Le « philanthrocapitalisme » de la Valley

VU DE LA SILICON VALLEY. Un tournant éthique est aujourd'hui en cour dans la Silicon Valley. Les grandes entreprises du secteur des nouvelles technologies se font un devoir de consacrer une partie de leurs revenus à des actions humanistes.
La philanthropie peut également rapporter gros: ainsi, bien qu'il ait versé 36 milliards de dollars à des œuvres caritatives au cours des vingt dernières années, Bill Gates continue de s'enrichir.
La philanthropie peut également rapporter gros: ainsi, bien qu'il ait versé 36 milliards de dollars à des œuvres caritatives au cours des vingt dernières années, Bill Gates continue de s'enrichir.

En août dernier, 200 PDG américains ont cosigné une tribune dans laquelle ils affirment que la satisfaction des actionnaires ne doit plus être le seul objectif d'un dirigeant. Celui-ci doit également investir dans ses employés, être au service de ses clients et promouvoir une gestion éthique de la chaîne de valeur.

Une pétition de principe qui n'en constitue pas moins un mini-séisme au pays de Rockefeller et de JPMorgan, où la maximisation des profits constituait jusqu'à présent l'horizon indépassable de tout bon dirigeant.

Mais les temps changent, et, porté notamment par l'industrie des nouvelles technologies californiennes, un tournant éthique est aujourd'hui en cours. Les jeunes pousses créées dans une optique humaniste font florès, de Pulpwork, start-up californienne qui propose une alternative biodégradable aux emballages plastiques, à The Ocean Cleanup, un appareil pour absorber les déchets dans l'océan, testé depuis septembre 2018 dans la baie de San Francisco. Le Y Combinator, accélérateur emblématique de la Silicon Valley, investit dans les technologies de capture du CO2 dans l'atmosphère, tandis que des institutions centrées sur le financement des énergies vertes apparaissent.

Mouvement philanthropique

Bill Gates et Jeff Bezos ont ainsi lancé, en compagnie d'autres entrepreneurs, le fonds Breakthrough Energy Ventures, doté de 1 milliard de dollars et chargé de financer les jeunes pousses de la transition énergétique.

Les grandes entreprises du secteur des nouvelles technologies se font également un devoir de consacrer une partie de leurs revenus à des actions humanistes. Salesforce, dont la tour gigantesque domine le paysage urbain de San Francisco, a contribué en 2014 à lancer le mouvement Pledge 1%, qui incite les entreprises à consacrer 1 % de leurs profits à des causes philanthropiques. Il compte aujourd'hui des milliers d'entreprises présentes dans 100 pays à travers le monde. Sous la direction de Satya Nadella, son PDG, Microsoft s'est mis à organiser des hackathons en interne au cours desquels les employés réfléchissent à la résolution de problèmes majeurs, comme la pauvreté, la faim ou le changement climatique.

La Rural Airband Initiative vise à apporter une connexion haut débit aux zones du territoire américain qui en sont dépourvues, et le programme AI for Earth met la technologie au service de la préservation des écosystèmes naturels. Apple tire désormais 100 % de son énergie de sources renouvelables, et a diminué l'intensité énergétique de ses produits de 70 % en dix ans. La Chan Zuckerberg Initiative, lancée par le créateur de Facebook et son épouse, finance des projets philanthropiques autour de la santé, de l'éducation et du logement. Toutes ces actions ne sont pas purement désintéressées.

Les acteurs des nouvelles technologies sont engagés dans une lutte pour recruter les meilleurs talents, et de nombreuses études montrent que les salariés souhaitent aujourd'hui que leur entreprise ait un impact positif sur le monde.

Malgré ses actions caritatives, Bill Gates continue de s'enrichir

La philanthropie peut également rapporter gros: ainsi, bien qu'il ait versé 36 milliards de dollars à des œuvres caritatives au cours des vingt dernières années, Bill Gates continue de s'enrichir. Sa fortune s'est accrue de 16 milliards de dollars en 2019, et il est actuellement le deuxième homme le plus riche du monde derrière Jeff Bezos. Les économistes américains Matthew Bishop et Michael Green parlent de «philanthrocapitalisme» pour désigner ces investissements dans des œuvres caritatives qui s'avèrent lucratifs. Une technique que la Silicon Valley semble maîtriser à la perfection.

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Commentaire 1
à écrit le 11/03/2020 à 9:00
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Marronnier publicitaire pour des gens qui ne sont certainement pas assez éclairés pour savoir quels secteurs doivent être aidés, les gars ils savent faire du fric ok, par contre cela n'est pas une compétence suffisante pour guider l'humanité. Mai...

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