Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports

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(Crédits : © Jean-Paul Pelissier / Reuters)
Le Royaume-Uni prépare activement le post-Brexit, sans attendre la fin des négociations. Pays maritime, il veut saisir de nouvelles opportunités d’implanter des places d’affaires et des ports francs. Par Alexandre Lavissière, École de Management de Normandie.

Le Brexit c'est maintenant. Plus de six mois après, le choc est passé et l'on voit de ce côté de la Manche que les Anglais vont vraiment le faire. Nous, Européens, mais surtout français, analysons ce que nous qualifions de catastrophe. Certes l'idée d'une perfide Albion venant chatouiller notre rapport de force avec l'Allemagne nous gênait, mais nous nous étions habitués.

Aujourd'hui, nous analysons et nous spéculons sur le devenir de l'île et pour être francs, nous la voyons déjà couler sans son ancrage au continent. Sans l'Union européenne, la place financière londonienne n'a pas d'avenir, les négociations d'accords commerciaux vont prendre des années et paralyser le pays, les barrières douanières vont enfermer le pays, les capitaux vont fuir (tout comme les Écossais, nos vieux alliés de circonstance), le chômage va grimper (comme en France), la récession va mettre à mal le pays et peut être même que la peste bubonique fera son retour (nous venger d'Azincourt).

Pourtant, alors que nous pérorons et ergotons, l'Angleterre gagne le tournoi des six nations et travaille déjà au post-Brexit. Certes les Anglais sont des « boutiquiers » comme disait Napoléon, mais c'est là leur force et l'agilité de leur empire sur les affaires. Point de politique colbertiste, point de noblesse dans les relations commerciales ; simplement des forces dynamiques qui cherchent des solutions pour en faire commerce.

L'ouverture maritime, une question-clé

L'exemple des ports est très révélateur de cet état de fait. Antoine Fremont, directeur de recherche à l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux, constate que sur la façade nord européenne qui concentre les principaux ports européens, « La question de la marginalisation du Havre est posée ». La logistique en France, c'est 10 % du PIB et les ports sont les principaux points d'entrée et sorties des flux.

Marseille est le premier port de la Méditerranée, Rouen, le premier port céréalier d'Europe et Le Havre est le premier port à conteneur du pays. Mais, alors que les ports français progressent nominalement en matière de flux depuis une décennie, en proportion, ils perdent des parts de marché au profit des ports du Nord. Des ports du Nord, héritiers de la Ligue hanséatique, cette autre communauté de boutiquiers.

Les candidats à la présidentielle semblent faire peu de cas de l'économie maritime et de son potentiel. La mer, dans les programmes, reste le symbole des énergies renouvelables, et la pêche est la seule industrie qu'on lui prête. Le colbertisme délaisse ses ports alors même que Le Havre fête ses 500 ans et réclame des investissements en infrastructure.

Les atouts et les défis de Felixstowe

Il est à noter que dans la course aux conteneurs que se livrent les ports de l'Europe du Nord, Felixstowe, principale porte maritime anglaise, n'est pas vraiment mieux loti. Pourtant les Anglais sont déjà en train de mettre en place des possibilités que leur offre le Brexit pour développer leurs ports et faire mieux que rester dans la course.

Traditionnellement, on dit que la compétitivité d'un port tient tout d'abord de sa géographie. Singapour, Panama, Tanger en sont les meilleurs exemples. Ensuite, le marché, à la fois d'import et d'export est un impératif qui a été décliné avec le principe de hub qui est une interface entre deux marchés distincts. Ainsi, Le Havre, port naturel du bassin parisien bénéficie du premier marché européen.

Viennent ensuite l'infrastructure et la performance qui y est liée. On note ainsi une course au gigantisme avec des tirants d'eau de plus en plus importants et des cadences de manutentions à la hausse. Les autres facteurs traditionnels de compétitivité sont la fiabilité du service, la stabilité politique et sociale, la sûreté et la bonne gouvernance des ports et des services vers le marché qu'on appelle hinterland.

