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Les hommes du président Trump

Photo de Les correspondants de La Tribune

Jean-Eric Branaa

Publié le 16 novembre 2016 à 12:21 - Mis à jour le 16 novembre 2016 à 12:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le ballet des hommes en charge de la conduite de la transition à Washington en dit peut-être plus qu’on ne le croit sur le type de présidence qu’exercera Donald Trump. Par Jean-Eric Branaa, Université Paris II Panthéon-Assas.

À peine l'élection achevée, les États-Unis sont entrés dans une nouvelle phase très active : celle de la transition. Les aspects techniques de ce passage d'une administration démocrate à une administration républicaine sont largement commentés par les observateurs. Dans le même temps, il convient aussi d'observer le ballet des hommes en charge de la conduite de cette transition, et qui nous en dit peut-être plus qu'on ne le croit sur le type de présidence qu'exercera Donald Trump.

La transition est en réalité dans les têtes depuis le printemps : il s'agit d'un long processus, très complexe, d'autant qu'il faut pourvoir 4.000 postes fédéraux, dont 1.100 qui sont soumis à un accord formel du Sénat. Chris Christie, gouverneur du New Jersey, avait alors été nommé à la tête d'un comité restreint, qui comprenait un grand nombre de personnalités très qualifiées et ayant déjà travaillé à cette tâche, auprès de Georges W. Bush ou de Mitt Romney. On ne part donc pas de rien et le travail avance vite maintenant que Donald Trump a été élu.

Mais Chris Christie est un républicain très modéré, qui fait partie de l'establishment, cette frange du parti qui a rejeté - parfois violemment -le président nouvellement élu. Souvenons-nous que beaucoup d'entre eux avaient même créé un label « Never Trump » (Jamais Trump), qui ne sera pas oublié de sitôt. Sa tendance à vouloir arrondir les angles et sa pratique politique qui le pousse naturellement aux accommodements, arrangements et pactes ne convient plus désormais au futur chef de la Maison-Blanche : il vient donc d'être remplacé sans autre forme de procès ce vendredi.

Sa fidélité personnelle n'est pas mise en doute et Donald Trump n'a certainement pas oublié que Chris Christie fut le premier ténor républicain à lui apporter son soutien, dès le mois de février, à la grande surprise de toute la classe politique américaine. Mais on peut penser - et ce remplacement en est une bonne illustration - que le futur nouveau locataire de la Maison-Blanche n'est déjà plus tout à fait seul à décider.

Un contrôle serré de la Maison-Blanche

Reince Priebus a été nommé, dimanche soir, au poste de secrétaire général de la Maison-Blanche (Chief of Staff). C'est un poste hautement stratégique car c'est la personne qui va littéralement faire tourner cette maison, choisissant celles et ceux qui vont y travailler, organisant l'entourage du président, permettant l'accès à ce dernier ou pas, et établissant les liens qui sont nécessaires avec le Congrès.

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Reince Priebus était jusqu'à présent à la tête du Parti républicain et c'est lui qui a organisé le soutien autour de Donald Trump, en particulier à partir de l'été. Il s'est montré un allié presque indéfectible, prouvant cent fois sa loyauté : Donald Trump sait qu'il a là un homme solide et acquis à sa cause. Il l'a d'ailleurs régulièrement souligné dans ses meetings, n'hésitant pas à le faire monter sur scène pour le faire acclamer par ses supporters.

Reince Priebus possède par ailleurs le grand avantage d'être très proche de la plupart des membres du Congrès. À commencer par le premier d'entre eux : le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, est un de ses amis de très longue date, depuis qu'ils se sont retrouvés dans la même université Whitewater dans le Wisconsin. Idem pour Mitch McConnell, le patron des sénateurs républicains. Seul désavantage à la nomination de Reince Priebus : c'est un bien mauvais signal pour les électeurs qui ont choisi de voter pour un Trump qu'il leur avait promis de nettoyer « le bourbier » de Washington.

