Le Royaume-Uni va tomber dans une grave récession

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le Royaume-Uni va tomber dans une grave récession

David Cameron laisse en héritage à Theresa May une économie britannique en situation périlleuse. La livre sterling est au plus bas, la City est chahutée et la crainte du Big one en immobilier s'amplifie. Il faut revenir à l'essentiel et détricoter le modèle britannique pour déterminer quels sont les points de fragilité apparus avec le Brexit. Le premier n'a rien de surprenant c'est l'immobilier, je parle d'ici de l'immobilier papier. La pression est telle que 6 fonds gérants d'actifs (et non des moindres) ont été contraints de suspendre les retraits sur des fonds dédiés à l'immobilier. C'est du jargon financier, car pour être clair cela veut dire qu'ils n'avaient pas assez de cash pour rembourser la mise de leurs clients qui voulaient sortir. Certains découvrent, mais un peu tard, que la pierre n'est pas parfaitement liquide et qu'en cas de blocage du marché ces actifs ne valent... plus rien ! C'est un signal de stress majeur avec en perspective, le risque d'un effet domino sur le reste des valeurs. Ce n'est pour l'heure qu'une hypothèse.

La quasi-certitude de l'éclater la bulle immobilière

Les effets de richesse liés aux actions et encore plus aux prix de l'immobilier sont très puissants au Royaume-Uni, c'est même l'un des principaux piliers de la croissance : il suffit de superposer, un indicateur global de richesse et le PIB pour prendre la mesure de la corrélation. Et l'inquiétude vient maintenant que les effets richesse vont décrocher et une chose est sure, les salaires n'embrayeront pas pour prendre le relais. Autre, certitude l'économie britannique a besoin d'une monnaie forte or la livre décroche et sérieusement par rapport à toutes les monnaies depuis le 23 juin : -15% par rapport au yen, -12% face au dollar et -10% vis-à-vis de l'euro. C'est catastrophique les comptes extérieurs.

Le Royaume-Uni exporte en effet des biens et des services (beaucoup de services d'ailleurs) haut de gamme ou sophistiqués donc très peu sensibles aux prix. En d'autres termes, ce n'est parce que la livre perd de sa valeur que les entreprises exporteront beaucoup plus. En outre, le commerce mondial est en panne. Côté achats, le Royaume-Uni importe massivement des marchandises qu'il ne produit pas.

La baisse de la livre sterling ne suffira pas

C'est la double peine : la hausse des prix des produits importés fait monter l'inflation d'où une perte de pouvoir d'achat pour les consommateurs et le déficit extérieur se creuse. Et c'est bien là un troisième point de fragilité, la contrainte extérieure. Le déficit courant anglais est impressionnant : en moyenne, sur un an, il est aux portes des 6% du PIB et compte tenu de la dynamique actuelle, le seuil sera vite franchi.

À titre de comparaison, la France que l'on fait souvent passer pour un cancre en la matière est un élève modèle. Le financement du déficit courant britannique ne posait en effet pas de problème tant que le Royaume-Uni faisait partie de l'UE, car le Royaume-Uni était capable d'attirer les flux financiers grâce à la City et les IDE du monde entier. Aujourd'hui la question est simple : quels investisseurs vont vouloir acheter des actifs financiers ou augmenter leurs investissements directs au Royaume-Uni. C'est une évidence, le déficit courant n'est pas soutenable et c'est là une très grande menace.

Il faut donc que les importations baissent et pour les faire baisser, il faut réduire drastiquement la demande interne. Cela porte un nom, cela s'appelle une politique d'austérité forte. Les exemples italiens et espagnols sont là pour rappeler que cela mène droit à la récession.

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Commentaires
a écrit le 26/07/2016 à 13:11 :
La spéculation est un des plus vieux métier du monde. Par conséquent, il ne fallait pas être devin pour penser qu'elle s'appliquerait à un évènement européen majeur. Le Royaume-Uni est un pays ancient et développé qui en a vu d'autres :-)
a écrit le 26/07/2016 à 11:43 :
Plus grave que celle de la zone euro? Mais elle s'en remettra bien plus vite qu'elle!
a écrit le 26/07/2016 à 11:43 :
Oui à cout et à moyen terme les effets du Brexit seront négatifs pour l’économie britannique. Sur du plus long terme il ne faut pas sous-estimer les avantages d'une totale souveraineté si le gouvernement britannique sait s'en servir. L'économie britannique est trop axée sur la finance et l'immobilier (avec bulle immobilière) et une monnaie surévaluée qui est préjudiciable à la diversification de l'économie, avec l'exportation qui ne porte effectivement que sur des bricoles sophistiquées, autrement on n'exporte pas grand chose. Avec la souveraineté et une monnaie plus faible il va falloir diversifiée davantage l'économie, mais ça va prendre beaucoup de temps. La banque centrale britannique sera en soutien du processus d'ajustement et elle devrait permettre d'amortir l'explosion de la bulle immobilière dans un premier temps.

En outre le potentiel de baisse de la monnaie britannique n'est pas forcément très important car il y a des problèmes dans la zone euro dont les marchés vont tenir compte par anticipation car cette zone devrait être d'ici quelques années la première zone monétaire importante à être frappée par une crise bancaire gravissime liée au cocktail "surendettement - faible croissance - faible inflation - taux négatifs, QE de la BCE pour y faire face - problématiques particulières liées à la zone euro".
Réponse de le 26/07/2016 à 12:45 :
On ne monte pas des industries d'export en 2 coup de cuillères a pot: cela prend une génération a politique constante pour creer cela de toute pièce,. A l'heure actuelle les seules industries d'export britanniques n'ont que faire d'une livre faible. Donc ce a quoi on peut s'attendre c'est effectivement u nserieux coup de frein, sans aucune garantie que ca ira mieux après.
Pour le reste: qui vous dit que le RU va retrouver sa "souveraineté"? Il ya deux options discutées au RU à l'heure actuelle: option1: entrer dans l'EEA et donc perdre sa souveraineté completement pour toutes les legislations du marché interieur (mais garder la City) option 2: négocier un accord de libre echange sur le modele de l'accord UE-canada (mais dès lors voir la finance démenager ailleurs car elle aura perdu son accès à la zone Euro), ce qui implique de toute manière une sera limitée dans les aspects inclus dans un tel éventuel accord.
De toute manière, la souveraineté absolue n'existe pas, celle-ci entrant toujours en conflit avec la souveraineté d'une autre nation/ d'un autre bloc commercial à un moment ou un autre (chose que les individus atteints de souverainite ne comprendront probablement jamais).
a écrit le 26/07/2016 à 10:38 :
Peut-être mais c'est surtout parce qu'il a tout misé sur la finance, ce n'est pas d'être sortie de l'union européenne.
Réponse de le 26/07/2016 à 12:34 :
Lisez mieux l'article et vous comprendrez que le hic est justement que la finance pourrait partir du fait du depat de l'UE: ca couperait alors toute source durable et importante d'IDE qui permettent au RU de tenir son rang actuel economiquement. C'est pour cela que l'acces de la city au marché unique européen (et notamment son passeport pour la zone Euro) sont fondamentaux pour l'economique britannique.
a écrit le 26/07/2016 à 10:37 :
"La quasi-certitude de l'éclater la bulle immobilière"
"C'est catastrophique les comptes extérieurs."
"Le Royaume-Uni exporte en effet des biens et des services (beaucoup de services d'ailleurs) haut de gamme"

On dirait une copie du bac.
Réponse de le 26/07/2016 à 16:10 :
@Mathieu: encore un mandat de socialistes et tu n'auras plus à t'inquiéter, car tout se fera en arabe :-)

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