Le capitalisme victime de son talent

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(Crédits : Reuters)
Le capitalisme, spéculation aidant, est à l'origine de ressources financières hypertrophiées. Où est la sortie de crise? par François Leclerc @fdleclerc

Les bourses mondiales à nouveau durement secouées, le spectre d'un rebondissement de la crise de 2008 est brusquement apparu dans les commentaires des analystes financiers. Sommes-nous à la veille d'un nouvel accès aiguë d'une crise qui n'était qu'assoupie, s'interrogent-ils ? Comme des blessés jetés à terre par le souffle d'une explosion, ils se tâtent pour savoir où ils sont atteints, mais ne trouvent pas. A défaut, ils énumèrent les manifestations d'une crise dont ils ne parviennent pas à déceler les mécanismes les reliant, le monde financier ne fonctionnant plus comme avant. Ils n'ignorent pas qu'une nouvelle crise est inévitable mais ne savent ni quand elle interviendra, ni pourquoi, et se demandent « ne sommes-nous pas en train d'y entrer ? ». Pris par surprise la fois d'avant, ils ne veulent pas prendre cette fois-ci le risque d'à nouveau se déconsidérer.

Tant de dysfonctionnements...

Pour alimenter leur réflexion, les manifestations de dysfonctionnements ne manquent pas. La Chine connaît un atterrissage brutal difficile à négocier aux conséquences mondiales. La guerre larvée des monnaies est relancée. Les pays émergents sont à leur tour plongés dans la crise. La banque centrale américaine est soupçonnée d'avoir sous estimé les effets du modeste relèvement de son taux sur un système financier convalescent, signifiant que celui-ci est désormais assisté. L'importance qui s'accroît du phénomène inédit des taux négatifs sur le marché obligataire européen - dans ce monde à l'envers, les créditeurs payent un intérêt aux créanciers - n'est pas tenable à terme, mais la tendance est irrésistible. Les banques européennes - dont la colossale Deutsche Bank qui inquiète ses créanciers - sont plus fragiles qu'il n'a été admis, et l'Union bancaire n'est pas la bonne réponse à y apporter. Les inconvénients du très bas prix du pétrole, qui semble devoir longtemps se maintenir à cet étiage, l'emportent sur ses avantages.

Quelles corrélations entre ces inquiétudes?

Cette énumération non exhaustive épuisée, les corrélations entre ces phénomènes gardent leur mystère. Pour se rassurer, il est souligné l'absence de détonateur à ce cocktail explosif. L'équivalent des « supprimes » de la crise précédente, ces prêts immobiliers massivement consentis à des créanciers insolvables et disséminés dans le système bancaire international via des produits structurés. Mais la menace représentée par la Deutsche Bank, dont l'énorme bilan de plus de 1.600 milliards d'euros est gavé de ces produits complexes, rappelle pourtant l'épisode de la chute de la banque américaine Lehman Brothers et de son danger systémique. Sait-on la valeur réelle de ces actifs, alors que les banques sont contreparties les unes des autres en raison de l'enchevêtrement de leurs engagements réciproques ?

États sans marges et banques centrales sans munitions

Deux facteurs aggravants se doivent par contre d'être soulignés. Les États ne disposent plus des mêmes marges budgétaires afin de soutenir le système financier et une économie soumise à des tendances déflationnistes et récessives puissantes; les banques centrales sont en passe d'épuiser leurs munitions « non conventionnelles », entrées dans le territoire inconnu des taux négatifs ou s'interrogeant à ce propos.
Selon JP Morgan un quart de la dette mondiale est assortie d'un taux négatif, soit 5.500 milliards de dollars dont 1.700 milliards pour la dette européenne.

