Macron l'Africain

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Jean Christophe Gallien.
Jean Christophe Gallien. (Crédits : DR)
Parler directement aux populations africaines, seul Barack Obama l'avait fait. Emmanuel Macron s'approprie une diplomatie de proximité. Pour autant, la "Françafrique" est-elle vraiment renvoyée aux oubliettes de l'histoire ? Pas certain ! Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, président de j c g a.

Pour sa première en Afrique, à la veille du 5e Sommet Union africaine-Union européenne (UA-UE) à Abidjan, pendant qu'Édouard Philippe tentait tristement, sur scène à Paris, de faire rire de sa trahison politique, Emmanuel Macron a délivré un show diplomatique inédit et conquérant. Après un travail de marketing diplomatique fin et préparé en amont en liaison forte avec le terrain africain.

Tout à sa double ambition de s'imposer comme une marque politique internationale incontournable et d'inventer pour la France une néo-diplomatie entre disruption et realpolitik, Emmanuel Macron a choisi de se placer au milieu des étudiants du Burkina et, à travers eux, de tous les étudiants et de la jeunesse du Continent. Une population cible, un marché diplomatique, politique et économique pour la France qui opère là un virage qui frappe les esprits et traversent tous les écrans.

"Smart diplomacy", sur le modèle d'Obama et de Kennedy

Aux oubliettes de l'histoire, la Françafrique ? Pas certain ! On ne doute pas que les rencontres business, élitaires... traditionnelles auront lieu, mais, ce que l'on choisit de mettre en scène, c'est un événement de diplomatie publique très créative pour un président français et même européen.

Parler directement aux populations africaines, seul Barack Obama l'avait fait. Emmanuel Macron s'approprie une diplomatie de proximité, faite pour entrer en conversation directe avec les populations des pays visités et, au-delà, leurs familles, leurs amis, leurs communautés à travers le Continent, et toute les diasporas à travers le monde. Il ne détruit pas l'ancien système, il le renouvelle et le complète dans la forme et sur le fond.

Emmanuel Macron s'est inspiré de ce parler direct qui, depuis John F. Kennedy à Berlin, irrigue une large partie de la diplomatie de conquête américaine. Une composante essentielle de ce que certains appellent à tort le soft power, comme si le pouvoir surtout en version global pouvait être doux, et qui ressemble davantage à ce que nous qualifions de smart diplomacy.

Un show créatif, avec encore un soupçon de paternalisme

Il le fait en délaissant le côté « saint Obama » délivrant un message para-religieux émis depuis la présidence de la première puissance du monde. Pas d'évangélisation pour la méthode Macron, mais un show créatif mixant beaucoup de réalisme, une grosse dose de séduction, une couche de familiarité, un soupçon de paternalisme arrogant, et beaucoup de rire pour tout emporter et traverser tous les écrans et, soyons-en certains, beaucoup d'esprits et de cœurs de la future génération dominante africaine.

Il sait qu'il atteint aussi ceux des élites africaines et de leurs gouvernements. Un « je suis comme vous » qui ne se dit pas comme un « Yes we can », mais dont la trame inclusive, « nous sommes ensemble » sur un même bateau, face à un futur à partager, chacun avec nos singularités, nos propres défis... exprimé dans une forme nouvelle, calibrée pour la puissance et la viralité des écrans de l'audiovisuel contemporain entre broadcast télé et digital social.

Compétition entre nouveaux et jeunes dirigeants politiques

Il en profite aussi, comme souvent, pour faire de la politique intérieure. Renforçant la crédibilité de ses positions notamment sur la politique migratoire. Enjeu européen et national interne stratégique dans l'optique des européennes de 2019.

Il le fait à la veille du 5e sommet UA-UE à Abidjan, pendant que les autres chefs d'État ou de gouvernements européens mobilisent une diplomatie classique d'élite entre officialités et lobbying. Emmanuel Macron se place, lui, au cœur de la jeunesse du continent. Il lui propose un long discours et une conversation au parler vrai, direct, physique. Il boxe et il embrasse en même temps.

