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Les résultats de la présidentielle détournés par la technologie?

Prathap Dendi

Publié le 21 avril 2017 à 09:24

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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A la veille du premier tour de la présidentielle, comment les candidats utilisent-ils les innovations technologiques pour influencer le vote final des Français ? La technologie peut-elle vraiment changer la donne dans la vie politique et avoir des conséquences inattendues ? Par Prathap Dendi, directeur général - IoT & Emergent Technologies, AppDynamics

L'utilisation de la technologie en politique n'est plus une pratique exceptionnelle. À l'ère de l'Internet, le potentiel de la data et de la communication personnalisée n'est plus remis en question. Tous les partis politiques sont parfaitement conscients que la façon dont ils s'adressent à leurs électeurs doit profondément changer. C'est pourquoi nous assistons à l'adoption massive par les courants politiques d'innovations numériques censées séduire l'électorat. Sites Web, réseaux sociaux, mais aussi applications mobiles et hologrammes - les leaders politiques misent sur le numérique pour faire entendre leur voix. Mais la technologie numérique peut-elle vraiment influencer le vote et auquel cas, comment mesurer son impact ?

Les réseaux sociaux et le pouvoir des communautés

La multiplication des nouveaux « owned media » (contrôlés par les communicants) offre aux candidats davantage de canaux pour amplifier leur message et toucher le public tout en laissant aux plateformes tierces comme Facebook ou Twitter le soin de s'occuper de la partie technique de la communication. Ce phénomène a permis à Jean-Luc Mélenchon, à l'époque peu présent dans les médias traditionnels, de se connecter aux Français à travers les réseaux sociaux. Sur YouTube notamment le candidat a pu rassembler plus de 260 000 abonnés, soit 14 fois plus que Marine Le Pen qui, parmi les candidats, occupe la deuxième place dans le classement des chaînes YouTube les plus populaires !

Cependant les "Likes" seront-ils convertis en votes ? L'impact du phénomène des « followers » sur la décision des citoyens reste encore à prouver. Mais bien que de telles pratiques ne soient pas encore bien définies, certains candidats explorent d'ores et déjà les possibilités que leurs communautés connectées peuvent leur offrir. L'un des exemples de la présidentielle 2017 est celui de l'équipe de François Fillon qui a associé Twitter à un outil de gestion de contenu NationBuilder (précédemment utilisé par Barack Obama pour ses campagnes électorales) lors de la primaire de la droite et du centre. En corrélant les statistiques de Twitter avec leurs propres bases de données, Les Républicains ont pu identifier parmi leurs partisans les 2 000 utilisateurs Twitter les plus actifs pour leur fournir des contenus « prêt-à-Tweeter » et renforcer ainsi l'impact de la campagne en s'appuyant sur des influenceurs digitaux.

La réalité augmentée : l'effet 'wow' ou un nouvel outil d'influence ?

Pendant que certains candidats exploitent les capacités des technologies établies, d'autres découvrent le potentiel des tendances émergentes, telles que la réalité augmentée. Après l'hologramme de Jean-Luc Mélenchon lors de son double meeting à Lyon et à Aubervilliers en février dernier, c'est au tour de Marine Le Pen de proposer à ses supporters un peu de « la magie technologique » avec sa nouvelle application 'Marine Plus'.

Cet outil, qui ressemble à la fois à Snapchat et aux illustrations animées des unes de journaux que nous avons pu voir dans les films 'Harry Potter', permet aux utilisateurs d'ajouter des filtres tricolores et des roses bleues à leurs photos mais aussi d'animer des affiches de Marie Le Pen avec leurs smartphones et tablettes. Comme initialement prévu, l'application a en effet permis au parti d'atteindre un nouveau public, mais en parallèle elle est aussi devenue une source de frustration pour certains. Les avis d'utilisateurs sur Google Play Store indiquent plusieurs bugs dans l'application et pointent du doigt son poids trop élevé pour les fonctionnalités qu'elle propose. Ces commentaires montrent donc l'écart qui existe entre la volonté des candidats de tirer parti d'une nouvelle technologie pour convaincre les électeurs et les attentes croissantes des utilisateurs qui cherchent une expérience d'utilisation exceptionnelle et non seulement un énième canal de communication d'un candidat.

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Les solutions Client Relationship Management et le big data

L'année 2017 restera gravée dans l'histoire de la France comme une année où presque tous les candidats à la présidentielle se sont dotés d'un outil de CRM (de gestion de relation 'client') pour suivre les états d'âmes de leur électorat et leurs interactions mutuelles.

L'un des cas les plus réussi est celui d'Emmanuel Macron avec Proxem, pionnier de l'analyse sémantique des données textuelles. L'éditeur français a notamment aidé le candidat à recentrer sa campagne autour des principaux sujets intéressant l'opinion publique, sujets définis à l'aide de son outil de big data depuis les données recueillies lors d'une campagne de porte-à-porte. Cette stratégie basée sur les données a visiblement porté ses fruits en permettant au candidat du 'renouveau politique' de s'affirmer assez rapidement dans les sondages et de figurer aujourd'hui parmi les favoris de la course à la présidentielle.

La technologie : vers une utilisation plus efficace dans la politique ?

La présidentielle 2017 nous a clairement montré que pour tous les candidats, la course à l'Elysée passe désormais par la technologie censée leur permettre de toucher et d'engager leurs électeurs existants et potentiels. Mais force est de constater que le monde politique n'a pas encore découvert tout le potentiel et les limites de la technologie.

Tout d'abord, il ne faut pas oublier que désormais, l'utilisation de la technologie par une figure politique fait partie de son image globale (comme c'est le cas pour Emmanuel Macron et sa « politique big data » ou encore pour « la gauche moderne » de Jean-Luc Mélenchon). Donc, qu'il s'agisse d'une application de réalité augmentée ou d'une retransmission d'un hologramme sur les réseaux sociaux, l'expérience de l'utilisateur devient primordiale pour la décision de vote.

La question n'est pas seulement de mesurer la performance de la technologie mais de voir comment elle influe sur l'intention de vote. Par exemple, le site ou l'hologramme laissent-ils une bonne impression chez le citoyen ? L'utilisateur a-t-il connu des moments de frustration avec une application et, par extension, avec le parti politique « en charge » de l'expérience utilisateur ? Comment améliorer la technologie pour atteindre de meilleurs résultats la prochaine fois ? Bien que certains partis s'y intéressent ponctuellement, la prochaine étape serait d'accélérer le processus et de suivre ces indicateurs en temps réel pour mieux refléter la position de la nation sur certains sujets et événements critiques de la vie politique.

À long terme, cela pourrait bouleverser non seulement les campagnes électorales mais également changer profondément les pratiques de la prise de décision politique. Et si la technologie pourrait en effet nous rapprocher du rêve de la démocratie participative de Benoît Hamon ? Attendons de voir.

Prathap Dendi

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