Le fiasco des experts qui conseillent les candidats à la primaire

 |   |  742  mots
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le fiasco des experts qui conseillent les candidats à la primaire.

Heure des bilans, foire aux propositions : les présidentielles remettent la politique et son personnel au cœur du jeu. Difficile cependant d'adhérer à cette grande mascarade de l'homme providentiel. Ou du programme salvateur. Les experts sont là, commentateurs d'un jeu auxquels ils n'auraient pas pris part. Ils sont pourtant au cœur du jeu. Au cœur de la machine décisionnelle. Bercy est cette grande machine alvéolaire, où l'expertise économique est reine. Où les travaux des académiques sont passés au crible. Le CAE et France stratégie sont là aussi pour fabriquer, ou du moins relayer le consensus des experts. Et qu'on prenne les années Hollande, ou les années Sarkozy, derrière l'écran de fumée de la communication politique, la plupart des choix, ont une assise experte.

Les rapports Pébereau ou Attali, sous les années Sarkozy, puis le Rapport Gallois sous Hollande, ont fourni les grands axes d'action. Tout n'a pas été réalisé, certes. La négociation a parfois perverti la pureté des recommandations... mais il serait faux de dire que le politique serait resté sourd aux enseignements de la science économique ou aux recommandations des institutions internationales.

Baisse des charges, déréglementation du marché du travail et du marché des biens, simplification, règles d'indexation du SMIC, Fiscalité des entreprises, retraite... on pourrait encore allonger la liste des domaines où les choses ont changé, peut-être insuffisamment,  mais pour le moins dans le sens voulu par le consensus expert.

Faut-il évoquer la faillite du politique, ou bien la faillite des experts?

Mettons-nous un instant dans la peau du politique qui préside aux destinées de la France. Que voit-il venir à lui.

D'un côté les pures et durs de la réforme musclée de l'offre, de la saignée curative. La crise se résout par plus de concurrence, moins de SMIC, moins de charges, moins d'impôts, donc moins de dépenses publiques.

De l'autre, ceux qui soulignent les risques de casse macro-économiques qu'occasionnent ces thérapies et qui dissèquent sur un mode critique les failles de l'ordre capitaliste mondial contemporain.

L'expertise ne semble dès lors pas capable de produire autre chose qu'une somme de recommandations issues de la micro-économie de laboratoire, dans un déni total des effets macro-économiques déflationnistes désastreux, que l'empilement de ces réformes peut produire. Et de l'autre côté, le plus souvent, un déni de l'entreprise, des enjeux de compétitivité, et des injonctions à réformer l'ordre monétaire et financier mondial, et européen, sur un mode incantatoire, et sans mode d'emploi concret.

De cela que va extraire le politique : un "gloubi-boulga" qui ménage la chèvre et le chou. Ce à quoi la France est maintenant abonnée depuis plusieurs décennies.

Quand nos voisins européens deviennent les modèles des experts

Lorsque les danois décidèrent de financer leur protection sociale par l'impôt était-ce écrit dans un traité économique non ? Lorsqu'ils bâtirent le triangle de la flexicurité non plus. Lorsque les allemands optèrent pour la parité 1 pour 1 lors de la réunification, défiaient ils les recommandations des experts... bien sûr. Ou lorsque l'Allemagne aujourd'hui opte pour l'excédent budgétaire, est-ce au nom  d'une loi économique ? Non plus. Ces exemples sont nombreux. Ils sont le fait de pays qui conscient de la singularité de leur modèle, le réforment, le transforment également de façon singulière.

Ecoutez alors nos experts économiques les plus renommés, les plus reconnus au plan académique. Et demandez-vous simplement si vous avez affaire à un intellectuel complet, chargé d'une culture historique, d'une vision stratégique, d'une vision systémique des choses. Si lorsqu'il parle d'entreprise, il parle d'un point abstrait dans un espace mathématique, ou bien d'une organisation véritable. Si lorsqu'il parle de chômage, il parle d'un déséquilibre de marché, ou s'il en saisit toutes les dimensions humaines, sociales etc... et vous verrez que peu d'économistes peuvent être classés au rang d'intellectuel.

