Le reconfinement ne doit pas prendre le dessus du plan de relance dans nos territoires

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« La relance sera verte, sociale et territoriale » est-il écrit sur le site de France Relance. Alors que le reconfinement affecte des millions d’entreprises et d’emplois (un coût de 50 à 75 milliards d’euros pour notre économie en novembre selon le Medef), comment faire ? Comment se projeter dans l’après-urgence sanitaire pour construire une dynamique ? Comment éviter le risque d’asymétrie entre les mesures exceptionnelles prises par le gouvernement et les retombées réelles et rapides sur les territoires, sur le territoire ? Notre pays peut puiser dans les trésors de solutions dont recèle une économie performante sur nos territoires, encore trop méconnue : il s’agit de l’économie sociale et solidaire, qui dessine un modèle efficace, humain, soucieux de l’environnement, au plus près des besoins et des citoyens. Par Stéphanie Goujon, directrice générale du French Impact et conseillère au Conseil Economique Social et Environnemental.

Connaissez-vous la start-up « Ma bouteille s'appelle reviens », basée à Valence ? Entreprise de consigne, elle a été créée à l'issue d'un grand mouvement de concertation entre citoyens et entreprises. Son ambition est à la fois économique (être pérenne, s'auto financer), sociale (employer des personnes éloignées de l'emploi avec un chantier d'insertion), et environnementale (c'est le principe même d'une consigne). L'entreprise emploie deux personnes aujourd'hui et se projette à 10 salariés d'ici 4 ans. On est loin des entreprises de la tech dites « licornes », locomotives médiatiques - et assurément il en faut, qui mesurent leur succès à l'aune du montant de leur levée de fonds. Pourtant, l'ambition de « Ma bouteille s'appelle reviens » n'est pas moindre et elle ne demande qu'à grandir. Ce type d'entreprise crée un maillage fondamental sur les territoires, favorisant l'insertion, le dialogue entre les acteurs économiques, la communication avec les citoyens. Elles apportent de la vie dans des endroits qui en ont cruellement besoin, auprès de populations qui se sentent délaissées. Et si l'écosystème permet de créer 1000 « Ma bouteille s'appelle reviens », dans des secteurs divers, considérons que c'est 100.000 emplois non délocalisables dont bénéficiera le territoire. Rappelons-nous cette campagne de publicité pour l'Artisanat « Première entreprise de France ».

Concilier deux modèles

Pour conduire les transitions économique, écologique et solidaire que la crise a révélé d'autant plus nécessaires, toutes les énergies seront nécessaires. Il ne faut pas opposer ces deux modèles, celui de la licorne et celui de proximité, mais au contraire associer ces deux ambitions, les valoriser pour leur excellence propre, favoriser leur coopération pour faire éclore un modèle économique plus performant, social et écologique. Il faut un cadre pour intensifier les flux et échanges entre ces organisations : flux d'affaires, flux de compétences, flux relationnels. C'est une condition sine qua non pour assurer un développement économique durable et la cohésion sur les territoires.

De par ses valeurs, son histoire et son poids en terme d'emplois avec 2,4 millions de salariés partout en France, l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) peut être un fer de lance de ces dynamiques territoriales. Economie de proximité, de solutions, de coopération, d'entrepreneuriat de territoire, l'ESS a fait la preuve de son efficacité depuis le début de la crise. La création du collectif Résilience pour la fabrication de masques, la mise en place de mentorat en ligne pour les jeunes défavorisés avec le projet Réussite Virale, l'intensification des lignes de co-voiturage en zone rurale avec l'initiative Ecov, en sont autant d'illustrations dans des domaines divers qui ont tous en commun de transformer notre modèle.

Importance vitale de l'ESS

« Pour que les jours d'après soient des jours heureux » titrait en mai dernier Jérome Saddier président d'ESS France en promouvant une vision exigeante mais ouverte de l'ESS, avec un appel aux citoyens pour lui donner plus de force. A l'occasion du mois de l'Economie Sociale et Solidaire et des grandes manifestations qui visent à la faire mieux connaître, c'est effectivement une responsabilité individuelle et collective. Car il ne s'agit plus maintenant de réparer, mais de construire. Le momentum est là. Forte de ses solutions performantes face aux enjeux sociaux et environnementaux, l'ESS doit s'inscrire au cœur du plan de relance. Le reconfinement ne doit pas faire oublier l'importance vitale de cette économie pour la reconstruction de notre pays.

En lien avec les pouvoirs publics et les futurs sous-préfets à la relance, à notre mesure et sur notre champ d'action, il est nécessaire de donner de la lisibilité et d'expliciter les dispositifs publics, de faire cette logistique du dernier kilomètre, de créer des relais avec l'investissement privé, pour que les fonds mobilisés soient fléchés sur des projets de territoire, à impact social et environnemental. Promouvoir les passerelles et la coopération concrète entre ces trois univers que sont les pouvoirs publics, l'économie conventionnelle et l'ESS, constituera la solution.

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Commentaires
a écrit le 20/11/2020 à 11:04 :
L'oligarchie vient de finir d'anéantir le pouvoir politique national, de grâce ne lui parlez pas du régional elle est déjà en train de le massacrer aussi...

Non non faut rien dire avec ces gens là c'est plus prudent.

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