Les poissons sont-ils menacés par la surpêche ?

CHRONIQUE DU "CONTRARIAN" OPTIMISTE. Si l'état des ressources halieutiques est loin d'être catastrophique, comme le montre une récente étude, certaines situations sont préoccupantes et nécessitent une action. Un point qui sera discuté lors du sommet "One Ocean" organisé par la France au début de 2022.
Robert Jules

4 mn

Des employés d'un bateau de pêche chargent des thons dans le Port Victoria aux Seychelles.
Des employés d'un bateau de pêche chargent des thons dans le Port Victoria aux Seychelles. (Crédits : Reuters)

Cette semaine, Emmanuel Macron a annoncé la tenue à Brest au début de l'année prochaine - année où la France présidera l'Union européenne - d'un sommet intitulé "One Ocean" qui visera à tracer "un cadre de protection de la haute mer" dans la lignée du sommet sur la biodiversité qu'il avait tenu à Marseille.

Commentant la décision, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, et proche d'Emmanuel Macron, a indiqué que l'un des axes de travail du sommet porterait notamment sur le cadre juridique qui s'applique dans les eaux internationales - celles-ci débutent à partir de 200 milles marins de la côte, soit quelque 370 km -, car cette zone, selon Richard Ferrand, "n'appartient à personne", une absence de responsabilité sur laquelle "les discussions patinent depuis soixante ans".

Pêche illégale

En attendant de voir ce qui ressortira concrètement d'un tel sommet, cette situation favorise la pêche illégale, autrement dit le risque de réduire dangereusement le nombre et la diversité des poissons et autres fruits de mer.

Une étude réalisée par Hannah Ritchie et Max Roser de Human Progress, un site spécialisé notamment sur la data, relativise le risque d'extinction des ressources halieutiques, même si la situation peut être critique en certains lieux. La première raison est d'abord à chercher dans la hausse des besoins. La production mondiale de poissons et de fruits de mer a quadruplé durant les 50 dernières années en raison du doublement de la population mondiale et du fait que chaque individu en consomme presque le double qu'il y a un demi-siècle, soulignent les auteurs.

La première conséquence en a été la surpêche des poissons sauvages, menacés d'extinction par un rythme de prélèvement supérieur à celui de la reproduction. La solution a été de développer l'aquaculture, l'élevage de poissons, dont le volume est désormais supérieur à celui de la pêche d'espèces sauvages. Ainsi, à travers le monde, en 2015 (dernières données répertoriées), 200 millions de tonnes sont pêchées dont quelque 107 millions de tonnes provenant de l'aquaculture. A titre de comparaison, en 1980, 76 millions de tonnes étaient pêchées à travers le monde dont 8 millions de tonnes provenaient de l'aquaculture.

Recul de la pêche en France

Quant à la France, sur les 900.000 tonnes qu'elle pêchait en 1980, 650.000 tonnes provenaient de la pêche de capture (sauvage). En 2018,  son volume est en baisse, avec quelque 800.000 tonnes pêchées, dont un peu plus de 600.000 tonnes proviennent de la pêche de capture, la part de l'aquaculture se réduisant même depuis 1995.

Le secteur de la pêche est également un secteur important pour l'emploi. Selon la FAO, 59,5 millions de personnes y travaillaient en 1981 contre 37,5 millions en 1995. Dans les deux cas, plus de 80% des employés se situent en Asie. Et si durant cette période, la part d'employés dans les piscicultures augmente, elle reste inférieure à celle des employés de la pêche de capture.

Cette augmentation de l'activité pose la question de la durabilité de la pêche. Si la pisciculture a été une réponse à la surpêche sauvage qui menaçait les réserves, elle arrive à un point où la gestion implique de fixer un niveau nommé "rendement maximal durable", qui répond à l'équation de pouvoir pêcher autant de poissons que possible - pour des raisons d'emplois et de production de protéines - sans épuiser davantage les stocks existants. Cette gestion du secteur est critiquée par les associations écologistes qui considèrent les poissons comme des êtres vivants à part entière, et pas seulement comme une ressource pour les êtres humains. Elles seraient favorables à une réduction drastique de la pêche.

Pour autant, même si la nécessité de fixer des limites à l'exploitation est reconnue par tous les acteurs, une vision catastrophiste de la situation perdure. Ainsi a circulé durant des années dans les médias une information qui prédisait qu'il n'y aurait plus un seul poisson dans les océans en 2048. Selon les experts de Human Progress, cette information provient d'un article paru dans la revue Science qui consacrait en 2006 un dossier à la biodiversité. L'article concluait à partir de données extrapolées - qui ne prenaient en compte que les quantités pêchées et non l'ensemble des ressources halieutiques - à la disparition des poissons des océans en 2048. L'alerte était légitimée par le New York Times qui reprenait à son compte la projection.

Nouvelles évaluations

Mais cette prédiction pessimiste a été contestée par des scientifiques. De nouvelles évaluations ont conclu à une situation plus contrastée. La dernière en date, publiée en 2020, indique qu'environ un tiers des stocks mondiaux de poissons sont en déclin - ils sont pêchés à un rythme supérieur à celui de leur reproduction - mais les deux autres tiers sont durables et ne sont pas menacés.

Les ressources halieutiques ne vont donc pas disparaître, même s'il y a des situations critiques pour certaines variétés de poissons. Des problèmes qui seront discutés sûrement lors du Sommet "One Ocean" de début 2022.

Robert Jules

4 mn

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Commentaires 5
à écrit le 18/10/2021 à 9:59
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quand je vois un titre ecolo, je me demande tout de suite ou va etre l'impot social qui sauve la planete ( et le budget de la france)

à écrit le 16/10/2021 à 12:12
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Il y a un excellent article sur les océans du monde dans le diplo publié il y a plusieurs années concernant ces océans qui deviennent de véritables poubelles à ciel ouvert. La surpêche, la pollution directe, 6 iles en plastique quand même hein,, la p...

à écrit le 16/10/2021 à 11:24
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Par définition la surpêche est une situation où le prélèvement excède la capacité de renouvellement naturelle des populations touchées. Donc la surpêche menace évidemment certaines espèces. Par le passé, il a été prouvé qu'une gestion par quota pouv...

à écrit le 15/10/2021 à 20:41
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Il doit avoir un sérieux problème, surtout si on considère que les américains ont coulé cette semaine 300 bateaux de pêche chinois, qui pêchaient dans le parc nationale de Galápagos dans tout illégalité.

à écrit le 15/10/2021 à 19:12
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Avec une population mondiale qui augmente, la demande de poisson ne peut qu'augmenter et les stocks fondre, comme la banquise, le gaz, le pétrole, l'eau et toutes les ressources naturelles en général.

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