Le capitalisme victime de son talent

Pire, les remèdes employés se révèlent être ceux par qui le malheur arrive : les marchés financiers croulent sous des masses de liquidités délivrées par les banques centrales, dont la portée dévastatrice sur l'économie s'est accrue. La dette globale, qu'elle soit publique et privée, ne cesse de croître sans que cela s'accompagne d'une croissance qui permettrait à terme de la rembourser. Ce n'est plus tel ou tel pays affaibli dont la dette est insoutenable, tous les pays sont à un degré ou à un autre atteints pour avoir usé et abusé de la ficelle de l'endettement public et privé afin de suppléer à l'inégalité de la répartition des ressources tout en maintenant la consommation, ce moteur de l'économie.

Nous faisons face à une profonde crise résultant de la mauvaise affectation de ressources financières hypertrophiées et pour partie non socialement nécessaires. Le système capitalisme est victime de son talent, ses activités spéculatives aidant.

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Commentaires
a écrit le 17/02/2016 à 10:31 :
"tous les pays sont à un degré ou à un autre atteints pour avoir usé et abusé de la ficelle de l'endettement public et privé afin de suppléer à l'inégalité de la répartition des ressources tout en maintenant la consommation, ce moteur de l'économie"

Bravo et merci beaucoup.

En effet le capitalisme est talentueux, il a toujours su se donner une légitimité alors que pourtant chaque jour un peu plus injuste et inhumain dans son fonctionnement et si les actionnaires milliardaires dominent le monde ce n'est certainement pas grâce à leurs talents propres, inexistants, mais grâce à cette machine économique parfaitement rodée à cela.