Le retour en force des ultra-conservateurs

Car le nouvel homme fort à Washington s'appelle désormais Mike Pence. Cet ultra-conservateur, gouverneur de l'Indiana, a pris des risques politiques en acceptant d'être le candidat à la vice-présidence au côté du milliardaire new-yorkais si décrié. Il avait toutefois compris que l'exposition médiatique serait sans comparaison avec ce qu'il pourrait obtenir par ailleurs et que, victoire ou défaite, il deviendrait une personnalité incontournable.

Mike Pencen'a pas grand-chose en commun avec Donald Trump. Il est même son exact opposé en politique : l'un est imprévisible, l'autre est réfléchi ; l'un fait des déclarations tonitruantes, l'autre est un besogneux qui travaille sans faire trop de bruit ; l'un a navigué entre plusieurs courants politiques et est un inclassable tandis que l'autre est un conservateur convaincu, dont les convictions ne s'accommodent pas des compromis. Ce serait même, dans son genre, une sorte de gardien du temple. Il a, par exemple, au plus fort du débat sur le mariage pour tous, voulu faire voter une loi autorisant les professionnels qui le souhaitent à refuser de travailler pour l'organisation d'un mariage gay. Cette clause de conscience devait permettre aux traiteurs, restaurateurs, fleuristes, modistes et autres, de ne pas se retrouver en situation de trahir leurs convictions profondes.

Mike Pence prend donc le contrôle de la transition et aura la tâche d'organiser les premiers pas de Donald Trump à Washington. C'est également lui qui façonnera le premier gouvernement Trump, celui qui sera proposé au Congrès, car l'assentiment de celui-ci est formellement requis pas la Constitution. C'est sur les réseaux les plus conservateurs du pays que va s'appuyer cet homme, très apprécié par ailleurs, car il est posé, construit et courtois.

Fidèle soutien de Cruz pendant les primaires, il ne sera pas combattu par les supporters de celui-ci. Parce que ses convictions religieuses sont profondes et connues, les évangélistes viendront également lui prêter main-forte. Des hommes comme Mike Huckabee et Ben Carson seront en première ligne. Parce qu'il a été le gouverneur d'un État qui s'est battu contre le pouvoir trop présent de Washington et a sans cesse dénoncé les impôts et charges imposées par l'administration fédérale, il sera épaulé par le Tea Party et ses partisans.

L'entourage le plus fidèle de Donald Trump est à son image et se retrouve logiquement en soutien au plus haut niveau du nouvel organigramme de la transition : on voit arriver Newt Gingrich qui est pressenti aux Affaires étrangères, Rudolph Giulani qui pourrait prendre la Justice ou Jeff Session à la Défense.

Pas de place pour l'establishment au sommet de cette organisation car ce sont désormais ce sont ces hommes-là qui font la doctrine. Cela ne signifie pas que des plus modérés ne seront pas intégrés et d'ailleurs, déjà, quelques noms circulent, comme ceux de Mike McCaul, Jeb Hensarling ou Mike Rogers, fréquemment cités. Le dernier de cette liste a ainsi de grandes chances d'être le futur directeur de la CIA (il a déjà dirigé la NSA).

La famille et des fidèles pour se rassurer

Donald Trump n'est toutefois pas prêt à abandonner son sort à ces hommes. Il les sait aguerris à l'exercice du pouvoir et ne sous-estime pas les liens qui les unissent. Il n'est pas né de la dernière pluie et se méfie. Il aime mélanger les genres et créer des équilibres improbables. Ainsi Stephen Bannon a été nommé chef de cabinet pour contrebalancer le poids de Reince Priebus. Il agit ici cette fois-ci encore comme il l'a fait durant toute sa campagne, en complétant ce nouvel organigramme par les plus fidèles d'entre les fidèles : la famille Trump.

