La Francophonie, le cercle vertueux des relations culturelles, de la diplomatie publique et du « soft power »
Véronique Chabourine

Photo d'illustration
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Véronique Chabourine

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Le 4 octobre dernier, lors du sommet de la Francophonie à la Cité international de la langue française, Emmanuel Macron a réaffirmé que la Francophonie ne devait plus être perçue uniquement comme un espace de promotion de la langue française, mais comme un levier stratégique d'influence diplomatique. Dans un contexte international marqué par des crises multiples - économiques, environnementales et sécuritaires - le président français a souligné que la francophonie devait s'inscrire au cœur des grandes initiatives mondiales. Il a ainsi appelé à repenser cet espace linguistique et culturel comme une plateforme globale, capable de générer un dialogue constructif entre les nations et proposer des solutions face aux défis contemporains. Ce discours incarne la transformation de la Francophonie, qui, d'un outil de coopération culturelle, devient un instrument de diplomatie publique et de « soft power » pour la France sur la scène internationale. Cette évolution fait écho à une tendance plus large, ou les relations culturelles, longtemps sous-estimées, se révèlent être des vecteurs privilégiés d'influence et de coopération.
En 2024, la francophonie constitue un espace international regroupant 88 États et gouvernements, réunis au sein de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et représentant 321 millions de locuteurs, à travers le monde. Un chiffre qui devrait atteindre 750 millions d'ici 2050, principalement grâce à la croissance démographique. La francophonie se trouve actuellement à la croisée des défis structurels, budgétaires et géopolitiques. D'après le plus récent rapport de l'UNESCO, le World Atlas of Languages, l'influence croissante de l'anglais, notamment à travers les réseaux sociaux et les nouvelles technologies a un impact notable, particulièrement parmi les jeunes générations. Ce phénomène est observé dans certaines régions comme l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne en particulier au Maghreb. Cette tendance au recul n'est pas uniforme, mais concerne principalement des contextes où l'anglais gagne en importance dans l'éducation, les affaires et la diplomatie et touche également les institutions internationales. En septembre dernier, la résolution biennale sur le multilinguisme adopté par l'ONU et facilitée par le Groupe des Ambassadeurs francophones, réaffirme l'importance de promouvoir la diversité linguistique au sein des Nations Unies et de leurs institutions. Les contraintes budgétaires de l'OIF se traduisent par un budget globalement stable, ponctué d'ajustements à la baisse occasionnels. En 2023, par exemple, dans le budget, les investissements et la modernisation ont été réduits de 525.000 euros, reflétant les limites financières qui pèsent sur la capacité d'action de l'organisation. Enfin, les crises politiques récurrentes en Afrique de l'Ouest et le rejet croissant de la présence française dans plusieurs pays francophones, comme le Mali ou le Niger, soulignent des tensions géopolitiques qui fragilisent la cohésion de cet espace.
L'Afrique compte 32 des 88 États membres de l'OIF, et 60% des locuteurs francophones, l'Afrique représente le cœur de la Francophonie, une proportion qui devrait atteindre 85% d'ici 2050. Cette répartition géographique offre à l'OIF une opportunité unique de dynamiser son influence dans des régions en pleine croissance démographique et économique dans des secteurs stratégiques comme l'entreprenariat, l'innovation numérique et les industries culturelles. Cette année, le sommet de la Francophonie s'est articulé autour du thème « créer, innover et entreprendre en français », marqué par la volonté de renforcer le rôle de la langue française comme vecteur de croissance économique et culturelle dans l'espace francophone. Parmi les priorités définies, le soutien à l'entrepreneuriat et à l'innovation numérique occupe une place centrale, avec un accent mis sur l'éducation pour améliorer l'employabilité des jeunes francophones. Par ailleurs, un volet essentiel concerne la résolution des crises et le renforcement du multilatéralisme, avec une Francophonie mobilisée pour jouer un rôle de diplomatie dans les conflits.
La stratégie adoptée cette année par l'OIF repose largement sur la diplomatie publique, en mobilisant les leviers de la culture, de l'éducation, et de la coopération économique pour influencer les sociétés civiles des pays membres. Cependant, elle englobe également des éléments de diplomatie traditionnelle, notamment avec un engagement actif dans la résolution des crises, en particulier dans le Sahel.
Dans le cadre des relations internationales, il est essentiel de distinguer les différentes formes d'influence déployées par les États. La diplomatie traditionnelle repose sur des négociations directes entre gouvernements, visant à résoudre des conflits ou à établir des partenariats formels. En revanche, la diplomatie publique élargit cette approche en ciblant directement les opinions publiques étrangères à travers des initiatives culturelles et éducatives. Enfin, le « soft power » ne se limite pas à la diffusion de valeurs culturelles et d'idées, mais englobe un spectre plus large qui touche aussi bien les populations que les piliers fondamentaux du développement. Il exerce une influence par l'éducation, l'innovation, la gouvernance et les politiques de développement durable. Le « soft power » se distingue principalement de la diplomatie et de la diplomatie publique par son mode d'action indirect et façonne les perceptions à long terme.
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Les relations culturelles créent un climat de confiance entre les États en encourageant la compréhension mutuelle et en tissant des liens interpersonnels. Des études comme celles menées par le British Council, montrent que la coopération culturelle, à travers des échanges éducatifs, artistiques ou linguistiques, crée une base de confiance durable entre les États et leurs citoyens, rendant ainsi les négociations diplomatiques plus efficaces. Les relations culturelles peuvent permettre de bâtir un terrain favorable à la diplomatie publique. Un exemple illustratif dans le rapprochement des États après des périodes de tension, comme l'a démontré la réconciliation symbolique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud grâce à l'UNESCO.
Le cercle vertueux s'opère lorsque les relations culturelles, qui reposent sur la coopération mutuelle, se traduisent par une diplomatie publique efficace. Cela renforce l'image d'un État à l'international, tout en lui permettant de mieux dialoguer et coopérer avec d'autres pays sur des enjeux globaux, tels que la paix, l'économie ou le climat. En retour, cette influence culturelle renforce le « soft power » d'un pays : attirant talents et investissements, tout en diffusant ses valeurs au niveau international.
Pour la France, les relations culturelles ー avec les piliers culture et héritage dans le classement de Brand Finance ー constituent depuis longtemps un pilier fondamental de son « soft power », ce qui lui permet d'occuper la deuxième place mondiale dans les classements de cet indice. La position stratégique de la France au sein de la Francophonie lui offre l'opportunité de renforcer globalement son « soft power » et de renforcer son influence sur des piliers de durabilité, d'éducation et de gouvernance ー notamment à travers des initiatives de paix. Les relations culturelles et la diplomatie publique permettront d'accroître précisément les indices d'influence et de familiarité internationale.
Ainsi, la France pourra renforcer son rôle de leader mondial et devenir un acteur clé dans la réponse aux crises globales, qu'il s'agisse de défis climatiques ou d'opérations de maintien de la paix.
Véronique Chabourine