Difficile de ne pas être en admiration devant cette capacité permanente d'adaptation au toujours pire mais là les peuples du monde commencent à le payer bien trop cher, il est temps qu'il prenne sa retraite et que nous apprenions de son fonctionnement actuel afin de ne plus jamais recommencer de telles erreurs.
a écrit le 17/02/2016 à 0:43 :
Talent pour en arriver là où on en est! On voit que certain non pas peur du ridicule. Le monde est il plus riche maintenant qu'avant? Sûrement pas!
a écrit le 16/02/2016 à 22:18 :
Ce que vous décrivez n'a aucun rapport avec le capitalisme, mais tout à voir avec l'économie de connivence et au rôle de l'état qui s'immice partout où il peut permettre la monétisation du pouvoir de ses administrateurs ou le développement de la clientèle des politiques.
Ce n'est pas la faillite du capitalisme qui est à l'oeuvre, mais celle du couple liberté/responsabilité et annexement de nos institutions dites représentatives qui ne représentent plus personne ou presque.
Réponse de le 16/02/2016 à 23:20 :
"liberté/responsabilité" .. Soit un max de fric (freedom)("droit") vs responsabilité que vous êtes incapable de prendre. Comme d'hab, quoi. Allez aux us, là-bas, c'est dans leur burgeur du matin.
Réponse de le 17/02/2016 à 14:25 :
Quelle drôle de réponse yvan. Responsabilité ici fat autant appel à l'état de droit qu'à sa déclinaison personnelle. Le fait par exemple de restreindre et de particulariser le droit ou les publics qui y sont soumis identiquement, que ce soit au niveau de la réglementation, de l'instruction (non poursuite ou requalification des délits par exemple) ou des mécanismes propres au système judiciaire (longueur des instructions, inadéquation entre les pénalités et les faits jugés, systématisation des amendes au profit de l'état et non des spoliés etc.) est un élément clé de l'état de droit.
Quant aux US, ils sont actuellement sous l'emprise des mêmes maux. Il suffit de regarder les sondages effectués auprès de la "millenium generation": le résultat de la perversion du système éducatif aux mains d'intérêts ayant capté la force publique pour mettre en place un système de rente autoreproducteur, notamment par le biais du financement des prêts par l'état, ce qui a permis une envolée incroyable des coûts structurels et des montants d'admission, et annexement la création d'un monde totalement hors sol dominé évidemment par les socialistes de connivence, experts en placement de personnel recyclé et inamovible mais acquis à la cause.
Réponse de le 17/02/2016 à 20:01 :
Réponse bizarre, peut-être... 1) la Justice n'a jamais été trop égalitaire et elle est quasiment programmée pour cela ce dont La Fontaine s'était rendu compte : "Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." Il suffit juste de constater ce qu'est l'impunité ou l'immunité ainsi que le privilège de la "personne morale". Morale, rien que le mot m'amuse... Une hypocrisie dérisionnaire ou dérision hypocritaire, au choix... 2) le système éducatif est en effet devenu privatisé aux us et nous ne pouvons QUE constater les DEGATS immenses SAUF sur le taux de remplissage des prisons. Privées aussi. Après l'industrie de l'armement, c'est le deuxième secteur qui marche encore fortement chez eux. Les cowboys ont en effet PLUS de prisonniers en proportion que TOUS les autres régimes existants ou ayant existé, communistes oligarchiques aussi hypocrites que les nôtres compris. Vous dire. Et après tout ça, le lambda péquin qui veut essayer de s'en sortir, il prend QUI comme exemple..????
a écrit le 16/02/2016 à 21:46 :
Une confusion s'installe entre marchés boursiers et état de l'économie..c'est pourtant pas compliqué de constater que ce n'est pas la même chose.. On pourrait aussi s'intéresser à la confusion entre situation des états (dettes) et situation des entreprises.. ou état des entreprises et chômage.
a écrit le 16/02/2016 à 20:06 :
Quand on commence par la fin en adaptant les moyens c'est un dogme qui se met en place!
a écrit le 16/02/2016 à 19:36 :
Bonjour Mr Leclerc. Cela fait bien longtemps que je vous avais écrit que le capitalisme avait "trop bien fonctionné"... De même le constat que les bc, soit l'argent finalement public, n'avait servi qu'à leur re-fournir des munitions... Je compte, comme d'habitude, sur la parcimonie de vos réponses, qui, malgré tout, sont toujours pertinentes.
a écrit le 16/02/2016 à 18:53 :
Tout est dit dans la phrase suivante:
"tous les pays sont à un degré ou à un autre atteints pour avoir usé et abusé de la ficelle de l'endettement public et privé afin de suppléer à l'inégalité de la répartition des ressources tout en maintenant la consommation, ce moteur de l'économie."
a écrit le 16/02/2016 à 18:47 :
Le problème du capitalisme, c'est qu'il ne répartit rien. Le capitalisme est égoïste. Il concentre la richesse dans toujours moins de mains et comme ces mains en veulent toujours plus en en donnant toujours moins, vient un jour où il n'y a plus rien à prendre.
C'est l'état de stagnation du capitalisme dont on ne sortira que par la redistribution des richesses, en laissant de côté la croissance supplémentaire.
Les idées néolibérales dont l'auto-régulation des marchés, les baisses d'impôts, le toujours moins d'Etat ont conduit le capitalisme là où il est aujourd'hui.
La conséquence politique sera une montée des extrêmes. A commencer par les droites nationalistes qui en général ont la guerre dans leurs bagages
Réponse de le 17/02/2016 à 9:53 :
Valbel89
Trés bonne analyse sauf la fin .
Les nationalistes désirent être maître chez eux , la guerre n a lieu que si d autres ne sont pas d accord et cet autre est le capitalisme exponentiel.
On peut donc dire que le capitalisme est fauteur de guerre quand il n est pas régulé .
a écrit le 16/02/2016 à 18:07 :
A part un titre accrocheur, y a rien dans cet article
Réponse de le 16/02/2016 à 18:29 :
C'est vrai : il s'arrête au moment où il a l'air de commencer !
Réponse de le 16/02/2016 à 19:31 :
D'ailleurs, une crise. Où ça..?? Déjà qu'il n'y a pas de chômage, pourquoi y aurait-il une crise..?? Les plus riches gagnent de plus en plus, donc, tout va bien.
a écrit le 16/02/2016 à 17:57 :
Quel talent ?
Provoquer des crises ?
Détruire des générations entières ?
Spéculer sur le blé ?
L'eau ?

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