Ce que les Anglais ont noté c'est que les points précités, le port de Felixstowe, comme le port du Havre les possède ; ce ne sont donc que des prérequis. La logistique évolue et ce n'est plus le port qui décide de l'orientation des flux. Ces derniers se font de porte à porte et peu importe au chargeur quel est le port de passage, tant que la marchandise arrive à destination en temps, en quantité et en qualité demandés. Ainsi l'importance doit être donnée au service réactif, agile et de porte-à-porte. Pour autant, cela ne veut pas dire que l'on doit absolument se débarrasser des flux qui transitent. Il faut les capter avec des services logistiques, de la transformation et de la valeur ajoutée ; c'est-à-dire enchâsser le port dans un environnement propice au commerce.

Développer des places d'affaires... et des ports francs

Enchâsser les activités portuaires dans un environnement d'affaires propice à l'attractivité des flux, c'est ce que compte faire l'Angleterre post-Brexit. Les armateurs ne sont plus les clients des ports. Leurs navires font escale là où il y a du flux. Et il y a du flux là où les transitaires et les chargeurs le font passer, là où ils sont implantés, là où ils ont leurs habitudes. Pour attirer ces flux, on ne parle plus de ports, mais de complexes industrialo-portuaires. On développe des places d'affaire avec des possibilités financières, des accords douaniers, des accords de libre-échange, des infrastructures physiques et informatiques, des outils marketing et des formations.

Le Havre n'est pas en reste avec la Soget ou l'IPER qui sont des fleurons mondiaux, mais les Anglais vont aller plus loin pour profiter du Brexit. Et l'Angleterre n'a pas attendu que Theresa May envoie sa lettre à l'Union. Dès après le vote, un travail de fond a été mené par des parlementaires anglais afin de trouver des solutions de repositionnement du pays dans le commerce international. Parmi ces solutions, les ports francs, ceux-là même qui ont fait les belles heures de Marseille, Bordeaux, et Lorient, et continuent d'alimenter la quasi-totalité des plus grands ports du monde ont retenu l'attention du gouvernement.

Les Anglais vont donc profiter d'un [statut de port franc](](https://theconversation.com/langleterre-du-brexit-veut-transformer-les-menaces-en-opportunites-grace-aux-ports-francs-70794) qui est quasi banni de l'Union européenne pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l'Union, trop affolée de laisser partir le Royaume, pour inonder le marché unique. Cette stratégie devrait assurer à Felixstowe et aux autres ports, des flux, des emplois, de la croissance, et finalement tout l'inverse de ce que nous prédisons en regardant de l'autre côté de la Manche.

La brume nous empêche de voir qu'on s'active de l'autre côté, mais surtout, il nous faut réaliser que la mondialisation est une mondialisation de boutiquier. Notre colbertisme, teinté d'une méfiance des valeurs de l'argent, a du mal à y trouver sa place. Cet héritage de notre vieux fond catholique en délicatesse avec le commerce ne voit de la noblesse qu'au travers des vaisseaux et ports de guerre, donc des armateurs et des infrastructures. Nos ports sont d'ailleurs dirigés par des ingénieurs des ponts, pas des commerçants comme dans la Hanse.

Or le commerce international peut se cristalliser autour d'infrastructures majeures si des forces dynamiques sont libres de venir s'accrocher autour du catalyseur. L'enchâssement d'une zone franche portuaire n'est possible qu'au sein d'un écosystème dynamique comme le montrent les exemples de Tanger-Med, de Shenzhen ou de Dubaï. Mais c'est ce type d'infrastructure qui crée un cluster pérenne car il permet de faire du commerce et donc créer des emplois. À l'inverse créer des infrastructures pour attirer des flux c'est créer un port dans le désert des Tartares... et ce ne sont pas les Anglais qui feraient ça.

The Conversation_______

Par Alexandre Lavissière, Enseignant-chercheur en management, Laboratoire Métis, École de Management de Normandie

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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a écrit le 27/03/2017 à 14:57 :
ca servira pas a grand chose s'il n'y a pas acces au marche unique!
a écrit le 27/03/2017 à 12:09 :
Si c’est tout ce qu’ils ont comme idées pour essayer de compenser le brexit et pourquoi pas une flotte pirate et le retour de barbe noire ?

Il y a l'aspect logistique et les infrastructures, qu'il semble logique de vouloir optimiser.
Et il y a l’éthique et la loi.

