La France des assignés à résidence

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Michel Santi.
Michel Santi. (Crédits : DR)
La révolte française des moyens et des derniers de cordée montre une fois de plus que ce pays est toujours aux avant-gardes des luttes car les Français ont été les premiers à se rendre compte du prix à payer pour le climat. Par Michel Santi, économiste (*)

L'affaire est entendue, et ancienne: à savoir ce clivage profond entre les élites politico-économiques et la majeure partie de la population. Et voilà qu'Emmanuel Macron s'était intelligemment engouffré dans cette brèche, lui qui tenait, durant sa campagne électorale, de multiples réquisitoires à l'encontre de l'orthodoxie. Quelle mouche l'a cependant piqué pour se muer dès les premiers jours de sa Présidence en ardent défenseur du thatchérisme ? Comment et pourquoi une rhétorique est-elle susceptible de passer de compassionnelle en quasi-méprisante envers les gens ordinaires ? Et comment Macron - cet anti-Trump congénital - peut-il adopter des mesures favorisant les riches que le président américain lui-même n'oserait passer ?

Comment cet homme au flair aiguisé s'est-il laissé aller à afficher son dédain vis-à-vis de ces couches populaires ayant plus que jamais besoin d'empathie ? Les « premiers de cordée » mis en exergue par un président qui se voulait rassembleur font immédiatement penser à l'arrogance d'une Hillary Clinton (qui l'a chèrement payé) ayant traité de « déplorables » les électeurs et partisans de Donald Trump.

Qui va payer pour le climat ? Le moment de la clarification est venu

Non, la France ne s'est pas enflammée pour le dernier round des augmentations de taxes et autres prix de l'énergie. Elle se rebiffe car c'est toujours les mêmes qui paient le prix de la globalisation et des politiques néolibérales rognant jour après jour leurs acquis sociaux et leur niveau de vie. La France des moyens et des derniers de cordée vient en outre de se rendre compte que c'est à elle que l'on demande (encore) de régler la note de la lutte contre les changements climatiques.

Le moment est donc venu de procéder à une clarification essentielle : qui paiera le prix de ces transformations fondamentales qui permettront à la France d'apporter sa contribution au climat ? Car il est désormais crucial de se montrer honnête et courageux en prévenant nos concitoyens que cette lutte écologique ne se fera pas sans une réduction drastique de la croissance et donc par une division quasiment par deux de leur pouvoir d'achat. Cette problématique concerne, du reste, l'ensemble des nations occidentales dont les populations ont droit à la vérité : la lutte contre le réchauffement climatique ne pourra se réaliser qu'à la faveur de l'introduction d'une multitude de taxes et de pénalités qui les appauvriront tous.

La France encore une fois à l'avant-garde

De ce point de vue, la révolte française montre une fois de plus que ce pays est toujours aux avant-gardes des luttes car les Français ont été les premiers à se rendre compte du prix à payer pour le climat. Emmanuel Macron l'intuitif avait écrit un livre dont le titre - « Révolutions » - concernait surtout la France qui allait bien, celle de la mobilité et des villes. Ce n'est donc pas par hasard si c'est sur le terreau de la mobilité que s'est construite la révolte de celles et ceux - nombreux - en France sont comme assignés à résidence et qui se sont insurgés contre la France des premiers de cordée globalisés.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin

Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2018 à 17:17 :
La solution est déjà dans le titre : il suffit d'assigner à résidence tous les français. C'est déjà le cas des fonctionnaires qui ont cotisé en France pour leur retraite : même s'ils s'installent à l'étranger, avec toute leur famille et leurs biens en changeant de nationalité, ils restent "résident fiscaux français" à vie. C'est un record mondial aussi, puisque même aux Etats Unis on peut échapper à la résidence fiscale en changeant de nationalité. Cocorico !
Historiquement, il n'y a que l'URSS qui a fait mieux, avec le mur de Berlin. Mais elle ne prétendait pas être le pays de la "Liberté".
On peut aussi citer le record mondial des prélèvements fiscaux lors de l'achat d'un logement (les fameux "frais de notaire") qui touchent tout le monde et dissuadent radicalement la mobilité.
Bien sûr, on sait où ces mesures de captivité ont conduit l'URSS et conduisent toutes les mesures liberticides censées favoriser la collectivité au détriment des initiatives individuelles : le "mourir ensemble" !
a écrit le 10/12/2018 à 16:48 :
Faire payer les personnes physiques riches plutôt que les personnes physiques pauvres n'est pas une orientation moins libérale. C'est juste une orientation plus à gauche. Ca ne dispense pas d'équilibrer les comptes, de décentraliser en allégeant l'état, d'améliorer la compétitivité des administrations et de décharger les entreprises qui sont en concurrence à l'international. On peut faire payer les riches sans rétablir l'ISF ni pénaliser les investisseurs en actions. Tout dépend si les riches en profitent à titre personnel ou aident au développement des entreprises françaises.
a écrit le 10/12/2018 à 12:17 :
Macron est entouré de dir cab et de conseillers trentenaires: soit, mais à part avoir écouté des cours à l'ENA , Polytechnique et autres hautes écoles, que connaissent ils réellement de la vie? De plus, ce sont très souvent des personnes venant de milieux très aisés ou très inféodés au pouvoir (fils de militaires, hauts fonctionnaires). Comment peuvent ils savoir comment un ménage vit avec 2000 euros par mois, lorsque ce n'est que la somme de leur argent de poche !!! Cela fait des décennies que nous sommes menés par cette société hors sol appuyée dorénavant par une aristocratie journalistique irréaliste ne se résolvant pas à rester dans le fait de rapporter des actes mais à afficher leur état d'âme.
Réponse de le 10/12/2018 à 14:50 :
Pour resumer, si tu es dircab, conseiller trentenaire, ou fait une grande ecole, ou d'un milieu aise, ou d'une famille de militaire ou haut fonctionnaire, tu es forcement sans capacite d'empathie, sans envie de faire avancer ton pays et tu t'en fiches du bien etre de tes concitoyens...J'ai tout juste? C'est bien de ne pas tomber dans la caricature cher trambdx
Réponse de le 10/12/2018 à 16:52 :
Vous savez, des polytechniciens, il n'y en a plus beaucoup (sauf dans l'armement). Ils sont maintenant dans le privé. On a malheureusement un étage politique et administratif qui méconnait de plus en plus la technique et même l'économie quantitative...
a écrit le 10/12/2018 à 9:23 :
"Et comment Macron - cet anti-Trump congénital - peut-il adopter des mesures favorisant les riches que le président américain lui-même n'oserait passer ?"

Bon ben je ne retrouve déjà plus la dépĉhe afp citant TRump, si je veux trouver des photos des gros nichons de n'importe quelle starletté débile il n'y a pas de problème par contre...

Bref Trump disait que le traité de Paris ne pouvait que générer une crise énergétique pour les classes moyennes tout en favorisant les plus gros pollueurs tels les chinois.

Bref TRump est le premier des gilets jaunes mais il est soit disant détesté par els français, en tout cas par les médias de masse européens c'est sûr et certain, quelqu'un qui à la fois réfléchi et parle intelligemment forcément au sein de l'empire des neuneux néolibéraux...

Notre président serviteur des marchés financiers européens n'est par contre pas capable de raisonnement du coup difficile d'entrevoir une porte de sortie sereine à cette crise générée par les serviteurs des évadés fiscaux.
Réponse de le 10/12/2018 à 16:57 :
Evitez le terme néolibéraux. Il ne veut rien dire. Trump est évidemment libéral. Par contre il n'est pas internationaliste et il est plutôt climatosceptique.
Réponse de le 10/12/2018 à 19:33 :
"L’essence du néolibéralisme"

"Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur." https://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/3609 (article gratuit et indispensable)

Par ailleurs j'oppose le néolibéralisme, donc, européen au libéralisme de Trump oui bien entendu.

"Par contre il n'est pas internationaliste et il est plutôt climatosceptique."

N'importe quoi.

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