Le coût des services plombe-t-il la compétitivité française ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le coût des services plombe-t-il notre compétitivité ?

L'analyse du commerce international en valeur ajoutée a enrichi notre vison de la compétitivité. Elle montre notamment que la valeur d'un bien exporté dépend à 25% de la valeur des intrants importés, à 36% de la valeur des intrants nationaux, et seulement à 39% de la valeur produite directement par les secteurs exportateurs.

L'enjeu de la compétitivité d'un territoire dépasse de loin l'enjeu de la compétitivité coût et hors coût des seuls secteurs exposés.

 Ce changement de perspective conduit notamment les économistes à s'intéresser de plus en plus au coût des services. Ceux qui entrent dans la chaîne de valeur des produits exportés ; mais aussi tous les autres services consommés sur le territoire, dont le coût peut influencer la formation des salaires dans les entreprises plus directement exposées à la concurrence.

Et les analyses les plus récentes sur les sources de notre décrochage de compétitivité par rapport à l'Allemagne soulignent précisément l'implication du coût des services hexagonaux.

Plusieurs indicateurs en attestent

D'abord la dynamique des prix de la valeur ajoutée des services marchands et  non marchands en comparaison du secteur manufacturier. Avec un fossé dont l'ampleur  semble refléter les pressions concurrentielles pesant sur les secteurs. La comparaison avec l'Allemagne indique.

  • 1/ que sont sur les secteurs de service, notamment administrés, que se concentrent les problèmes.
  • 2/ que les problèmes de compétitivité prix se sont en apparence atténués dans les secteurs manufacturier, à moins que la moindre hausse du déflateur hexagonal témoigne d'un recul relatif de la qualité.
  • 3/ que le gap franco-allemand  sur les services se réduit nettement depuis 2008.

La photographie des écarts accumulés avec l'Allemagne depuis 2000 en 2011 puis 2014 souligne que c'est bien du côté des biens services non échangeables autrement dit non directement exportables que se concentrent les écarts. La construction et l'immobilier, au premier chef puis le commerce, le transport et les services aux entreprises et enfin les services administrés.

Autre indicateur d'alerte, la dynamique des coûts unitaires

Là encore, la comparaison est sans appel et confirme que nos problèmes de coûts se cristallisent dans les secteurs de service. Les coûts unitaires progressent nettement plus vite dans les secteurs de services administrés ou non, que dans le secteur manufacturier.

La comparaison, montre à nouveau que c'est sur le champ des services que s'est creusé l'écart avec l'Allemagne jusqu'en 2008, et que le fossé tend à se réduire sensiblement depuis.

La décomposition sectorielle plus fine des écarts depuis 2000 confirme encore que ce sont d'abord les produits non échangeables (construction, immobilier, commerce, transport, et services administrés) qui participent indirectement à la dégradation de la compétitivité du territoire, avec l'anomalie de l'agriculture soumise aux fluctuations des cours internationaux.

Le racine de ces écarts franco-allemands

Elle est d'abord à rechercher dans les salaires. Mais non spécifiquement dans la dynamique des salaires dans les services. Ces derniers évoluent de pair avec ceux de l'industrie dans les deux pays. Ce qui différencie France et Allemagne, c'est donc la modération généralisée des salaires pratiquée jusqu'en 2008.

Or dans les secteurs de service, on ne mesure aucun gain de productivité en France comme en Allemagne. Plus de salaires dans les secteurs à productivité nulle : la dégradation relative de nos coûts unitaires dans les services est inéluctable. Mais là est aussi le hic de la démonstration.

