Le monde sur un volcan financier et monétaire : quel risque de crise ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le monde sur un volcan financier et monétaire : quel risque de crise ?

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Taux d'intérêt atypiquement faibles, et même négatifs en zone euro et au Japon. Marchés des valeurs mobilières et immobilières en apesanteur, inflation qui se dérobe à nouveau, politiques monétaires incapables de maintenir le cap de la normalisation... Il règne sur le monde de la finance un étrange sentiment d'inconnu, de bizarrerie, qui vire à l'inquiétude. Car chacun le sait : si les taux venaient à remonter, c'est toute la gamme des prix des actifs qui s'effondrerait.

Le régime de faibles taux est amené à durer

Plus de 10 ans se sont écoulés depuis la dernière conflagration financière. Et dans un univers où les taux sont soit très faibles, soit en dessous de zéro, et sans plancher palpable, plus personne ne sait objectiver la valeur des actifs. Les nouvelles perspectives d'affaissement des taux longs devraient en théorie créer un nouveau rallye de hausse des marchés d'action. Les marchés sont certes repartis à la hausse, battant de nouveaux record côté américain, mais avec une certaine nervosité et un manque d'allant, saisis par le vertige des hauteurs. Bref, les taux longs négatifs en Europe et au Japon, et historiquement faibles aux États-Unis, et les ultimes incursions des Bourses vers les sommets, ne seraient que le prélude d'un grand Armageddon financier. On ne sait pas quand, mais le scénario est déjà pré-écrit. Il s'impose comme une évidence.

Pourtant, dans le même temps, la conviction que la trappe à taux zéro est amenée à durer s'empare peu à peu des esprits :

  • 1. En termes réels, c'est-à-dire corrigés de l'inflation, les taux d'intérêt aux Etats-Unis ne sont pas sur des niveaux si atypiques au regard de l'histoire.
  • 2. Il n'existe historiquement pas de valeur normale des taux d'intérêt qui jouerait comme force de rappel.
  • 3. Et les causes structurelles qui sous-tendent la faible inflation, voire les tendances déflationnistes, perdurent.


Et si cette situation de faibles taux s'avère être un régime durable, on peut certes projeter une forte instabilité du marché des actions. Un recul significatif, à la hauteur des profits warning si la conjoncture s'affaissait. Mais pas nécessairement un accident de l'ampleur de ceux de 2000 ou de 2007-2008.

Vers un épuisement du gisement des plus-values

Ce qui doit nous inquiéter davantage, c'est l'épuisement à venir du gisement de plus-values qui va succéder à ce régime de décrue puis d'acculturation aux faibles taux d'intérêt. Car ce sont les plus-values sur les actifs qui ont permis de produire des rendements financiers élevés dans la dernière période. Or, que ce soit dans la sphère immobilière ou des titres d'entreprise, il existe un  butoir à la hausse, fixé par la capacité de revenu ou de remboursement des agents acquéreurs, laquelle n'est pas infinie. Et c'est la raison pour laquelle le marché de l'immobilier patine dans certains pays, après avoir exploité l'opportunité de la baisse des taux, ou que le marché des fusions-acquisitions ralentit. Tôt ou tard, les intermédiaires financiers seront confrontés à la raréfaction de la classe des actifs susceptibles de générer de la plus-value. Élément qui devrait les fragiliser à terme.

Le marché des changes peut inquiéter

Autre terrain, hors radar actuellement, qui peut susciter l'inquiétude, c'est le marché des changes. Les marchés vivent depuis 4 ans et demi dans un nouveau compromis stable, issu de Jackson Hole en 2014. Avec une parité euro/dollar qui demeure contenue dans un couloir assez étroit, centré autour de 1,15 euro. Une stabilité qui nous fait oublier les failles du système monétaire actuel. Le rôle pivot du dollar est adossé à la capacité des États-Unis à alimenter en abondance le système financier mondial de titres du trésor, support sans risque de référence de tous les gestionnaires de portefeuille et des banques centrales du monde entier. Avec potentiellement, pour contrepartie, un endettement hors norme de l'État américain pour répondre à l'extension de la demande.