Le népotisme est l'arme classique de chefs d'État qui se sentent en danger et qui souhaitent contrôler l'ensemble du dispositif les entourant. Ce sera donc la mission de Donald Trump Jr, le fils prodigue - double du président, répète-t-on partout - mais aussi d'Eric Trump et d'Ivanka Trump, qui rejoignent à leur tour ce comité de transition. Peu importe si la confusion devient totale entre le public et le privé, si l'étanchéité qui serait nécessaire avec le business du nouveau Président n'est plus assurée (rappelons que ces trois enfants contrôlent et dirigent la plupart des entreprises Trump), cela donne à Donald Trump un œil interne dans la construction de son futur mandat. Même le gendre, Jared Kushner, prend une place au premier plan, autant pour le récompenser de son implication totale dans la campagne, contribuant à ramener le vote juif sur le ticket républicain, que parce que la confiance est, là aussi, totale.

C'est parce que cette confiance est importante qu'on voit apparaître dans le premier cercle, ou pas très loin, des hommes et femmes inattendus : Jamie Dimon, un des banquiers les plus impliqués dans la crise des subprimes mais proche de Donald Trump, le milliardaire Peter Thiel, seul soutien du président dans la Silicon Valley et ouvertement gay, Michael Flynn, un général en retraite, ou encore Sarah Palin, que l'on a vu revenir au premier plan politique avec son soutien à Donald Trump, et l'ancien rival des primaires, le neurochirurgien Ben Carson.

Il y aura donc aussi - comme promis - des arrivées provenant de la société civile, des hommes et femmes qui ne sont pas du sérail. Mais tous extrêmement fermes sur les positions conservatrices.

Enfin, Kellyanne Conway, qui fait maintenant figure de personnalité incontournable auprès de Donald Trump : arrivée sur le tard dans la campagne, en même temps que Steve Bannon, elle a su apaiser le candidat, tout en le laissant s'exprimer selon sa nature. Son rôle n'était pas facile puisqu'il lui fallait se lancer dans des campagnes d'explication après chaque tweet malheureux ou une parole qui lui avait échappé et qui pouvait potentiellement blesser quelqu'un. « Chaque voix compte dans une élection, » a-t-elle très certainement répété inlassablement à Donald Trump. Son rôle auprès des médias a été particulièrement réussi et on s'attend à la retrouver au plus près de Donald Trump, très certainement dans le futur bureau exécutif (non soumis à ratification par le Sénat) ou même comme porte-parole.

Trump prend la tête du Parti républicain

Avec le départ d'un fidèle à la tête du Parti républicain, Donald Trump a besoin que ce soit un autre de ses plus loyaux soutiens qui prenne la relève. Le nom de Corey Lewandowski circule déjà. Il a été vu entrer dans la Trump Tower en fin de semaine dernière et il vient de démissionner de CNN, où il avait été embauché après avoir quitté la direction de campagne Trump en avril.

Corey Lewandowki peut être considéré comme l'homme qui a fait Trump. C'est lui qui était à ses côtés pour ses premiers pas en politique et qui n'a jamais renié aucune des outrances qui ont fait tant parler. Le directeur de campagne a lui-même été attaqué par la presse lorsqu'il a empoigné une journaliste lors d'un meeting - ce qui lui a valu des poursuites pour coups et blessures, mais aucune condamnation au final.

Son éventuelle nomination serait la preuve de l'état de délabrement du Parti républicain, incapable de s'opposer à une telle mise sous tutelle, car c'est bien de cela dont il s'agirait si cela se vérifie. L'establishment disparaît donc du devant de la scène et les factions les plus conservatrices auront une parole plus libre et des coudées plus franches, également au sein du parti - ce qui promet de profonds bouleversements dans le pays.

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Jean-Eric Branaa, Maître de conférences politique et société américaines, Université Paris II Panthéon-Assas

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Jean-Eric Branaa

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