Et pour part, il me semble. Mais cela n'engage que moi. Que la faillite du politique est d'abord le reflet de la défaillance des intellectuels, surtout lorsque parmi ceux-ci, les économistes prennent l'ascendant sur le choix public.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/11/2016 à 11:06 :
Le sujet me semble mois technique que philosophique car ce que traduisent les actuels débats c'est que nos politiques peinent à présenter une vision et une ambition pour le pays et pour l'Europe. Que les experts se trompent c'est évident et sauf à posséder des talents divinatoire ce à quoi je ne crois guère l'exercice se rapprocherait plutôt du métier de bookmaker.
Qui pour nous dire si la France doit être une France Agricole, du tourisme ou de l'industrie ? Qui pour proposer une évolution de l’Éducation Nationale qui éloignerait des doctrines pour servir un dessein clair ? Il faut désormais être capable de donner un peu de rêve à une société qui n'en a plus guère.
Personne pour le moment car ils sont effectivement prisonniers des experts qui segmentent les électeurs et d'identifier les mesures permettant de se concilier leur bonnes grâces. Mais le pire n'est jamais garanti. Il reste 6 mois ...
a écrit le 02/11/2016 à 13:46 :
Je regardais un reportage sur les experts économiques, les journalistes politiques que l'on voit depuis plus de trente ans. Ce sont les mêmes. Ils ont un point commun. Ils ont tous pas vu venir les crises économiques ou politiques. Le vote oui pour le Berxit , pas vu. La crise de 2008 pas vu venir. Celle d'avant idem. Avec un peu de chance, ils n'auront pas vu la défaite de Clinton, la déroute de Sarkozy. Ils sont aussi doués en analyse que moi pour dire la messe le dimanche matin. Ou pour faire cuire du pain ou remplacer un cœur. Bref si vous avez besoin de rien, vous avez sur qui compter, les experts et les journalistes politiques. Merci pour ces moments là.
a écrit le 02/11/2016 à 13:13 :
La note n°6 du conseil d'analyse économique contient tout ce qu'il faut faire pour réduire le chomage et retrouver un peu de croissance. Lisez la et discutons en. Le problème se résume à convaincre les syndicats qui ne peuvent pas refuser l'amélioration de la situation des travailleurs.
Réponse de le 03/11/2016 à 8:03 :
Je précise que cette note n°6 propose de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique, autrement dit, de réduire les prélèvements sur la production en les reportant sur la consommation, et plus spécialement sur la consommation d'énergie, avec une allocation pour respecter l'équité. Il conviendrait qu'Olivier Passet comprenne cette proposition pour la faire connaître. Il devrait demander un avis à Jean Tirole pour justifier une taxe sur l'énergie.
a écrit le 02/11/2016 à 13:04 :
A quoi bon faire un programme puisqu'il va être retoqué par Bruxelles!! Il suffit d'attendre les ordres, mais ces ordres ne viennent qu’après l'élection!! Dommage!! Alors faisons bonne figure en attendant de jouer les pantins pendant le mandat!!
a écrit le 02/11/2016 à 12:05 :
Voila les économistes à la petite semaine rhabillés pour l'hiver. C'est bien dit. Je ne suis pas économiste , mais en temps qu'ingénieur de contrôle et régulation de processus, ce qui me choque toujours dans le langage des économistes, c'est le manque de prise en compte du paramètre temps. Ils sont prisonniers du temps qui leur est imposé, c.à.d des 5 ans du temps politique, alors que dans le domaine social et humain, le temps pour que l'on puisse faire une mesure significative d'un choix économique est certainement beaucoup plus long.Ce qui fait que chaque parti arrivant au pouvoir pond des stratégies et des consignes en opposition de phase.Le résultat ne peux qu'être glorieux.
a écrit le 02/11/2016 à 11:57 :
Merci pour cette excellente analyse.

Car c'est ma première nuance, nous avons plusieurs experts ceux qui ne se trompent que rarement comme vous, comme Lordon, comme de nombreux économistes atterrés par la suprématie de l'expertise néolibérale sur toutes les autres. Or ces experts là ne sont jamais écoutés par les décideurs économiques et politiques, pire ils sont ignorés, voir méprisés et même détestés quand on écoute certains économistes néolibéraux écrire des livres afin d'interdire aux experts non dépendants des marchés financiers de parler.

Et nous avons pléthores d'experts néolibéraux au service des marchés financiers, particulièrement bien payés à monopoliser tous les médias de masse de leurs analyses dont la plupart sont fausses. Ces gens qui depuis 2008 ne font que nous montrer qu'ils se trompent sont soutenus par les médias qui appartiennent à peu près eux aussi aux mêmes propriétaires, aux mêmes employeurs.

Les experts indépendants et donc intelligents et efficaces étaient bien trop objectifs pour pouvoir être écoutés par les margoulins qui nous gouvernement, que ce soient les décideurs publics ou les décideurs privés, leurs intérêts étant liés, conseillant régulièrement la redistribution des richesses et l'investissement plutôt que la monopolisation des capitaux et des outils de productions dans quelques mains mais ces quelques mains décidant de tout nous voilà dorénavant dans l'air des faux experts qui sont par contre de véritables porte paroles des marchés financiers et que l'on voit et entend partout depuis des décennies déformant le langage et malmenant la vérité.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :