Les entreprises innovantes, plus engagées dans l'économie circulaire

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OPINION. Une récente enquête conduite auprès de 1000 entreprises du secteur de la chimie met en lumière les freins et les leviers présents dans les initiatives d'économie circulaire. Par Sebastien Bourdin, EM Normandie - UGEI (*)

« Extraire, produire, consommer, jeter » : le modèle linéaire qui domine aujourd'hui a atteint ses limites. En réponse, « l'économie de la circularité » connaît une croissance importante. En favorisant le réemploi, la réutilisation et le recyclage des matières premières, ce système conceptuel global agit comme un levier pour réduire nos déchets.

Le concept a gagné en intérêt auprès du public et dans les entreprises car l'économie circulaire répond aux attentes changeantes du public en période de crise économique : avantages économiques (création de nouveaux types d'emplois, réduction des coûts) et création de liens sociaux et territoriaux plus forts grâce au concept de « partage ». Pour autant, de nombreuses entreprises rechignent encore à s'y engager.

Afin de mieux comprendre les leviers et les freins de l'économie circulaire, nous avons porté un projet de recherche (ECOCIRCU) dans lequel s'est notamment inscrite la réalisation d'une enquête téléphonique auprès d'un millier d'entreprises du secteur de la chimie. Les résultats de cette enquête empirique ont été publiés en novembre 2020.

En tant que fournisseur de base, cette industrie est impliquée (de manière directe ou indirecte) dans l'essentiel des produits fabriqués, utilisés ou consommés. Lorsqu'elle modifie son empreinte environnementale, elle affecte donc celle des autres industries.

Leviers et freins à l'économie circulaire

Parmi les déterminants qui poussent les entreprises enquêtées à s'engager dans des pratiques de circularité, l'encadrement législatif et réglementaire s'avère incontournable pour 44,5 % des sondés. Cela tient compte des taxes et des diverses incitations existantes. Dans ce cadre, le plan d'action de l'Union européenne pour l'économie circulaire et la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte ont constitué d'importants leviers de développement.

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Dans un marché où le désir de consommation responsable progresse, le facteur de la demande, évoqué par 37,4 % des entreprises interrogées, motive également les entreprises à orienter leur stratégie vers le développement durable. Le problème de l'épuisement et de la volatilité des ressources incite par ailleurs les acteurs économiques à se montrer plus ouverts à des modes de production circulaires.

Deux freins à cela toutefois : d'une part, les solutions techniques doivent être disponibles (46,6 % de réponses) pour concevoir des scénarios de cycle de vie des produits et de production optimaux. Ce qui implique également un personnel suffisamment spécialisé et qualifié pour mettre en œuvre ces processus circulaires.

D'autre part, étant donné les coûts d'investissement initiaux élevés et l'incertitude du marché, la question du financement est citée par 7 % des entreprises comme un obstacle au déploiement d'une telle stratégie. Les bas prix de nombreuses matières premières empêchent en outre bien souvent les produits « circulaires » de se substituer à leurs équivalents « linéaires ».

Innovation et économie circulaire

Le passage à l'économie circulaire est un processus de reconfiguration et d'adaptation qui implique des innovations. Notre étude montre que la propension des entreprises à mettre en œuvre l'économie circulaire est très liée à leur comportement en matière d'innovation.

69 % des entreprises ayant recours à l'innovation de produit - qui consiste à créer un produit nouveau ou à améliorer l'existant - témoignent d'un fort engagement dans l'économie circulaire. Habituées à innover, elles disposent des compétences techniques et économiques pour mettre en place de nouveaux processus et faire les choix adéquats en matière de recherche, d'investissement et d'intervention sur le marché.

De la même manière, 69 % des entreprises qui innovent sur le plan environnemental en développant des produits, comportements ou procédés visant à réduire les risques environnementaux (citons l'écoconception par exemple) sont également très impliquées dans des démarches de circularité. Même constat chez 72 % des entreprises qui font de l'innovation frugale. Celle-ci consiste à développer des biens de qualité à moindre coût, selon les principes du « système D ».

Nos résultats révèlent également que la taille de l'entreprise ne paraît pas avoir d'effet sur son engagement dans l'économie circulaire, si ce n'est pour les très petites entreprises pour lesquelles cela semble difficile.

Pour conclure, il est souhaitable que les politiques européennes et nationales soutiennent massivement les innovations vertes en entreprise. Cela passe par une reconnaissance accrue des modèles commerciaux circulaires des entreprises. La création de marketplaces et de communautés de pratique spécifiques à l'économie circulaire peuvent également favoriser ce déploiement.

The Conversation ____

(*) Par Sebastien Bourdin, Enseignant-chercheur en géographie-économie, Laboratoire Métis, EM Normandie - UGEI. Ce texte a été co-écrit avec l'ESDES Lyon Business School (Nabila Arfaoui, Christian Le Bas, Marie-France Vernier et Linh-Chi Vo).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2020 à 15:40 :
En effet il serait stupide de conclure à séparer ceux qui veulent de ceux qui ne veulent pas c'est bien entendu beaucoup plus complexe que cela, parce que nous serions surpris de voir tout ceux qui s'y mettent par économie financière tout simplement, je pense à cet exemple parfait d'éleveur paysan qui en faisant tout simplement brouter l'herbe de ses champs à ses vaches lui fait économiser 70000 euros par an en aliments multiples, pas besoin d'être écologiste pour s'y mettre.

On peut aussi être sensible à l'environement et n'avoir ni les moyens ni le temps et de ce fait pas l'envie non plus d'y réfléchir et de s'y mettre. Là encore on sait que l'éthanol par exemple c'est cultiver nos champs pour nos bagnoles mais bon c'est 70 centimes le litre, ce n'est pas rien.

On peut aussi avoir les moyens et le temps mais ne pas savoir vraiment y faire et empirer la situation avec la pourtant toute bonne volonté du monde, venant de mauvais conseils ou d'idées préconçues, de stéréotypes et-c... Bref la capacité de réflexion est très importante pour cette notion obligeant de se sortir soi même de l'intérêt pour le généraliser et comprendre que cette généralisation de l'intérêt c'est aussi soigner les siens propres d'intérêts.

Et cette économie circulaire serait un véritable eldorado qui s'ouvrirait devant nous si on apprenait enfin à notre classe dirigeante à penser.

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