscale est peut-être surestimé et que le cadre juridique stable ainsi que les dispositifs de soutien à la recherche et l'entrepreneuriat suscite probablement un manque chez certains. Paradoxalement, en complexifiant la fiscalité et en décourageant les investisseurs de s'installer en France, l'« Exit Tax » pourrait bien miner l'attractivité du pays.

Finance versus économie réelle : un malentendu incessant

La question est donc posée : la finance est-elle vraiment l'ennemi de la gauche, ou cette idée relève-t-elle d'un discours idéologique figé ? Continuer à brandir la finance comme un épouvantail peut rassembler certains électeurs, mais c'est un leurre dangereux. Les enjeux économiques actuels appellent à une réflexion plus fine, plus stratégique.

De plus, il est crucial de ne pas confondre la finance avec l'économie réelle, deux domaines aux dynamiques fondamentalement distinctes. La finance se concentre sur les transactions d'actifs financiers, alors que l'économie réelle concerne la production de biens et de services tangibles, au cœur de laquelle opèrent environ 90 % des PME françaises.

Ces entreprises sont les véritables moteurs de la croissance et de l'emploi. À l'inverse, l'« Exit Tax », souvent brandie comme une mesure symbolique de lutte contre l'évasion fiscale, a un impact marginal sur l'économie réelle, avec des résultats fiscaux bien en deçà des attentes. S'acharner sur cette taxe plutôt que d'adopter des réformes structurelles et innovantes revient à s'accrocher à des réflexes idéologiques dépassés, détournant le débat des véritables priorités économiques. Pour bâtir une société plus équitable et prospère, la gauche doit se libérer de ses réflexes et s'engager dans un débat constructif sur la modernisation de notre système économique et fiscal, en phase avec les défis du XXIe siècle.

______

(*) Docteur en droit fiscal, Simon Daragon enseigne en tant que maître de conférences à l'université. Il a étudié à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, où il s'est spécialisé en droit fiscal et en fiscalité internationale. Il a également travaillé pour divers cabinets d'avocats et entreprises, et il donne des conférences en France et dans le monde.

Simon Daragon

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