Les dépenses en énergie varient de 1 984 à 3 286 euros selon le lieu de résidence en Nouvelle-Aquitaine

ANALYSE. Nos dépenses en énergie, carburant et logement, varient selon le lieu où nous habitons : une étude récente menée en Nouvelle-Aquitaine montre de très fortes disparités. Par Olivier Bouba-Olga, Région Nouvelle-Aquitaine
(Crédits : DR)

Quel montant une personne allant chaque jour travailler en voiture consacre-t-elle à ses dépenses de carburant sur une année ? Quel montant dépense-t-elle par ailleurs pour l'énergie utilisée dans son logement ? A quel montant total parvient-on quand on additionne ces dépenses d'énergie et combien cela représente-t-il en pourcentage de ses revenus d'activité ?

C'est à toutes ces questions que nous avons voulu répondre, sous l'angle particulier de la géographie : il s'agit pour nous de savoir non seulement quel est en moyenne, pour un individu, le montant de ses dépenses d'énergie pour ses déplacements et son logement, mais aussi de mesurer comment ces dépenses varient selon le lieu où il habite.

L'exercice est complexe, car il suppose de disposer de tout un ensemble de données sur les lieux de résidence des personnes et leur lieu de travail, le nombre de kilomètres parcourus pour le travail et pour les autres motifs, le type de carburant utilisé et son prix, le taux d'occupation des véhicules, etc., côté déplacements, mais aussi le type de logement de résidence (appartement ou maison), sa superficie, son ancienneté, le type d'énergie utilisé pour se chauffer, son prix, etc., côté logement.

Nous y sommes parvenus en nous focalisant sur les intercommunalités de la région Nouvelle-Aquitaine et en combinant différents jeux de données issus du recensement de l'Insee sur les mobilités professionnelles et les logements, de l'enquête mobilité du SDES, des données de consommation unitaire d'énergie du CEREN, d'autres sur les prix de l'énergie du SDES, etc., l'ensemble de la méthodologie étant précisée en annexe de ce document de travail.

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Les dépenses de carburant

Au recensement millésime 2018 (qui couvre la période 2016-2020), on dénombre en Nouvelle-Aquitaine 2,34 millions d'actifs occupés, dont 83 % se rendent au travail principalement en voiture, soit 1,95 million de néo-Aquitains. Ces actifs occupés travaillent en moyenne 207 jours par an, résident en moyenne à 10 km de leur lieu de travail, qui se situe pour 74 % d'entre eux dans une autre commune que leur commune de résidence. Sur une année, tous motifs confondus (déplacements domicile-travail et autres motifs), ils parcourent en moyenne 10 316 km, ce qui leur coûte en carburant, en retenant les prix moyens 2022 à la pompe, un peu moins de 1 200 euros par an, soit 4,9 % des revenus médians d'activité.

Ces valeurs moyennes masquent des différences importantes à l'échelle des intercommunalités : la part des actifs occupés qui se rendent au travail en voiture varie entre 65 % à Bordeaux Métropole et 95 % dans la communauté de communes de Midi Corrézien. Le nombre total de kilomètres parcourus varie de 6 757 km pour les actifs occupés de la communauté urbaine de Limoges à 18 175 km pour la communauté de communes Latitude Nord Gironde (petite intercommunalité de la couronne bordelaise, au nord de la métropole, entre Saugon et Saint-André de Cubzac). Le coût en carburant à l'année, en moyenne de 1 194 euros, varie de 835 euros pour les actifs occupés de la communauté de communes de l'ile d'Oléron à 1 973 euros pour ceux de la communauté de communes Latitude Nord Gironde.

Rapportées aux revenus médians d'activité de leur territoire, les dépenses de carburant varient entre 3 % des revenus d'activité pour les actifs occupés de la communauté de communes des Coteaux Bordelais (943 euros de dépense moyenne par actif à l'année pour un revenu médian issu de l'activité, sur le territoire, de 31 292 euros ) et 9,1 % pour ceux des portes de Vassivière (1 523 euros de dépense moyenne à l'année pour un revenu de 16 791 euros).

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 Carte 1 : dépenses de carburant des actifs occupés, en euros par an et par actif : dépenses de carburant (€).

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 Carte 2 : dépenses de carburant des actifs occupés, en % du revenu médian d'activité : dépenses carburant (% revenus d'activité).

Les deux cartes ci-dessus diffèrent sensiblement, ce qui s'explique par les différences géographiques de revenu d'activité : les actifs occupés de certains territoires doivent assumer une même dépense de carburant mais avec des revenus sensiblement plus faibles, ce qui conduit à un poids dans les dépenses bien plus fort.

