Les sanctions, reflets de la suprématie américaine
Michel Santi

Photo d'illustration
DR
Michel Santi

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Le billet vert est
certes la monnaie de réserve par excellence au niveau universel et est
naturellement constitutive de l'hégémonie américaine. Pour autant, il ne
suffit pas - comme nombre d'entreprises et de nations sous sanction - de
commercer dans une autre monnaie afin d'éviter ces sanctions. En d'autres
termes, ce n'est pas grâce à leur monnaie que règnent les Etats-Unis car il
ne suffit pas de ne plus en faire usage pour se soustraire à leurs
sanctions.
Prenons le cas de l'Iran qui vient de se voir infliger une batterie
supplémentaire de sanctions par les USA. Aucune entreprise américaine n'est
plus autorisée aujourd'hui - non à entretenir des relations commerciales
avec l'Iran, ce qui est une cause entendue - mais également à aucun contact
avec une entreprise européenne, japonaise, canadienne ou autre qui ferait
des affaires avec l'Iran. Cette société étrangère qui commerce avec l'Iran
se retrouve donc confrontée à un choix impossible consistant à être
littéralement bannie, non seulement des Etats-Unis, mais surtout de faire de
quelconques affaires avec une entreprise américaine si elle décidait de
maintenir ses relations avec l'Iran. Dès lors, cette société étrangère
récalcitrante serait privée d'accéder à l'immense marché US, privée de la
technologie US, privée de l'expertise de la Silicon Valley, privée d'acheter
un quelconque actif ou valeur américains, privée d'accéder au gigantesque et
lucratif marché des capitaux US, privée d'utiliser le dollar comme moyen de
paiement, condamnée à fermer ses succursales aux Etats-Unis. Ses
responsables, même ceux vivant hors des USA, ne pourraient plus envoyer
leurs enfants dans les universités américaines, même plus se faire soigner
dans les hôpitaux américains s'ils le souhaitent, se verraient refuser
l'entrée sur le territoire US pour un simple voyage d'agréments.
Cet arsenal dissuasif confère donc cette toute puissance à des Etats-Unis
qui ne seraient certainement pas plus cléments avec une entreprise étrangère
croyant se soustraire à ces pénalités en commerçant en euros (par exemple)
avec une société iranienne. Cette société européenne espérant naïvement
éviter ou contourner les sanctions US serait immédiatement inscrite sur une
liste noire par le Département US de la Justice qui l'apprendra bien un jour
ou l'autre (car rien ne leur échappe) et qui lui réservera un traitement
«spécial». Ce n'est donc pas tant l'arme du dollar qui confère leur
redoutable efficacité aux sanctions américaines. C'est l'interdiction faite
à quiconque opte de les ignorer de profiter de la qualité indiscutable de la
technologie, des services, des biens et de l'expérience dont bénéficient les
entreprises et les individus aux Etats-Unis d'Amérique.
Toute entreprise et tout pays, quelles que soient leur taille et importance,
n'hésitera à aucun sacrifice pour continuer à y avoir accès.
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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin
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