Si l'on ne trouve aucun gains de productivité dans les services, c'est que toute hausse de prix dans le tertiaire est assimilée à de l'inflation, et que les effets de montée en gamme sont largement ignorés. Si le secteur des services tend à monter en gamme en France et se repositionne sur des segments à plus forte valeur ajoutée par rapport à l'Allemagne, cela est compté comme une dégradation de compétitivité prix, et une dégradation des coûts unitaires. Par rapport au bilan statistique implacable que je viens de dresser, ce bémol entrouvre une lueur d'espoir.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 23/04/2015 à 22:52 :
Désolé, mais rien ne sert de comparer les prix des salaires sans comparer la valeur ajoutée, la qualité marchande et les secteurs visés.
Et encore, je rappelle juste que l'immobilier est bien plus cher en France qu'en Allemagne.
Temps que l'état n'aura pas fait le nécessaire, les entrepreneurs français perdront bêtement des marchés. (à suivre les prochaines mesures en cogitation pour le bâtiment)
Le nerf de la guerre est bien l'immobilier.
1 - qui est trop élevé aussi pour nos entreprises qui hésitent à investir.
2 - pour nos salariés, qui perdent au minimum en moyenne 200 euros / allemands et qui logiquement mettent la pression pour garantir leurs pouvoirs d'achats. Donc, sans d'autres considérations, les salaires sont logiquement plus élevés en France, ce qui bouffe les marges.
3 - pour la flexibilité du travail. Les salariés qui choisissent de d'investir ou de louer loin des zones à fortes activités trop chères, ne sont pas très motivés pour déménager. Surtout avec un parcours professionnel non sécurisé (sans préjugés sur les modification en cours de la législation et de celles qui viendront nécessairement).
4- n'oublions pas ceux qui galèrent avec des petits boulots, du mi-temps ou au SMIC, pour qui le cher marché de l'immobilier est dévastateur et décourageant.
5 - en résumé, tout ce qui passe dans le cout de l'immobilier, achat ou location, particuliers ou entrepreneurs, n'est pas réinjecté dans l'économie à circuit court et fusille donc la croissance.
a écrit le 23/04/2015 à 19:01 :
Il faudra bien un jour répartir les charges sociales sur travail et sur l'énergie; en réduisant le cout du travail, c'est bon pour l'emploi; et en augmentant le prix de l'énergie c'est bon pour le climat.
a écrit le 23/04/2015 à 15:41 :
comme l auteur l ecrit si bien, les services (surtout l immobilier) est bien plus cher en france qu en RFA. par contre son dernier paragraphe est faux, ils ne sont pas plus cher car montee en gamme (c est quoi montee en gamme pour un immeuble qui est le meme depuis 20 ans ?) mais simplement qu il y a eut une politique francaise d immobilier cher (essentiellöement pour des raison electoraliste : ca beneficie surtout aux categories qui votent (les vieux) et plombe ceux qui ne votent pas/peu). Mais letat n ayant plus un sous, on voit la fin des PTZ et autre scellier, donc les prix commencement a baisser. ET le alzeihmer boom (il va bien falloir financer la maison de retraite) va generer d ici 10-15 ans un flot vendeur -> chute des prix a long terme
a écrit le 23/04/2015 à 12:34 :
Les services seraient plombés, on plombe la croissance ? Pour le moteur économique, on n’entend pas le vrombissement, on monte dans les tours pour les explications ? L’Europe autiste bureaucratique est un boulet mondial ! Les actualités sont chargées : l’Europe fabrique du terrorisme et son économie est défaillante. Elle se prétend un modèle, c’est un système vicieux. L’Etat fait dysfonctionner la société et les ménages financent des logements trop chers alors qu’on demande la libération du foncier. La politique des bulles empêche le financement de la croissance. L’Etat sabote l’emploi et l’activité. Le PMI d’Avril est en recul alors qu’il est positif en zone : l’indice manufacturier passe de 48,8 à 48,4 contre 53,5 pour la zone. Où est la relance de l’Etat, où est la politique d’offre ? Les mesures pour l’emploi c’est des paroles, on emploie les gens en dépit du bon sens, en sous qualification ou en emploi alimentaire avec 60% de diplômés sans emplois. La population active se réduit en Espagne, mais l’Europe immorale fait dans l’ostracisme de masse. On nous sert le charlatisme économique et la destruction de la population qui augmente moins qu’en Amérique. Depuis 2008, il n’existe pas de remise en cause d’un système défaillant. La production automobile française est à 1,7 millions, on importe au lieu de produire ? On joue au boulet mondial ? La zone fait des excédents commerciaux, mais on prône la baisse de la monnaie, c’est une politique monétaire incohérente avec la situation économique qui fait avec le reste du monde une concurrence déloyale. Si on est favorable à une baisse de monnaie, le franc est plus pertinent, à défaut d’une politique industrielle autre que les ventes à l’étranger, l’Etat fait dans l’intelligence avec l’étranger ! Est-ce un modèle universel que l’école classée 25ème avec des profs à 4/20 qui disent qu’il faut travailler le moins possible alors qu’on parle suppression du bac ? La compétitivité 2014 de la France classée 27ème, 6ème pour l’Allemagne, 16ème pour le Royaume-Uni, et le sud européen est mal classée. Pour la création d’entreprises la France se trouve à la 31ème place. On joue à primus inter paresseux, empereur des feignants du sud ? On parle d’une campagne régionale, y a-t-il des tranchées, des poilus sans indemnités, des grenades ? Aura-t-on une vindicte pour le chômage alors qu’on fait 100 000 fonctionnaires, où est la justice alors que le taux d’actifs est bas chez les femmes, les jeunes et les salariés de plus de 50 ans ? On entend parler d’une politique de l’offre, un virage, un demi-tour droite, mais on fait du sur place, aura-t-on un coup de barre dans le Nord ? Si 460 000 foyers retraités ont des coupes avec la CSG, on n’est pas chez les défiscalisés de niches. On fait des autoroutes à peu de trafic, des entreprises sans robots et pourtant y a des pauvres… les ronds-points c’est du pib ou bien la consommation des ménages ? La plupart des foyers payent plus d’impôts que les défiscalisés alors qu’on aurait des milliers de foyers sans impôts, on appelle cela démocratie ? Au Bêtajistan, on fait des paroles dans les micros, on s’enrichit à raconter les mensonges, on fait des motards et des cantines gratuites, on y parle fort, mais on dit beaucoup de bêtises ! Vive l’euroschwitz et la relance fonctionnaire anti jeune et anti croissance!

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