La tectonique des plaques des droites, ou la dérive des principes
Francis Daspe

Photo d'illustration
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La dérive des continents de la galaxie droite et extrême droite a provoqué des rapprochements, davantage prévisibles qu'inédits, sans qu'il soit toujours aisé de distinguer dans quelles proportions il en résultera porosité ou heurts.
On savait déjà à quel point Emmanuel Macron avait été en 2017 le plan B de l'oligarchie. Aujourd'hui, dans la grande famille des possédants unie par une solidarité de classe, il devient délicat de savoir qui est le plan B de qui. En réalité, on observe une prolifération de plans B réciproques, au sein d'un entre soi cimenté par de multiples connivences, quand il ne s'agit pas de consanguinité en bonne et due forme.
Ceci n'est guère surprenant, s'inscrivant dans la veine accordant une préférence assumée à Hitler plutôt qu'au Front populaire. En retour, Macron et Les Républicains servent plus que jamais de levier à l'extrême droite pour la réalisation de son entreprise de dédiabolisation et de banalisation ; cette dernière reçoit désormais les sésames requis pour intégrer le prétendu arc républicain et participer au bal. Les Républicains servent de béquille au Président Macron afin d'acter définitivement et irrémédiablement le fait que la macronie soit de droite et de droite, nouvelle version actualisée de la fiction du « et en même temps ». L'absence de majorité parlementaire des macronistes permet à la droite classique du groupe Les Républicains de se donner l'impression qu'elle compte encore en dépit de sa désagrégation avancée. Peut-être la Macronie, pour pallier son insuffisance avérée de talents, aspire à transformer Les Républicains en un éventuel vivier de dirigeants potentiels dans lequel puiser, au gré des ambitions et des débauchages, comme l'illustrent les exemples des Le Maire, Darmanin, Philippe ou Castex.
Dans ce panorama il convient de s'attarder sur le rôle singulier, et paradoxal, tenu par Eric Zemmour. Décomplexé et peu préoccupé par l'impératif de dédiabolisation, il s'engage pleinement dans la bataille idéologique pour en repousser autant que faire se peut les limites, ou les dérives, c'est selon les points de vue. Mais parallèlement, il appelle à une union des différentes familles historiques de droite, sur des bases communes à la droite extrême et à l'extrême droite. Dans cette optique, dénonçons d'emblée l'enfumage que constitue la tentation évoquée par certains d'un partage des tâches (ou d'une synthèse) entre les questions régaliennes, attribuées à une droite plus dure, et les questions économiques et sociales, réservées à une droite plus libérale. Chacune des composantes de ce vaste espace de conservateurs et de réactionnaires possède en elle ces deux dimensions. Seules la priorité et la proportion peuvent varier. C'est en cela que consiste sans nul doute la « synthèse bollorienne » dans son accomplissement le plus parfait.
C'est inquiétant, car cela équivaut à l'acceptation de thèses nauséabondes et nauséeuses. Elles finissent par accoucher de la bête immonde. Car la porosité n'empêche pas le surgissement de catastrophes sismiques de grande ampleur.
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Il y aura nécessairement des heurts. Car par delà les intérêts de classe communs, les ambitions et les esprits de chapelle s'entrechoquent en fin de compte plus ou moins violemment. Il n'y a qu'à observer comment certaines oppositions de façade, effectivement très largement factices, sont surjouées. Ce fut le cas au moment de la loi sur les retraites, c'est le cas pour celle sur l'immigration. Ces oppositions surjouées se traduisent par des surenchères consternantes. Parfois, comme dans un jeu de rôle bien huilé, elles aboutissent à des aggravations mortifères. Et l'hypothèse que cela puisse déclencher là aussi le triomphe de la bête immonde n'est hélas pas à écarter d'un revers de main.
Les franchissements de seuil sont à prendre avec le plus grand sérieux, surtout quand ils mettent en jeu de manière coordonnée les principes idéologiques et les actes politiques. Ils ouvrent la voie à la possibilité des catastrophes les plus sordides. Indéniablement, c'est de cela dont il s'agit aujourd'hui. Le très mauvais parfum d'ambiance doit nous alarmer afin de réagir en conséquence, pour rendre possible une alternative populaire progressiste plus jamais indispensable.
Francis Daspe