Il sait que la compétition politique et diplomatique européenne est aussi générationnelle. Beaucoup de nouveaux et jeunes dirigeants sont arrivés sur la scène politique de l'Union. La joute s'annonce rude entre ces jeunes hommes pressés qui font passer les plus de quarante ans pour des retraités.

Bataille pour un marché diplomatique et une part d'audience globalisée

C'est une bataille pour un marché diplomatique et une part de l'audience globalisée qui se joue déjà, et elle sera féroce. Emmanuel Macron tout à son dynamisme agile et réaliste, accompagné par une baraka qui ne semble pas le quitter, s'y jette en bousculant la diplomatie de notre pays et en préemptant habilement la dimension européenne inventant une néo-diplomatie répondant aux défis du smart power contemporain d'un monde multipolaire, globalisé et digitalisé.

Déjà nationale, européenne, la marque politique Emmanuel Macron est en voie de globalisation. Il faudra juste qu'il ne se réduise pas en président de discours là-bas et ici. La déception serait cruelle et les retours de bâtons terribles. Là-bas et ici.

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Par Jean Christophe Gallien

Professeur associé à l'Université de Paris 1-La Sorbonne
Directeur général de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a 
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 30/11/2017 à 10:17 :
Macron devrait aborder les problèmes liés à l'énergie. Qui peut le conseiller dans ce domaine? Il devrait lire la note n°6 du CAE. Et envisager une allocation universelle pour rétablir l'équité.
a écrit le 30/11/2017 à 9:15 :
"Il faudra juste qu'il ne se réduise pas en président de discours là-bas et ici"

Entièrement d'accord mais le problème est quelle est sa légitimité ? Élu avec même pas 20% d'électeurs pour son programme, plus de 60% d'abstention et de vote blanc au second tour alors qu'opposé au FN, représentant directe des marchés financiers, il n'a pas le soutien des citoyens il a juste celui des médias français par solidarité puisque au final ayant les mêmes propriétaires.

Un exécutants ça ne fait pas un dirigeant, on a beau avoir les meilleurs communicants et autres cabinets conseils à ses côté, ça ne peut pas vous donner la densité humaine, culturel et social dont un chef d'état à besoin pour rayonner à l’international.

L'image ne fait pas tout puisque au final se trouvent là les doutes que vous partagez avec nous. Beaucoup trop d'image et tellement peu d'épaisseur, de consistance à l'image des soldats lrem que l'on se coltine un peu partout.
a écrit le 30/11/2017 à 8:29 :
Apres le speech de docteur macron face aux etudiants du Burkina, le septicisme est de mise. Ils ont bien saisi que dans ces belles paroles, le vent dominait.
La vraie question devrait-etre ; Comment animer un marche en devenir en faisant fi des chionois, omnipresents dans tous les pays d'Afrique. Le francais restera un langage vernaculaire, les affaires se feront en anglais.
a écrit le 30/11/2017 à 7:53 :
Macron promu par le programme de la French Américan Foundation qui en a fait un Young Leader, Macron l' Américain ne serait-il pas plus correct ...?


"Fondée en 1976, elle se donne pour objectif d'encourager un dialogue actif entre les deux pays. L'une de ses activités principales est l'organisation de séminaires pour des jeunes dirigeants (Young Leaders) français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse1 « à fort potentiel de leadership et appelés à jouer un rôle important dans leur pays et dans les relations franco-américaines ». Ces séminaires sont un des instruments du Soft power américain2."



Source Wiki.
a écrit le 29/11/2017 à 22:02 :
Edito très juste. Je partage votre conclusion, il soulève des espoirs, il faut les résultats sinon...Ceci dit comme je lisais dans un quotidien allemand, il fait et pose déjà des actes comme la loi de travail, donc il est crédible. Qu'il garde sa baraka, on en a bien besoin!
a écrit le 29/11/2017 à 18:14 :
On en fera rien de ces africains. Même pas capable de lancer une expédition militaire seuls contre la Lybie et autres Etats arabes esclavagistes.

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