La longue décadence de l'économie italienne

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la longue décadence de l'économie italienne

 Le commerce extérieur est un véritable boulet pour l'économie française. Sa contribution à la croissance est négative depuis près de 20 ans, à l'exception de la parenthèse de 2012-2013, conséquence sur les importations de la mise en coupe réglée de la demande domestique à la suite du plan de rigueur Fillon.

Le commerce extérieur a coûté plus de 6 points de croissance depuis 1998. L'analyse du taux de couverture (soit le rapport entre les exportations et les importations) sur longue période révèle également à quel point la situation est critique. Vu sous cet angle, les déséquilibres actuels de la balance commerciale sont les plus longs et les plus profonds.

La double cassure des exportations et des importations

Il y a certes eu de sévères accrocs au milieu des années 70 ou au début des années 80, contrecoups des chocs pétroliers et des politiques de relance keynésiennes des gouvernements Chirac et Mauroy. Sans coordination avec nos plus proches partenaires, elles ont dynamisé les importations au moment même où la demande mondiale adressée aux entreprises françaises tombait en panne, mettant à terre les exports. Mais aujourd'hui rien de tel. La flambée des matières premières avant la grande récession, puis en 2010-2011, a en fait amplifié un mouvement déjà enclenché.

Le véritable tournant se situe peu avant le milieu des années 2000. Les performances extérieures françaises décrochent brutalement entre 2003 et 2010. Et la comparaison avec les autres pays de la zone euro traduit l'acuité du problème français. La France régresse plus que les autres sur ses marchés d'exportation. Même tendance sur le marché intérieur. Le taux de pénétration des importations, qui décolle peu avant le milieu des années 2000, n'a cessé de grimper depuis. C'est le signe d'une hausse des intrants importés, commune à toutes les économies, mais aussi de l'abandon de segments entiers de production.

Cette double cassure, interne et externe, est la conséquence de trois faiblesses majeures et d'un décalage. Les faiblesses : une compétitivité dégradée, un mauvais positionnement géographique et des produits, et un appareil exportateur atrophié. Quant au décalage, il est démographique et crée un décalage de demande intérieure.

Les cinq grandes faiblesses de la France

Côté compétitivité, le coût du travail en France est passé dans l'industrie et les services marchands de 24,4 euros de l'heure (salaire brut et charges employeurs comprises) à 37,1 euros, hissant la France au rang de pays le plus cher des grandes économies européennes. C'est plus qu'en Allemagne, dont la compétitivité hors-prix des produits est pourtant jugée très supérieure, et bien plus élevé qu'en Italie dont la qualité de la production est jugée très proche des standards français.

Autre travers, l'essentiel de la production française est de moyenne gamme, coincée entre les pays à bas coûts qui exportent des produits à bas prix et ceux spécialisés dans les productions à forte valeur ajoutée. A cela s'ajoute un positionnement trop "européano-centré" : 59% des exportations françaises sont destinées à l'Union européenne. A l'opposé, les BRIC pris comme étalon des pays émergents, et les Etats-Unis, de loin le pays avancé le plus dynamique, captent seulement 14,5% des exports français. Une part qui monte à 15,5% en Italie et à plus de 19% en Allemagne.

Troisième faiblesse, l'atrophie de notre base exportatrice, l'une des conséquences de la désindustrialisation. Le socle est réduit par rapport à nos voisins : pour 100 entreprises exportatrices françaises, on en compte 171 en Italie et 265 en Allemagne. Quant à l'évolution du nombre d'exportateurs, cela n'augure rien de bon pour la suite.

Et il faut encore ajouter la balance des services, en perdition, pour achever l'analyse et s'apercevoir que la France perd aussi cette bataille-là.

Les problèmes du commerce extérieur français sont structurels et aucune amélioration n'est à espérer à court terme. C'est bien pourquoi 2% de croissance de façon durable en France, c'est juste mission impossible.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 01/04/2018 à 18:01 :
La solution, pour faire plier la Chine et l'Allemagne, serait de pénaliser les pays selon les excédents des balances commerciales. Il est bien évident que l'on ne peut pas accepter des excédents permanents et énormes surtout comme ceux de l'Allemagne dans l'UE. Les excédents de l'Allemagne provoquent le chômage et l'exode des jeunes dans les pays déficitaires, ceux-ci se désindustrialisent, entre autres la France et l'Italie. Beaucoup de jeunes, souvent hautement qualifiés, quittent le vieux continent pour aller renforcer les économies Outre-Atlantique et Australie. Le dumping social compétitif, préconisé par l'Allemagne pour les pays déficitaires, n'est pas la solution, ces pays ne peuvent gagner cette compétition, étant défavorisés par des facteurs naturels et immuables dont ils ne sont pas responsable. Ces excédents chroniques et énormes causent des dommages irréversibles à l'UE. - Les voix du monde: Le nombre des expatriés est de plus en plus nombreux : 2,5 - millions de Français vivent hors de la France. La moitié des expatriés sont en Europe. - 24 ORE Italia : 2017 Oltre 250mila italiani emigrano all’estero, quasi quanti nel Dopoguerra
a écrit le 27/03/2018 à 10:41 :
L'un de mes professeurs à Bordeaux, Jacques Ellul, s'amusait à relever les titres du Monde en contradiction avec le contenu que peu de lecteurs lisaient !Merci pour l'exemple !
Réponse de le 27/03/2018 à 14:23 :
@Filou a écrit 27/03/2018 10:41
En effet, je me suis demandé si je m'étais trompé d'article et j'attendais de lire une comparaison France/Italie -:)
Plaisanterie mise à part, l'article de monsieur Alexandre Mirlicourtois n'est pas réjouissant et j'espère que sa conclusion est erronée, en ce sens, qu'il va bien falloir qu'on se démène pour redresser notre compétitivité à l'extérieur.
Cordialement
a écrit le 27/03/2018 à 9:12 :
Il suffirait d'appliquer la note n°6 du CAE pour régler la situation. Mais qui est capable de le comprendre? Cela correspondrait à une augmentation du prix de l'énergie, ce qui permettrait de protéger le climat et de réduire le chomage. Il faut raisonner "à niveau constant".

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