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Le Royaume Uni n'est pas prêt pour le Brexit

Christopher Dembik

Publié le 18 janvier 2017 à 11:21 - Mis à jour le 18 janvier 2017 à 12:52

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le choix d'un Brexit dur suppose que le Royaume-Uni réussisse à complètement changer la structure de son économie d'ici à 2019, date de sortie effective possible de l'UE, ce qui est un délai très court. Par Christopher Dembik, économiste, Saxo Banque

Parmi tous les évènements politiques qui vont survenir au premier trimestre (élection présidentielle en Allemagne le 12 février, élections législatives aux Pays-Bas le 15 mars), c'est l'enclenchement de l'article 50 par le Royaume-Uni à la fin du mois de mars qui risque d'avoir le plus de répercussions en raison du poids économique de l'Eurozone et du Royaume-Uni, qui est respectivement de 15,7% et de 3,9% dans le PIB mondial (en USD). Jusqu'à présent, la baisse de la livre sterling est la marque la plus visible des effets du vote britannique de juin dernier ; l'autre facteur explicatif étant l'abyssal déficit du compte courant qui est proche de 7% du PIB. La monnaie britannique s'est dépréciée de près de 17% face au dollar et de près de 9,3% face à l'euro depuis le 23 juin. Le mouvement de baisse a été amorcé dans la foulée des résultats du référendum, puis s'est accentué suite au discours de Theresa May lors du Congrès du parti conservateur à l'automne où elle a clairement opté pour un Brexit dur.

Le populisme « soft » de Theresa May

Il est certainement encore trop tôt pour parler de nouvelle philosophie politique au Royaume-Uni. On peut, toutefois, reconnaître que Theresa May a su bien analyser les raisons de la victoire du Non au référendum et commencer à proposer des pistes de solution qu'elle devra détailler à l'avenir. A rebours de ses prédécesseurs qui ont milité pour un Etat minimal, elle considère que l'Etat est la solution et non le problème. Il doit remplir trois fonctions principales :

1) Réduire les inégalités, qu'elles soient de richesse ou géographiques, qui ont augmenté à un tel point ces dernières années que la part des revenus des 1% les plus riches a retrouvé son niveau d'il y a 80 ans, à 14% du revenu global, contre un point bas historique à 6% atteint au cours des années 1970 ;

2) Réguler la finance afin de limiter les comportements égoïstes qui ont conduit à la dernière crise financière ;

3) Recourir à la dépense publique comme coussin de sécurité face aux chocs externes et internes, tel que le processus de sortie de l'UE.

Cette pensée économique semble être directement inspirée par les expériences de Chamberlain et de Roosevelt pendant les années 1920 et au début des années 1930 et prône un capitalisme moral qui n'est pas sans rappeler le paternalisme britannique du 19ème siècle.

Les trois défis économiques du Royaume-Uni

Theresa May soulève beaucoup d'espoirs mais il est encore trop tôt pour applaudir. Sa stratégie économique n'a pas encore passé l'épreuve de la réalité. Le choix d'un Brexit dur suppose que le Royaume-Uni réussisse à complètement changer la structure de son économie d'ici à 2019, date de sortie effective possible de l'UE, ce qui est évidemment un délai très court. C'est un véritable crash test qui attend l'économie britannique. On peut recenser au moins trois défis principaux :

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1)       L'envolée de l'inflation. La baisse de la livre sterling, qui est certainement durable, entraîne, par l'intermédiaire des importations, une hausse de l'inflation (prévision de 2,4% en 2017 et de 2,5% en 2018), qui pénalise le pouvoir d'achat des ménages. La montée de l'inflation est également accentuée par l'augmentation du prix global des matières premières (+4,70% en novembre 2016 comparé à novembre 2015). Dans l'immédiat, la progression des salaires est suffisamment élevée (+2,3% selon les dernières chiffres) pour compenser en partie le bond de l'inflation mais cela ne devrait plus être le cas en 2017 si les prévisions d'inflation se confirment. A moyen terme, on peut toutefois considérer que la baisse de la livre sterling va favoriser la substitution des produits importés par des produits locaux, quand ils existent. Cependant, le gain en termes de pouvoir d'achat ne sera pas substantiel ;