La pire des erreurs ce serait de faire dans la surenchère et d’instaurer une concurrence intra-européenne destructrice. Quand on voit déjà la difficulté à contrôler quelques malheureux travailleurs détachés, imaginons ce que donnerait une vingtaine de ports francs.
Les ports francs ne semblent pas avoir très bonne réputation. Il suffit de faire recherches sur ce thème et voir que les termes "d'évasion fiscale, de blanchiment d'argent et autres trafics d'armes et d’œuvres d'art", y sont souvent liés. Beaucoup de pays essayent d'en maitriser les dérives : voir la Suisse (processus de Kimberley), le Luxembourg pour qui cela semblait être une bonne idée pour compenser la fin du secret bancaire.

Déjà en France, les contrôles dans les ports sont pratiquement inexistants, lire le rapport de la cour des comptes de février 2017 et le apport d'information de 2015 sur "l’évaluation de l’action de la douane dans la lutte contre les fraudes et trafics". On a de sérieux progrès à réaliser et surtout des réformes à faire d'urgence, avant de vouloir faire d'autres trous dans la passoire.

Ce serait un bien mauvais choix pour l’Angleterre et même s’ils arrivaient à empêcher les dérives illégales, je crois que l’Europe ne laisserait rien passer. Il suffirait d’instaurer des contrôles douaniers sévères, pour contrer la contrefaçon, lutter contre le blanchiment d'argent et le crime organisé. Là aussi, quand on voit les ressources mobilisées pour enclaver ou expulser quelques malheureux migrants fuyant les guerres ou a misère..., ce n’est pas l’argent qui manque, c’est une meilleure organisation.

A final, je ne suis pas sur que la majorité du peuple britannique veuille s’accommoder de ce genre de pratiques. Même si une partie de la population a voté le Brexit, je crois qu’ils n’avaient pas prévu de telles conséquences et la logique voudrait qu’ils corrigent leurs erreurs au plus tôt, avant de s’égarer dans d’autres impasses.
Commençons par balayer devant notre propre porte.

Une fois encore la démonstration est faite de l'intérêt de l’Union Européenne.
L’union fait la force.
Réponse de le 27/03/2017 à 12:36 :
Réaction bien française type fonctionnaire..
Là où l'auteur parle de commerce, vous parlez contrôle...
Là n'est pas la question, oui au contrôle mais pas plus qu'à Hambourg ou Rotterdam !
La CGT a coulé le havre, fos sur mer, Marseille, au profit de Hambourg, Rotterdam, Anvers, et même Barcelone et Gêne concernant Marseille...
a écrit le 27/03/2017 à 11:27 :
L' investissement dans les activités portuaires est colossale, est ce que l' Angleterre en a encore les moyens...Après il faut avoir des produits à exporter, quand on connait le déficit commercial Anglais et après le pouvoir d' achat ne risque t' il pas de baisser fortement, l'inflation a déjà passé les 2% donc moins d' importations, au final je ne vois pas l' intérêt des boutiquiers..d' investir dans des infrastructures portuaires .
a écrit le 27/03/2017 à 9:11 :
Oui, il est vrai que la mer ne semble pas intéresser les candidats...sauf un (mais peut-être n'est-il pas un candidat pour Alexandre Lavissière), Jean-Luc Mélenchon, dont je ne saurai trop vous conseiller de regarder sur sa chaîne youtube l'émission qu'il a consacrée à l'économie de la mer avec le journaliste de ouest-france Jean-Marie Biette.
a écrit le 27/03/2017 à 9:08 :
"venant chatouiller notre rapport de force avec l'Allemagne"

Excellente touche d'humour ! Parce que le rapport de force entre l'allemagne et la france est inexistant, comme nous pouvons le constater l’Allemagne commande la france exécute.

"La brume nous empêche de voir qu'on s'active de l'autre côté"

La brume !? Vous pouvez développer là svp ? Parce que cela n'a rien à voir avec la brume cela à voir avec une Angleterre dont les décideurs politiques, au pied du mur, sont obligés de se remettre à gouverner effectivement plutôt que de distribuer les plats au nom d'une europe vieillissante et moribonde campée sur les seuls intérêts de ses banquiers.

Bref pendant que l'UE répare son sonotone l’Angleterre avance c'est une certitude et on ne peut que regarder avec envie ces anglais prendre le large avec une véritable volonté d'avancer tandis que nous autres européens sommes enfermés dans des politiques d'austérité sans fin.

Vite un frexit.

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