Voilà plusieurs années que certains économistes mettent en garde sur le risque de voir surgir un nouveau dilemme de Triffin. Qui mettrait à jour non pas l'incapacité des États-Unis à garantir sa convertibilité-or comme dans les années 60, mais son incapacité à demeurer solvable à force d'alimenter le monde en titres de dette souveraine. Or, les Etats-Unis, c'est aujourd'hui près de 7% de déficit public en phase de croissance, donc potentiellement beaucoup plus en phase de récession, avec une dette publique qui n'est pas stabilisée en % du PIB. Une récession américaine pourrait dès lors projeter le déficit sur des niveaux rapidement très élevés. Une dynamique qui, si elle n'est pas contrôlée, peut rapidement dégénérer en crise de défiance à l'égard du dollar et des obligations d'État américaine, générant des tensions sur les taux longs... On connaît la suite. Cette crise-là aurait des effets collatéraux considérables... Et elle n'aura pas la Bourse pour épicentre.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 02/08/2019 à 12:16 :
vous nous dites que google n'a payer que 17 millions d'impots en France
mais quelle somme cette entreprise aurais du devoir ci celle ci etais Français et petite entreprise et le cas ou elle serais une mulitinational comme total
ou autre banque francaise et leur evasion fiscale toujours en cours
a écrit le 01/08/2019 à 11:24 :
Il n'existe aucune mise en "quarantaine", aucun cordon sanitaire, aucun poste frontière, aucune frontière grâce ou a cause de la mondialisation, mais le moindre rhume fait éternuer tout le monde! On a oublier la notion de précaution ce qui va nous obliger a refaire le chemin inverse pour nous relocaliser!
a écrit le 01/08/2019 à 11:00 :
Ni deflation, ni inflation, ni stagflation, à situation inédite il va falloir trouver un autre mot. Les conséquences seront de toute façon terribles et dans ces temps instables de réarmement généralisé, de populisme, de nationalisme, ce qui poudroie à l'horizon, c'est le nuage soulevé par les bottes annonciatrices de ce qu'il faut bien nommer: La guerre.
a écrit le 01/08/2019 à 10:59 :
Ni deflation, ni inflation, ni stagflation, à situation inédite il va falloir trouver un autre mot. Les conséquences seront de toute façon terribles et dans ces temps instables de réarmement généralisé, de populisme, de nationalisme, ce qui poudroie à l'horizon, c'est le nuage soulevé par les bottes annonciatrices de ce qu'il faut bien nommer: La guerre.
Réponse de le 01/08/2019 à 11:20 :
A Valbel. Votre vision n'est pas mature d'un point de vue mondial. Elle est comme un fruit encore vert. Les fous qui revent de guerres ne sont pas prets a la faire. Ce pour toutes les raisons que vous voudrez.
Une chose toutefois a retenir, c'est que quand l'equilibre des forces actuelles sera menace dans ses fondements, ce sera la fin de la vie humaine.
Un bien. Detruire une fois pour toute cette erreur de l'evolution : L'homme.
Cordialement.
Réponse de le 01/08/2019 à 14:47 :
@matins calmes

Moi je m'en fout j'ai fait lapin

@Valbel
Ni deflation, ni inflation, ni stagflation, à situation inédite...

En êtes vous sur que ce soit inédit? Peut être est ce la période 1820/1970 qui nous sert de reference economique qui etait inédite. Que de la croissance ou de l'inflation aient existé avant, d'accord, mais pas en période continue pendantr des siècles, lors de grands evenements (decouverte de l'amerique, famines, revolution industrielle....)
C'est peut être juste notre concept de normalité qui est erroné
Réponse de le 05/08/2019 à 6:30 :
A Jeannot le lapin.
Toujours un stock de carottes lyophilisees a vendre. N'hesitez plus.
a écrit le 01/08/2019 à 9:48 :
Toutes les dérives du système viennent de la confiscation de la monnaie, outil commun indispensable aux échanges et réserve de valeur, par un pouvoir politique qui la pervertie dans le seul but de perdurer malgré son incapacité chronique à équilibrer son budget et à résister à la corruption. Cela ne date pas d'hier, le pouvoir impérial Romain avilissait déjà la monnaie, et nous savons où cela mène, à la perte de confiance, non seulement dans la monnaie mais dans le système tout entier. Pourquoi faire des efforts si c'est pour que le fruit de ses efforts soit volé par l'inflation, forme perverse de la confiscation autoritaire ?
Réponse de le 01/08/2019 à 10:58 :
Mais puisqu'on vous dit qu'il n'y a pas d'inflation ? Ah ah la bonne blague quand l'immobilier est compté comme 16% des dépenses des ménages...

Achetez de l'immobilier bonne gens, les taux sont si bas, par contre l'étau se ressert avec des prix qui ont doublés en quelques années...

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