2)       Inquiétudes sur les salaires. En période économique normale, la situation de plein-emploi devrait favoriser une hausse des salaires mais celle-ci pourrait ne pas survenir puisque les entreprises britanniques pourraient être incitées à ne pas embaucher en raison de la conjoncture économique incertaine. Le déclenchement de l'article 50 pourrait avoir un effet psychologique important sur les chefs d'entreprises britanniques et déboucher sur un gel des embauches. Nombreux sont les observateurs qui mettent en avant la bonne santé du marché de l'emploi pour souligner que le Brexit n'a pas de réel impact. Ils oublient, cependant, que les évènements mettent au moins six mois à se répercuter sur le marché du travail, même lorsque celui-ci est très flexible, comme au Royaume-Uni. Il faudra donc attendre les données de l'ONS concernant la fin d'année 2016, qui seront publiés le 18 janvier et en février prochains, pour vraiment juger de la résilience du marché du travail britannique ;

3)       Le faible gain de compétitivité. En théorie, la dépréciation de la livre sterling doit aider l'économie britannique en cette période d'incertitude, mais le gain réel reste limité car l'élasticité prix des exportations est faible. En effet, une étude de référence de l'Office for Budget Responsibility conclut qu'une baisse de 1% du prix relatif ne se traduit que par une hausse de 0,41% des exportations (hors produits pétroliers) au bout de neuf trimestres. A titre de comparaison, pour une baisse similaire, la hausse des exportations est de 0,8% pour la France. On peut donc en conclure que le gain espéré de compétitivité pour les entreprises britanniques du fait de la baisse de la monnaie ne sera pas aussi décisif que cela a pu être évoqué.

La diminution de la fiscalité des entreprises peut constituer, sur le court terme, une incitation aux entreprises britanniques pour continuer d'investir mais, à moyen terme, le Royaume-Uni devra présenter un plan de réindustrialisation ambitieux s'il ne réussit pas à obtenir pour ses entreprises un accord d'association avantageux avec l'Union Européenne. Cela voudrait dire laisser filer le déficit, ce qui conduirait à une hausse de la charge de la dette dans un contexte de tensions sur le marché obligataire (depuis son point bas annuel, le taux de rendement souverain britannique à 10 ans a été multiplié par 2,3) et, certainement, à un nouvel abaissement de la note britannique.

Les pays d'Europe centrale et orientale, alliés objectifs du Royaume-Uni

Dans le cadre des négociations avec l'UE, le Royaume-Uni fera vraisemblablement face à l'intransigeance de nombreux pays, dont la France, même si le gouvernement actuel pourrait être moins audible au niveau européen du fait de l'approche de l'élection présidentielle d'avril. Au premier abord, le rapport de force est plus favorable à l'UE qu'au Royaume-Uni puisque les exportations européennes vers le Royaume-Uni représentent seulement 3% du PIB européen alors que les exportations britanniques vers l'Union représentent 13% du PIB britannique. Toutefois, Theresa May pourra compter sur les pays d'Europe Centrale et Orientale. Ces derniers affrontent ce trimestre deux problématiques cruciales. La première concerne la hausse du dollar qui ne constitue, cependant, pas un risque financier majeur. En effet, la dette totale libellée en USD en pourcentage du PIB est plutôt basse dans la région. Les pays les plus exposés sont la Pologne et la République Tchèque où elle atteint presque 10% du PIB, ce qui est parfaitement gérable comparé aux niveaux du Chili (au-dessus de 35% du PIB) et de la Turquie (autour de 25% du PIB).

Incertitude à moyen terme

La seconde est liée à l'impact économique potentiel du Brexit. La République tchèque et la Slovaquie figurent parmi les plus importants destinataires d'investissements britanniques dans la région et pourraient être, par conséquent, les plus pénalisés en cas de Brexit dur. Dans l'immédiat, le « non » britannique n'a pas substantiellement eu d'effet sur les flux d'investissement. La construction d'une nouvelle usine de Jaguar Land Rover dans l'Ouest de la Slovaquie, qui devrait commencer à produire en 2018 et contribuer substantiellement à la croissance et à l'emploi, est toujours d'actualité. Cependant, à moyen terme, une réelle incertitude existe à propos du maintien de la présence des entreprises britanniques dans la région (plus de 300 entreprises britanniques opèrent en République Tchèque qui sert de hub pour pénétrer sur les marchés voisins). Cette dépendance économique est un atout décisif pour le gouvernement britannique qui pourrait obtenir le soutien des pays de la région dans le cadre des négociations (afin par exemple de conserver le passeport européen pour les banques basées outre-Manche) en échange du maintien des investissements britanniques.

La diplomatie britannique n'a pas négocié depuis 1973 de grands traités commerciaux et ne possèdent plus les équipes pour le faire. En revanche, elle sait diviser pour mieux régner, ce qui laisse à penser que le Royaume-Uni pourrait, au final, s'en sortir mieux que prévu en obtenant grâce à des pays européens alliés des concessions importantes de la part de l'UE. Si le Brexit survient, ce qui n'est en rien certain.

Christopher Dembik

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