À titre d'illustration, la dépense de carburant est strictement la même sur la communauté d'agglomération de Saintes et sur la communauté de communes Vallée de la Dordogne et Forêt Bessède, à savoir 1 187 euros par an, mais cette dépense pèse 4,9 % des revenus d'activité sur le premier territoire, contre 6,5 % sur le deuxième.

Les dépenses d'énergie pour le logement

Les dépenses de consommation d'énergie du secteur résidentiel en Nouvelle-Aquitaine, par actif occupé se déplaçant en voiture, sont de l'ordre de 1 273 euros par an. Rapportées aux revenus d'activité, ces dépenses d'énergie pour le logement en représentent 5,3 % en moyenne.

De la même façon que pour les dépenses liées aux déplacements, ces moyennes régionales masquent des disparités géographiques importantes : la dépense d'énergie pour le logement varie de 969 euros par actif occupé à Bordeaux Métropole à 1 845 euros pour la communauté de communes de l'Ile-de-Ré.

Rapportées aux revenus d'activité des actifs occupés allant travailler en voiture, ces dépenses varient de 3,5 % pour Bordeaux Métropole (969€ de dépenses pour un revenu médian de 27 804 euros) à 8,4 % pour la communauté de communes de Domme-Villefranche du Périgord (1 553 euros de dépenses pour un revenu de 18 526 euros).

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Carte 3 : dépenses d'énergie pour le logement des actifs occupés, par actif et par an (€).

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Carte 4 : dépenses d'énergie pour le logement des actifs occupés, en % du revenu médian d'activité.

Comment expliquer ces différences ? Les dépenses énergétiques des logements sont directement liées aux consommations d'énergie des logements, qui dépendent elles-mêmes de leur période de construction, des vecteurs énergétiques utilisés, de leur surface, et de la rigueur climatique de la zone géographique, autant d'éléments pris en compte dans la modélisation et permettant d'estimer la facture moyenne par logement.

Une estimation de l'ensemble des dépenses

Quand on cumule les deux dépenses, on constate qu'elles s'élèvent en moyenne à 2 467 euros, soit 10,2 % des revenus d'activité. Elles s'échelonnent de 1 984 euros par actif occupé dans la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées à 3 286 euros pour ceux de la communauté de communes de Latitude Nord Gironde. Pour fixer les idées, une personne gagnant le smic devra consacrer entre 1,5 à 2,5 mois de travail pour gagner le salaire lui permettant de couvrir ces dépenses.

En pourcentage des revenus d'activité, ces parts cumulées varient de 6,9 % pour la communauté de communes Jalle-Eau-Bourde (2 271 euros de dépenses pour un revenu médian de 32 736 euros) à 17,1 % pour la communauté de communes du Pays de Duras (3 018 euros pour un revenu médian de 17 608 euros), soit un rapport de 2,5 pour 1.

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Carte 5 : dépenses d'énergie pour les déplacements et pour le logement des actifs occupés, par actif et par an (€).

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Carte 6 : dépenses d'énergie pour les déplacements et pour le logement des actifs occupés, en % du revenu médian d'activité.

Des disparités territoriales importantes

Au total, notre modélisation montre que, dans le contexte actuel de crise énergétique, les dépenses d'énergie pour les déplacements et pour le logement sont très significatives, d'une part, et qu'elles varient fortement d'un territoire à l'autre, d'autre part. Que peut-on faire alors pour réduire ces inégalités ?

Il nous semble que la géographie des vulnérabilités énergétiques qu'on voit se dessiner pourrait orienter certains choix de politique publique. À titre d'illustration, on peut penser que les territoires pour lesquels les dépenses de carburant en pourcentage des revenus d'activité sont les plus fortes pourraient faire l'objet d'une attention particulière en matière de politique de transport, pour réduire le nombre de kilomètres parcourus. Les politiques de rénovation énergétique des logements et d'accompagnement des ménages en difficulté pourraient être également concernées.

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Par Olivier Bouba-Olga, Economiste, Professeur des Universités en aménagement de l'espace et urbanisme, Université de Poitiers & chef du service "études et prospective", Région Nouvelle-Aquitaine, Région Nouvelle-Aquitaine

Cet article synthétise les résultats d'une étude menée par le service « études et prospective » du pôle DATAR de la Région Nouvelle-Aquitaine et l'Agence Régionale Evaluation Environnement Climat de Nouvelle-Aquitaine. Les résultats par intercommunalité sont également mis à disposition.

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Commentaire 1
à écrit le 26/01/2023 à 8:57
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Ben non ils veulent qu'on vendent nos maisons à la campagne afin de les offrir aux parisiens assiégés, ou bien que nous les louions aux touristes pour la saison et qu'on aille vivre dans un 30m2 à Paris pour un salaire de 1800 balles avec 1000 balles...

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